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John Butler Trio

Espace Julien - Marseille   10 octobre 2005

  Concert à ne pas manquer

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    Ce n’est jamais facile de chroniquer un concert qui vous a profondément bouleversé. Je dirais même que c’est un exercice à la fois difficile et périlleux. Lorsque j’ai vu Radiohead en 2003 aux Arènes de Nîmes par exemple, je n’ai pas été capable d’écrire une seule ligne (si ce n’est la track list). Là, je vais tenter tant bien que mal de me faire violence même si je sais pertinemment que je n’arriverai pas à trouver les mots justes pour décrire toute la magie et la beauté sur-réaliste de la musique de John Butler. Comme disaient Les inconnus à l’époque : « Faudrait qu’j’invente des mots qu’existent pas dans le dico ! ».
    J’avais déjà pris une telle claque en pleine face, il y a de ça 6 mois, une claque comme si j’avais pris une droite de Mike Tyson à la grande époque. Je pensais naïvement que la deuxième fois serait moins impressionnante. Tout au contraire.

    A notre arrivée, L’espace est déjà bien rempli (genre une grosse demie heure de queue pour pouvoir avoir accès à une bonne bière) et la première partie assurée ce soir par Toma est déjà terminée. Certains nous dirons qu’on a eu de la chance de les rater. En même temps, faire la première partie de John Butler et ses deux comparses, c’est une mission kamikaze.



    Bref, on attend encore une petite demie heure et John arrive seul sur scène pour nous interpréter d’entrée un nouveau morceau, qui est à l’image des autres : un petit bijou voire un gros diamant. Puis, comme la fois précédente, Shannon Birchall (contre-basse et basse) et Mickael Barker (batterie) le rejoignent sur scène pour le magnifique Bound to rumble. Je ne vais pas m’arrêter sur chacun des titres qu’ils nous ont fait le bonheur d’interpréter mais je dirais juste que chaque morceau, différent du précédent, était un pur moment d’extase et de ravissement.



    John passe toujours du banjo à la guitare 11 cordes puis de la slide guitare à la guitare-folk six cordes. Et à chaque fois qu’il touche un de ses instruments c’est une véritable démonstration technique. Et voilà, qu’est-ce que je disais ? Je n’arrive pas à bien décrire tout ça. Le terme démonstration manque beaucoup, beaucoup trop de saveur. Car certes c’est terriblement impressionnant techniquement parlant mais c’est surtout déroutant au niveau des sens et de l’émotion. Il a une telle maîtrise de la guitare combinée à une inspiration de génie… C’est vraiment ce qu’on fait de meilleur en matière de blues, de rock, de folk, de reggae…



    La plupart des morceaux se décomposent de la même façon. John commence tout seul à créer l’ambiance avec ses doigts magiques puis le morceau subit des montés successives et se termine soit dans une explosion de notes soit au contraire dans la douceur la plus poétique. Les trois virtuoses jouent aussi bien des morceaux du dernier album Sunrise over sea (qui est par ailleurs fabuleux et chroniqué ici) que du précédent Three. La track list est d’ailleurs assez proche de celle d’il y a 6 mois, mais les morceaux sont à chaque fois joué un petit peu différemment ce qui démontre une énorme capacité à improviser, à se laisser inspirer par l’ambiance qui règne dans la salle.



    Une ambiance qui d’ailleurs est assez exceptionnelle une fois encore. Certes, les gens ne dansent pas trop malgré une musique qui s’y prête carrément (d’ailleurs, à cause de ça, j’ai l’air d’un con toute la soirée à bouger mon petit cul de freluquet dans tous les sens, tantôt en rythme, tantôt pas du tout) mais les applaudissement et les cris sont à chaque fin de morceau un peu plus vigoureux.
    Les visages sont également très expressifs : les yeux écarquillés, le sourire scotché au coin des lèvres et les cheveux collés sur les tempes par la transpiration (n’est-ce pas Pirlouiiiit ?).



    Tous les morceaux sont de purs merveilles mais certains d’entre eux sont encore plus … (là y’a pas de mot : incroyable, impressionnant, renversant, bouleversant, transcendant…). Betterman par exemple se prolonge pendant un gros quart d’heure voire 20 bonnes minutes avec un solo mémorable et absolument jubilatoire de Shannon avec sa contrebasse de folie, suivi d’un solo non moins jubilatoire du toujours souriant (même quand il tape comme un bourrin sur ses fûts, à un rythme effréné) Mickael et pour finir un finish éblouissant avec le fameux « Beautiful, beautiful… beautiful Woman… yes you are… Beautiful, beautiful… » (là, c’est le moment où toutes les filles tombent amoureuses au même moment).
    D’autres morceaux sont également … (toujours pareil, pas de mot). Damned to hell est par exemple très touchant et poétique, Hello me fait bondir dans tous les sens et même Treat yo mamma, que je trouve un poil trop Ben Harper sur l’album, me transcende là sur scène.



    Le moment qui restera sans doute dans les mémoires de tout le monde correspond au moment où bassiste et batteur s’éclipsent pour laisser John nous offrir un morceau purement instrumentale de toute beauté. Comme il le dit lui-même « Mon français est vraiment mauvais, mais je pense qu’avec ce morceau, nous devrions réussir à communiquer parfaitement sans avoir à recourir à quelque langage que ce soit ». Et c’est vrai ! En fait, c’est une de ses toutes premières compositions, Ocean, mais qui nous est offerte sous un tout nouveau jour, même par rapport à la fois précédente.

    Sur ce morceau, le nombre de prouesse technique est absolument incalculable : finger-taping, picking… tout y passe même le « Je joue de la percu avec ma guitare tout en faisant sortir des notes et en gardant la mélodie ». Et c’est vrai qu’on ressent tout ce que veut nous faire ressentir cet artiste complet.



    Je ne sais pas si je fabule, mais moi en tout cas, je ressens ses vibrations, je ressens son militantisme écologique, son pacifisme exacerbé, son anti-capitalisme convaincu mais aussi son amour pour sa femme, sa fille, son pays magnifique, son métier, son public… Tout passe et s’incruste à jamais dans nos cœurs comme un souvenir de bonheur et de plénitude inébranlable.



    En tout, on aura le droit à 3 rappels il me semble, avec notamment dans le premier, le single Zebra qui mettra tout le monde en transe et bien plus encore. Si ce n’est le mal de dos qui commence à se faire sentir, on voudrait que ce concert ne termine jamais, que chaque morceau qui se termine soit suivi par un autre puis un autre…
    Mais toutes les choses, bonnes comme mauvaises, ont une fin. Et le finish de ce concert sera à la hauteur du reste, c'est-à-dire un cran au dessus de tout ce qui se fait en matière de musique actuellement. Comme la dernière fois, on repartira avec des rythmes pleins la tête car ce sera une fin avec percu pour tout le monde et vas-y que je finis de te mettre en transe.

    Bref vous l’aurez compris, un concert unique qui oblige toute personne qui a lu cette chronique jusqu’au bout à aller voir sans faute John Butler Trio la prochaine fois qu’il repasse à moins de 1000 kms de chez elle.



    Photos Pirlouiiiit

    Signature : Edd Dazuntski
    le 15/10/2005
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