
Plus d'un an après ses premiers méfaits et une très pimpante
Nuit de l'Horreur, revoilà donc au Théatre du Moulin le salace, pervers, violent, ensanglanté et néanmoins ... sympathique
Cap'tain Carnasse. Bon, en fait non, c'est un "Colloque phrénétique" (24 heures après j'ai enfin compris cette contrepèterie entérologique), on ne devrait en principe pas le voir. De fort pimpantes et hôtesses nous remettent un badge et le programme, nous prenons place dignement, pour un peu on se croirait à une réunion du Medef...

Un docte professeur (mort, quand même, donc télévisé) et qui ressemble quand même étrangement à
Captain C, se livre alors à un exposé, visant à nous convaincre que
des menaces pèsent sur l'univers. Réchauffement climatique ? Chute d'un astéroïde ? George Bush ? Non !
Carnasse, sa vie, son oeuvre, son vié !! Pendant ce temps deux intervenants (un scientifique et la présidente de l'association des victimes de
Carnasse) attendent plus ou moins sagement leur tour.

On nous montrera un petit film bien flippant sur le somnambulisme (et un vrai somnanmbule), un invité-mystère en ombre chinoise (déjà là l'an passé), des petites séquences qui font témoigner l'espiègle
Mandrake, le
Professeur aux faux airs de
Dr Mabuse, qui nous démontre scientifiquement que
Carnasse = Sarbacane, un diaporama de présentation de la galerie de personnages, et enfin un témoignage pitoyable de la malheureuse
Momie... qui évidemment attirera immanquablement le pervers officier.

Le colloque part alors irrémédiablement en couilles : après avoir aperçu un horrible mime émasculé (à propos de partage en couilles...), on ne sait comment, nous voilà en compagnie d'un trio de gueules de zombies qui nous joue du metal, pendant que
Carnasse himself chante des opérettes sataniques et détraquées, dans un style inécoutable - et donc jouissif - que ne renierait pas
Mr Bungle lui-même.

Un nouveau maître de cérémonie nous prend alors par la main : une voix étrange qui nous promènera entre chaque séquence dans une maison génialement suggérée par un simple montage video, sur une musique toute
Badalamentienne. On y rencontrera alors la galerie, déjà en bonne partie connue, de personnages pitoyables et horrifiants qui accompagne le malencontreux
Capitaine.

Nouveauté notable, le chant hurlé d'un grand type saignant du ventre, le
Mort Accidenté d'après la brochure, que farfouille l'immonde petite
Burqa (big up en passant pour cette idée - la burqa est monstrueuse ! pas bête). Bref cette séquence est assez éprouvante - elle n'est pas sans rappeller les hurlements de l'estropié en chaise de l'autre fois.

Suit un petit trio chanté sans façons mais avec une chorégraphie marrante, en opéra-rock de
Carnasse, la
Momie (relookée il me semble) et de l'
Injecteur de Poison (c'est
Oshen, pas
Anaïs, bougre de crétin !). Preuve en est faite : la créature emprisonnée en momie est donc bien, comme je le soupçonnais, la malheureuse
Mia Frye qui ne sévit plus à la télé, comme par hasard, à peu près depuis la première fois que j'aperçus
Carnasse and his Mummy à l'
Embobineuse. Au moins peut-elle encore agiter ses bandelettes en rythme dans ses rares périodes de conscience...

Evidemment on aura droit aussi à la galerie de maîtresses de Carnasse : duo d'opérette avec l'horrible
Femme-caddie, amante malheureuse condamnée à l'attendre patiemment, ou duo staracadémique avec cette spectaculaire et obèse blonde que l'ordure aime à saillir, et qui n'accouche que de sextuplés informes. Intervention aussi du malheureux shériff qui traque sans succès Carnasse dans les limbes.

Petit passage des 3 têtes d'Homosuperior (
les Frères Monstrueux, et la conclusion inquiétante de ce capharnaüm est livrée sous une forme semblable à l'année passée mais toujours impressionnante : un tableau final consistant en un alignement d'à peu près toute la galerie. De mémoire, le
Shériff se livre à son passe-temps favori : fesser le
Cap'taine Carnasse avec des foetus morts, pendant que l'
Injecteur de Poison tente de le vasectomiser, que
Burqa menace d'enlever le haut, que la
Momie essaye de se pendre à ses bandelettes et que
Mandrake tente de se faire disparaître (je ne sais plus ce que fait
Lady Snake mais tant pis, il y aura les photos pour compléter). Quelle ambiance sympathique !

Le colloque s'achève sur un message d'outre-tombe nous invitant à nous méfier du
Fauteuil Rouge (David Lynch toujours), et un putain de stroboscope pénible qui videra en tout cas très efficacement la salle. Mais alors quel bilan tirer du colloque monté par
Dominique Vi(g)er et
Nadia Drici ? Si l'effet de surprise s'est un peu émoussé, il marche cependant bien pour ceux qui n'étaient pas là l'an passé et qui repartent assez enchantés.

Pour les autres, les moyens supplémentaires ont permis de mieux caler l'ensemble, d'y donner un côté plus cabaret, et probablement de produire les nombreuses séquences vidéo - assez de nouveauté pour ne pas s'ennuyer, et retour des morceaux de bravoure comme le tableau final. On a aussi perdu un peu du côté potache de la Nuit de l'Horreur (genre, chiottes ensanglantés et explosions diverses), qui faisait davantage sursauter, et s'était conclue sur un chouette cabaret dans l'entrée de
Carnasse and his Mummy. Bon et puis clairement quand même, une sous-exploitation de certains personnages qui gagneraient à être davantage montrés ! Dans un prochain spectacle peut-être ?

Cela dit le talent y est habilement distillé : les vidéos, mine de rien, font preuve d'une maîtrise digne d'un grand cinéaste : ambiance années 20, horrifique, lynchienne, etc. De même la musique, échappée d'
Homosuperior, démontre une palette de talents digne d'un
Mike Patton (surtout quand on connaît les nombreux projets musicaux de
Dominique Viger et son acolyte
Christophe Rodomisto). Les costumes, lumières, sons, enfin tout le bazar, sont tout à fait parfaits : une vraie création théatrale, musicale, vidéo, multimédia, classe et originale !

Donc au final, ce spectacle (certes encore perfectible) est déjà de très haute tenue, drôle et horrifique à la foi, et pour un prix dérisoire, prêt à l'exportation sur les scènes de France et du cosmos. Après tout, Carnasse s'est échappé, donc des menaces pèsent toujours sur l'univers, le monde a le droit de savoir...
Photos Pirlouiiiit