Un mélange de punk et de rock and roll très souvent engloutit par leurs inspirations électroniques. On retrouve chez eux l'esprit de Gang of Four, Blur et surtout Happy Mondays. Infadels : vos critiques de concert
The Infadels - 10 mars 2006 - Poste à Galène, Marseille
On le voyait depuis le haut de la rue, mais oui : le groupe de ce soir a bien garé un putain de bus, un vrai, un énorme bazar noir, devant le Poste à Galène, et ça a du être du sport ! Quand les Infadels commencent pépères vers 22 h et sans avant-groupe, on se dit qu'on a bien fait d'arriver tranquillement en retard.
De toutes façons une .../...
On le voyait depuis le haut de la rue, mais oui : le groupe de ce soir a bien garé un putain de bus, un vrai, un énorme bazar noir, devant le Poste à Galène, et ça a du être du sport ! Quand les Infadels commencent pépères vers 22 h et sans avant-groupe, on se dit qu'on a bien fait d'arriver tranquillement en retard.
De toutes façons une écoute au casque et une autre en streaming nous ont déjà convaincu qu'on allait probablement pas ni avoir la chair de poule ni sauter au plafond : l'album We are not the Infadels parait plutôt banal voire dispensable... Mais après tout sait-on jamais à l'avance qui peut faire une prestation explosive en live ?
Y'a pas la grande foule mais c'est pas dramatique quand même : dans le genre groupe émergent, au moins autant de monde qu'aux plaisants Lords of Altamont et qu'aux énormes Hollywood Porn Stars qui restent honteusement méconnus...
The Infadels se présentent à 5, quand même, autant dire avec ceinture et bretelles (que certains portent aussi en vrai d'ailleurs), look gentiment excentrique assez porté sur le noir, le blanc et le rose fluo. Ils semblent sincèrement contents d'être là (il faut dire que leur 20 fans locaux font un boucan d'enfer et dansent avec enthousiasme).
Musicalement c'est du genre pop mais un peu trop rock (ou le contraire), disco mais un peu trop punk (ou le contraire), noisy mais un peu trop sage, arty mais un peu trop ringard, indé mais un peu trop FM (etc.), bref c'est du genre attrape-tout et sans originalité. Il est même très difficile de trouver un single pétaradant (c'est pourtant le moins qu'on demande à un tel groupe ; même les plutôt consternants Killers ont composé la bombe Somebody told me).
Il y a généralement un gros boum boum (matérialisé par un grand garçon aux cheveux longs dont c'est à peu près l'unique rôle avec quelques parties au mélodica ou au synthé), sur lequel se greffe un riff de guitare lambda, deux ou trois bruitages à l'avenant (synthé, mélodica) et une voix assez faiblarde et sans réelle personnalité (dire qu'elle ressemble à celle de Mick Jagger est le maximum qu'on puisse faire, et uniquement sur album !).
On ne peut pas vraiment dire qu'on s'emmerde, certaines chansons sont assez plaisantes mais surtout d'un point de vue visuel : clairement c'est un groupe qui s'amuse sur scène et transmet de l'énergie. Mais est-ce mieux qu'un groupe qui s'emmerde sur scène en faisant de la belle musique (comme par exemple Girls in Hawaïï) ? Ca se discute...
Parce que même sous la torture je serais bien en peine de dire quelle chanson est meilleure (ou simplement différente des autres). Dans le même genre groupe-pour-faire-danser-et-rigoler-des-anglais-saouls, les seconds couteaux de Kaisers Chiefs, eux, ont au moins réussi à écrire 2 à 3 bonnes chansons qui doivent tuer en live !
Alors qu'ici, on ne fait au fond que masquer des compositions assez indigentes avec force bruitages, on tape dans les mains, on saute partout mais on brasse de l'air ! Finalement deux passages solo du chanteur, à la gratte sèche au moments des rappels (avant que ses potes arrivent) seraient presque les meilleurs moments : sa voix quand elle n'est pas trop poussée est pas mal et il assure bien sa rythmique...
Hélas les branquignols qui l'accompagnent arrivent à chaque fois trop vite et on retombe dans le brouhaha musical et la vacuité la plus sidérale, aussi sec. N'en déplaise à la critique et à notre propre annonce sur LiveinMarseille, même ces pauvres Happy mondays n'ont pas mérité d'être comparés au présent combo et encore moins, non d'un staracadémicien empalé, les fabuleux Gang of Four !!
