Jusqu’où l’amour de la musique peut nous conduire. Moissy Cramayel… C’est à côté de Melun-Sénart, en Seine et Marne. On y a construit une splendide gare RER, très belle lorsqu’elle est illuminée la nuit, on y a construit aussi de splendides immeubles, très fonctionnels pour dormir après une molle journée de labeur. On y trouve aussi des bâtiments plus anciens, comme une grande ferme, la Ferme de Lugny. Dans l’une des ailes, des fois on y entend de la musique. La porte est alors ouverte. Il faut monter 18 marches, toutes numérotées.
J’étais venu pour parler affaires avec les membres de
Gomm … Attention, ce n’est pas ce que vous croyez, ils marchent tous à l’eau claire, au pire un peu de vodka, mais… après le concert. Tout ça pour dire, que je n’ai pas vu
Pandore, un trio conduit par une chanteuse. Ca avait l’air de déménager. Une belle fille, qui avait eu la chance d’assister au récital d’
Arcade Fire le 10 mars à Paris, m’a dit que c’était très bien.
Ce que je peux certifier avoir vu en revanche c’est
Hopper. Et il serait difficile, en effet, d’oublier la performance à laquelle nous avons assisté.
Hopper est de ces groupes pour qui la scène, la confrontation avec le public est la raison de vivre. Il ne s’agit pas seulement de pousser les potards à fond, de faire parler la poudre depuis son manche de guitare. Il s’agit aussi d’affronter chacun de ses spectateurs, de chercher son regard, de le séduire et de le conquérir.
Hopper existe depuis 1999, deux garçons pour la section rythmique et deux filles pour les guitares, les voix et les stratégies de séduction.
« I wanna be your Joey Ramone Je veux être ta Joey Ramone
Pictures of me on your bedroom door Des posters de moi sur la porte de ta chambre
Invite you back after the show Je t’emmène après mon show
I’m the queen of rock’n’roll » Je suis la reine du rock’n’roll
Ces paroles ne sont pas d’
Hopper, elles sont de
Sleater-Kinney (le meilleur groupe rock féminin en activité), mais elles expriment bien ce que dégage le groupe parisien sur scène. Des voix qui se répondent, qui se superposent, le chant de femmes amoureuses, de femmes rebelles, ça vient du ventre, c’est doux, ça berce, ça caresse, puis ça crie, ça proteste, ça plaque contre le mur, ça demande des comptes, ça réclame de l’amour.
L’une finira allongée parterre au pieds du public, le micro toujours en main, l’autre sautera de scène, continuant à jouer ses notes de feu, tout en affrontant le public dans le blanc des yeux et en repoussant un spectateur contre le bar.
La barre était placée assez haute pour les suivants. Fallait pas jouer de la guimauve. Mais
Gomm n’est pas plus un groupe à la guimauve, qu’il n’est un groupe à la gomme. Ils sont aussi bien capables de longues envolées noisy que d’expédier de parfaites pop-songs de trois minutes. Ils commencent ainsi avec ma chanson préférée de leur répertoire,
KarlHeinz Mucke, avec sa super intro qui mélange sirène, synthé, grosse ligne de basse. Elle est chantée en teuton d’après le texte d’un cours d’allemand de 4ème. Comme chez
Hopper, le chant se fait à deux voix (ainsi qu’en français et anglais). Il se partage entre
Marie, qui joue aussi des claviers, et
Olivier, le batteur. L’un peut commencer une phrase que l’autre complète, ou bien ils s’échangent les couplets, ou alors
Marie chante toute seule un titre entier, la formule n’est pas figée. Le groupe est complété par
Guillaume, basse-synthé, et
Matthieu, guitare, qui s’échangent aussi leurs instruments à l’occasion.
Ils viennent de Lille. Leur album,
Destroyed to perfection, est sorti en autoproduction en septembre de l’année dernière. Puis, comme il est très bien, qu’ils ont fait d’opportunes rencontres, il est ressorti chez Pias et va bénéficier d’une distribution internationale. En concert, ils sont très, très efficaces. Ceux qui les ont découvert en première partie de
Blonde Redhead,
Placebo,
No One Is Innocent,
Wire peuvent en témoigner. Personnellement, je les avais vu l’année dernière pour
Blonde Redhead et j’avais été immédiatement emballé par cet ouragan sonique. Ils ont enchaîné les dates depuis ce qui leur a sans doute apporté un supplément d’assurance. Hier soir,
Marie était ainsi totalement transfigurée par rapport à mon souvenir, amenant de nouvelles émotions par le jeu de son visage et de ses yeux. L’intérêt de leurs concerts est aussi de proposer des versions alternatives de leurs titres enregistrés.
Sorry était pratiquement méconnaissable passant des trois minutes de l’album à six ou sept minutes.
Et quand ils s’attaquent à l’exercice de la reprise, ils ne livrent pas une simple relecture, beaucoup mieux, ils fabriquent leur propre bastard-mix en prenant les paroles d’une chanson de
Blondie pour les greffer sur une musique de
Black Sabbath. Pauvre Ozzy ! Vraiment, c’est à voir. Ils continuent à tourner dans le pays durant tout le mois d’avril, surveillez la programmation des salles de votre région.
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