I Muvrini aux
Voix du Gaou, voilà une idée qui a tout pour séduire. Tout d’abord le site : une (petite) île non construite au bout du bout de l’extrémité ouest du sauvage
Cap Sicié, autant dire un véritable petit bout de
Corse dans le
Var West.
Une grande et belle scène en plein air.
C’est dire si l’impatience était grande d’entendre s’envoler les mélopées quasi sacrées du groupe des frères
Bernardini dans ce contexte…
Le moins qu’on puisse dire est que l’on n’a pas été déçu. En effet, la météo est venue parachever cette soirée du 15 Juillet : vent nul, température idéale, coucher de soleil magique derrière la scène venu comme un cadeau de bienvenue du littoral varois à la formation de la si voisine île de beauté… Sans compter une installation du public très bien pensée avec un grand rectangle de chaises à plat devançant un gradin, le tout quasi plein…
Bière à la pression bien fraîche (la perfection aurait pu être atteinte en proposant de la
Pietra ou de la
Serena corses, mais bon, on ne va pas pinailler) disponible dans la pinède juste avant de rentrer dans l’arène, ça commençait bien…
9h07 : entrée en scène du groupe précédé des voix des chanteurs et immédiatement la magie opère… Comme prévu l’adéquation avec le site est idéale, et le son PARFAIT (je le répète : PARFAIT) transcende les complaintes traînantes : c’est envahi de frissons de plaisir et d’émotion que nous vivrons ces premières minutes.
Le premier moment de surprise passé, on s’intéresse de plus près à la formation qui évolue devant nous. Décidément,
I Muvrini, il faut le dire et le redire pour tordre le coup aux clichés, ça n’est pas que des polyphonies corses. Oui bien sûr ils chantent en corse et parfois ils mettent la main sur l’oreille… Mais il y a autre chose, peut-être d’ailleurs décrié par les puristes, qui fait que cette musique dépasse le pur folklore pour s’ouvrir sur le monde et les gens. Le groupe pratique et promeut depuis de nombreuses années le mélange des genres et adapte la polyphonie aux sons actuels. Pour ne parler que des deux derniers opus, on avait vu passer des chœurs basques et des chants afghans dans l’album
Umani de 2002, avec en prime des invités de marque comme
MC Solaar,
Stephan Eicher ou
Luz Casal. Dans le dernier album,
Alma , enregistré à
Johannesburg, ce sont des chœurs zoulous, de la cornemuse celtique, du violon tzigane… Les frères
Bernardini et leur équipe pratiquent une world music épanouie, curieuse et avide d’ailleurs : tout ce qu’on aime.
Ce soir au
Gaou, la formation va picorer avec bonheur dans plusieurs de ses albums : on entendra bien sûr plusieurs morceaux du dernier né
Alma (2005) (parmi lesquels
Alma,
Le temps qu’il fera), mais aussi l’
Amsterdam de
A Strada (2000) ou encore
Respondimi iè de l’exceptionnel
Curagiu (1995).
Sur scène, on notera la présence sur plusieurs morceaux d’une talentueuse (et très jolie) violoniste
ainsi que de
Loic Taillebrest qui sublime les mélodies avec sa cornemuse. Superbe.
Jean-François Bernardini, leader charismatique, occupe la scène et pilote la prestation. Il communiquera avec le public à plusieurs reprises, pour introduire les morceaux, pour mettre en valeur les musiciens ou dire le plaisir du groupe d’être à nouveau présent aux
Voix du Gaou.
Des morceaux résolument rythmés
alternent avec d’autres, plus classiques et intimistes (main sur l’oreille…)
jusqu’au premier salut, immédiatement suivi d’un rappel réclamé par un public (de tous les âges) résolument conquis
A partir de là, une grande partie des spectateurs jusqu’ici sagement assis vont venir se masser debout devant la scène pour profiter au plus près des derniers morceaux. Surprise, les
Muvrini invitent une chorale des enfants des écoles de la commune voisine de
Six-Fours sur scène pour un morceau très réussi :
Un dernier morceau habité par les sonorités si particulière de la cornemuse de
Loic Taillebrest et c’est cette fois, vers 23h15, après deux heures que nous n’aurons pas vu passer, le dernier salut de la troupe
qui va sans doute rentrer bien vite sur leur île chérie pour le traditionnel
Giru estival, à savoir leur tournée corse annuelle, véritable évènement sur l’île.
Souhaitons donc bonne continuation à nos chers mouflons qui chantent la paix et l’amitié mais aussi et surtout l’amour de leur culture locale ET l’ouverture vers les autres (tout le monde ne réussit malheureusement pas aussi bien ce grand écart) depuis plus de 25 ans…
Photos G