A noter que le groupe en finit rapido, après un concert pas vraiment généreux : une heure avec 2 rappels, faut le faire mais en l'occurence c'était bien suffisant, une chanson a même été jouée deux fois (à moins que ce soit 3 ou 4 ?). The Infadels, recherchent ensuite encore un peu le contact avec le public (surtout les filles mais quand même), pas avare en discussion et dédicaces, un point pour eux : ils ont l'air sympas.
En conclusion, espérant ne pas me griller auprès du PàG qui m'a invité, je dois dire par honnêteté que ça ne cassait pas trois cordes à une guitare quand même - de toutes façons dire le contraire me grillerait tout autant je pense !
Setlist (recopiée, sans les rappels) :
Semtex
Jagger
Topboy
Sunday
Reality
Girl
Murder
CGE
Jellyfish
Première journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes
Les Trans Musicales fêtaient cette année leur 26ème édition, et honte à nous, nous n’y étions encore jamais allés. Fort heureusement, cette énorme lacune allait être réparée cette année avec trois jours de concerts idylliques passés dans la belle ville de Rennes. Il y aura toujours des nostalgiques de la formule précédente - que nous n’avons pas connue donc -, qui avait lieu en centre ville sur plusieurs sites disséminés dans la cité. Il est vrai qu’il n’est pas très glamour de prendre une navette pour aller sur le site du Parc des Expositions de Rennes - situé hors de la ville près de l’aéroport -, mais une fois sur place, les éventuelles réticences s’évanouissent rapidement. Certes l’endroit est immense et un peu impersonnel mais l’accueil du festival est convivial (beaucoup moins fliqué qu’aux Eurockéennes) et le sens de la fête des Bretons fait plaisir à voir… Les trois gigantesques halls couverts (et chauffés) ont été décorés avec inventivité et goût, une attention particulière a été portée sur les éclairages (absolument superbes), ce qui donne à l'ensemble un aspect plus humain… Tout cela permet au fan de musique curieux et non sectaire de s’approcher du bonheur total. Même s’il n’y a « que » 6000 personnes le premier jour pour une programmation entièrement tournée vers la découverte, on se croirait presque à Benicassim ou à Belfort, en constatant l’incroyable diversité musicale proposée sur un lieu unique… Seul le froid qui s’abat sur le public lors des trajets (très courts) entre les trois halls rappelle que nous sommes en décembre et pas en été.
Kaizers Orchestra
La soirée commence pour nous au hall 9 où une fanfare hors du commun prend d’assaut l’immense scène devant une assistance réduite, mais très enthousiaste et avide de nouveauté. La salle - qui sera envahie le lendemain par plus de 10 000 fans des Beastie Boys - sonne un peu creux mais le son n’est pas aussi ignoble qu’on aurait pu le croire, il est même correct. Chaque membre du Kaizers Orchestra s’emploie à en faire le plus possible pour créer une ambiance de fête, et ça marche : le public répond présent. La musique de cette bande d’hurluberlus norvégiens voit se télescoper frontalement un rock dissonant et bruitiste avec des emprunts réjouissants aux fanfares tziganes ultra festives (même si elles se produisent lors d’un enterrement). Avec une contrebasse, des guitares, des bidons industriels, des claviers joués par un musicien en masque à gaz et des rythmes originaux, ce groupe réussit à faire voyager dans un paysage à la fois industriel, dansant et expérimental : un exploit ! Grâce à un enthousiasme très communicatif et à une belle série de morceaux à la fois remuants, drôles et dérangeants, le Kaizers Orchestra a fait très forte impression.
