J'arrive un peu à la bourre à cette soirée, où je compte bien retrouver
Cap'tain Carnasse and his
Mummy qui m'ont fait sacrément poiler la semaine dernière, en petit comité à l'
Embobineuse. L'improbable attelage entre un capitaine corsaire angliche, légèrement ensanglanté (après avoir mis une peignée à Napoléon à Waterloo ?) et une momie dont l'absence d'expressivité, sa manie de s'évanouir et le rythme infernal qu'elle a dans les bandelettes la rendent finalement touchante et hilarante !
Et ils ont fière allure, nos amoureux, sur la scène du Moulin (transformée pour l'occasion en salle de cinoche), accompagnés par un mariachi ! Je reconnais certaines chansons sympas (à ma prochaine chronique j'essayerai d'avoir des titres !)... Le spectre va de la chanson française (contrebasse / maracas) à de gros raps bruyants où le mariachi empoigne une guitare électrique. Je suis cependant presque un peu déçu (ne serait-ce que la même chose que l'autre fois sur une grande scène ?) juste avant que le tout me pète assez violemment à la gueule.
Car il s'agit en fait d'un spectacle total : enchaînement de chansons détraquées / projections de courts métrages zarbis / mimes divers (guignol et théatre d'ombres) et gros bruits sursautants... Pour tout dire je ne sais pas si c'est habituel chez eux de mélanger ainsi les genres pour secouer l'auditoire : je découvre à peine l'oeuvre, apparemment écrite à quatre mains voire plus, de
Dominique Viger et
Nadia Drici... Je n'ai à mon actif qu'un concert d'
Homosuperior très réussi à la Fête du Soleil (Mr Bungle gratuit et en plein air à côté de chez moi, que demande le peuple ?) et deux des déconcertants
Cockring.
Bref la création a de la gueule, certaines séquences qui se veulent choquantes le sont en effet : les hurlements d'un handicapé au visage bandé et ensanglanté, la chanson d'amour en duo du Capitaine et d'une femme cul-de-jatte assise dans un caddie... Les petits films d'animation projetés (oeuvre d'un hollandais dans les 60's paraît-il) sont plutôt rigolos, sauf un avec des clous en noir et blanc qui me rappelle
happiness in slavery (de nine inch nails), le clip le plus atroce de l'histoire du rock.
Les artistes utilisent un écran transparent du plus bel effet, qui permet de jouer des ombres, de projeter des titres de séquences, et de mettre un voile mytérieux, comme sur ce fauteuil rouge étrange qui réapparaît à plusieurs reprises dans le spectacle. Le point culminant et franchement fendard est atteint quand les 7 artistes se retrouvent ensemble sur scène, tous en train de répéter le même geste sur une boucle musicale (notamment un Mandrake qui essaye de se faire disparaître à coup d'explosions, et quelqu'un qui fesse le cul nul du Captain Carnasse avec un foetus mort, ambiance).
Le horrorshow se finit avec une explication du pouvoir du fauteuil rouge, point de passage entre le monde des vivants et des morts (un public de morts nous est donc projeté, ça va, ils n'ont pas l'air trop malheureux), ce qui me fait repenser à Twin Peaks, et dans un grand éclat de rire du Captain. Dans l'ensemble cette création, sans doute encore perfectible (quelques séquences inégales), est en tout cas déjà très riche en émotions, rebondissements, chocs et rires. Je repense à une phrase sur la chronique de l'Embobineuse : on a de la chance d'avoir ça à Marseille !
Le soirée continue dans l'entrée du Moulin où le duo infernal pousse la chansonnette dans ce qu'il faut bien appeler un beau bordel, chacun essayant de se faufiler jusqu'au toilettes (dont un est complètement ensanglanté, idée charmante) ou jusqu'au bar. Evidemment il est plus dûr de percevoir la poésie des chansons quand on y entend rien... mais ils ne se démontent pas et, pour l'avoir pratiqué, je sais que jouer devant un public inattentif est un excellent challenge pour tester sa motivation !
Mais la soirée continue dans la salle, avec deux films d'affilée (soit dit en pasant le Moulin ferait un ciné-club tout à fait convaincant, les soirs de relâche, genre où on peut fumer et boire, enfin moi c'que j'en dis hein !). Le premier,
Le Masque du Démon de
Mario Bava, est un film d'épouvante bien naze des années cinquante (mais à l'ambiance convaincante et assez drôle), histoire de fantômes moldaves à la noix... j'avais pas vu un film de peur aussi kitsch depuis
le Corbeau de Roger Corman.
Le deuxième (alors que la salle se dépeuple méchamment, et même le bar) est
Street Trash de
Jim Muro, film culte de l'époque Bad Taste dont j'avais souvent entendu parler. La première demi-heure est très drôle (des clodos boivent un alcool frelaté qui les fait littéralement fondre) et puis je finis par m'ennuyer un peu, le tout manquant de séquences gore à mon goût. Je ne tiendrai pas jusqu'à la fin.
En tout cas Cette Nuit de l'Horreur, même si j'espérais un peu plus de gens déguisés (style Rocky Horror P.S.), a tenu ses promesses. Mais si j'ai une suggestion à faire, une bonne façon de fignoler l'ambiance serait d'accorder une ristourne aux gens déguisés pour la soirée de la création à venir,
Capitaine Carnasse Maxi Monster Show. Parce que le même spectacle dans une assemblée de zombies, de lords anglais pâlots, de déterrés, de droogs et autres vampires, ce serait vraiment du bonheur !!!
Photos Pirlouiiiit parti juste avant les deux longs metrages pour se rendre au Poste a Galene