Power Solo
Comme le groupe de rock danois, Power Solo, capable de provoquer des danses de Saint-Gui en début de soirée dans un Hall 5 peu rempli avec son psycho punk rock servi très chaud… La formule est simple mais ultra efficace : deux guitaristes (jumeaux semble-t-il) au physique à la fois inquiétant et surprenant délivrent moult riffs de garage/surf/blues/punk rouillés et distordus, le tout mis en rythme violemment par un batteur pas maladroit. Les morceaux donnent envie de bouger à la manière d’un décérébré, un peu comme ceux des inimitables (et increvables) Cramps. L’attitude - un peu hallucinée - des deux guitaristes et leurs morceaux qui mélangent habilement les différentes musiques rock underground des sixties ont donné une seule envie : les revoir très rapidement…
Trachenburg Family Slideshow Players
Il faudra également revoir (mais dans une salle plus intimiste) l’incroyable Trachenburg Family Slideshow Players qui en a sans doute surpris plus d’un dans le Hall 5. Dans la famille Trachenburg, le Papa joue de la guitare, chante comme il peu et raconte sa vie entre les morceaux, la Maman fait quelques chœurs et passe des diapos d’entreprise des seventies tandis que la petite fille de onze ans essaye de jouer de la batterie en rythme en déclamant quelques mots avec sa voix délicieusement naïve… Les morceaux se ressemblent tous, ils ont un côté folk pop assez commun, mais la manière (très improbable) avec laquelle ils sont interprétés (voire massacrés en règle) les rend originaux et marquants. Ils sont en effet très courts, totalement sans queue ni tête : un joyeux « n’importe quoi » les traverse immanquablement. Les textes pro végétarien reprennent quant à eux les slogans (aussi hilarants que sinistrement décalés) figurant sur les diapositives… On n’avait déjà pas très envie de s’empiffrer de hamburgers manufacturés mais là, c’est décidé : notre avenir proche se situe dans une communauté où l’on vit de salade, de steaks végétariens bio, d’amour et d’eau fraîche, avec les courtes chansons de Trachenburg Family Slideshow Players en bande son…
The Infadels
Sur la grande scène du Hall 9 superbement éclairée, The Infadels a offert une prestation gorgée d’énergie mais manquant quand même un peu d’âme… Certes l’électro rock groove proposé par les Anglais est dansant et bien exécuté mais le côté mécanique ultra huilé du show fait un peu retomber le soufflet. Si l’on se trémousse immanquablement sur la musique de The Infadels, on ne ressent pas le souffle de l’inédit et de la prise de risque scénique. On voit très clairement que The Infadels se rêvent superstars mondiales avant l’heure ; le chanteur se comporte d’ailleurs comme tel : un roadie lui apporte et lui reprend sa guitare presque à chaque morceau… alors qu’elle est posée deux mètres derrière lui ! La voix très soul est aussi pour beaucoup dans la relative déception, son côté formaté F.M. commerciale est quand même légèrement décevant dans un lieu comme les Trans Musicales de Rennes…
Hush Puppies
Les Hush Puppies commencent à se faire un petit nom dans le milieu du rock made in France, si l’on en juge par leur prestation sur la scène du Hall 4, c’est entièrement mérité… Ces gars là ont la classe, jusque dans leur manière de s’habiller (ils savent que ça fait craquer les filles !) ; ils n’auront de cesse de prouver leur amour immodéré pour la glorieuse période des Mods anglais… Comme les mélodies sont sauvagement relevées par des guitares abrasives et un orgue Hammond chaleureux, les Hush Puppies sonnent finalement assez actuels dans leur « passéisme ». Leur musique produit un effet percutant et frais assez réjouissant et ce n’est pas un morceau en français au texte macho assez dispensable qui nous fera changer d’avis ! Ce concert débordant d’une énergie assez sexuelle (pour ceux à qui le rock donne des envies lubriques) se termine d’ailleurs par une imitation - criante de vérité - d’un orgasme féminin par le batteur. C’est bien ce qu’on pensait : les prestations scéniques des Hush Puppies sont jouissives…
Carbon Silicon
Le remplacement de Marilyn Manson par le projet de l’ex ClashMick Jones pouvait être une bonne idée, en tous cas, il témoignait d’une volonté de découverte assez réconfortante. Las, malgré la joie de voir l’icône rock Mick Jones sur scène et quelques bonnes intros, il faut reconnaître que Carbon Silicon est un groupe très dispensable… L’ex guitariste/chanteur des Clash chante assez mal, (on le savait déjà, et ça ne nous dérangeait aucunement), il se charge d’exécuter de bons riffs punk (c’est normal et réjouissant) mais, et c’est là que le bât blesse, dès la moitié des morceaux, il se lance dans des solos bavards et tombant à plat... Le batteur, qui ressemble à Michel Polnareff vieux (le pauvre… ) joue sur une ignoble batterie synthétique sonnant comme une casserole, ce qui n’arrange rien… Certes cette bande de préretraités semble prendre son pied sur scène, mais le public, lui, fait la grimace puis décide d’aller voir ailleurs ce qu’il se passe.. et on ne peut pas lui donner tort !
Gomm
Le groupe lillois Gomm a par contre pleinement convaincu avec un set en forme de boulet de canon. Une chanteuse/organiste aussi blonde que douée pour un chant éthéré à la Kim Gordon, un incroyable batteur/chanteur, une guitare férue de dissonances en tous genres (à la Sonic Youth), des lignes de basse que l’on ne peut s’empêcher de suivre : Gomm produit une musique aux confins du rock bruitiste, du punk, du trip hop bizarroïde et du rock planant lysergique… A notre grande surprise, ce grand fourre tout insensé se révèle d’une imparable cohérence, la brûlante prestation du combo (visiblement ravi de jouer aux Trans) nous a fait un effet trippant très addictif : pour éviter le manque, il va falloir rapidement trouver une autre dose de cette musique.
The Rakes
Cette soirée, décidément très réussie, se poursuit avec un concert irrésistible d’une bande de gamins anglais ayant choisi de s’appeler The Rakes… On remarque immédiatement que le batteur, impeccablement martial sur ses fûts, est un sosie du chanteur de Franz Ferdinand (coupe de cheveux et accoutrement), mais aussi que les danses quasi épileptiques et la voix grave du chanteur évoquent l’inoubliable Ian Curtis de Joy Division… The Rakes est-il pour autant uniquement un groupe surfant sur l’engouement actuel pour le post punk ? Non, car si on sent que ces très jeunes musiciens anglais - enthousiastes et souriants - ont beaucoup écouté cette période marquante de la musique de leur pays, la relecture qu’il en propose est imparable. L’énergie glaciale qui se dégage de la musique de The Rakes est carrément hallucinante ! Les rythmiques frénétiquement martelées encouragent le guitariste à mouliner comme un dingue des riffs que l’assistance, aux anges, prend littéralement en pleine gueule. La vue de ces quatre fous furieux en train de se jeter partout n’est rien de moins qu’une invitation à l’hystérie collective. Malgré une voix sous mixée à certains moments et des morceaux parfois trop proches les uns des autres, un sentiment de bonheur nous envahit, presque à notre insu. Et nous ne sommes pas les seuls à ressentir cela, la réponse du public est à la hauteur de l’énergie déployée sur les planches : la salle est en ébullition. On remarque même un petit homme grisonnant qui trépigne avec un sourire d’enfant émerveillé sur les lèvres, il s’agit de Jean-Louis Brossard, le programmateur des Trans Musicales. Peu de temps après, à la fin de la brillante et prometteuse démonstration des Londoniens, l’homme montera carrément sur scène pour demander si le public en veut encore… Devant la réponse unanimement positive, The Rakes rejoue un de ses morceaux les plus marquants, avec encore plus de hargne, comme si c’était humainement possible. Autant le dire dès à présent, on ne connaît pas le titre de cette bombe, mais c’est un tube imparable qui sera bientôt sut toutes les lèvres… et sur lequel danseront les filles (et les garçons) !
Rodolphe Burger & Erik Marchand
Il commence à se faire tard, mais on se doit de jeter une oreille attentive au nouveau projet du toujours fascinant Rodolphe Burger, désormais ex Kat Onoma… Il est accompagné par le chanteur Erik Marchand, une sorte de cow boy chantant en breton (ou en roumain sur un morceau). Au début, n’étant pas fan de ce type de chant aux allures de couinements, sa voix nous interloque et gâche un peu le plaisir provoqué par les guitares aux effets hallucinogènes de Rodophe Burger, l’oud oriental et la rythmique aux confins du rock, de la musique traditionnelle et de la world music. Puis, Rodolphe Burger prend de plus en plus de place avec sa belle voix grave, le chant incantatoire de son acolyte apporte une touche surprenante pas désagréable et l’on reste scotché devant ce projet aventureux.
Fatigué mais heureux, on regagne le centre de Rennes en se disant que la première journée des 26ème Trans Musicales méritait bien les 6 heures de trajet, même si elle ne comportait aucune tête d’affiche. La réputation de festival défricheur des Trans n’était donc pas usurpée… Vivement le deuxième acte, demain !
A lire également : les comptes rendus des soirées du vendredi et du samedi aux Trans Musicales 2004.