Il est souvent bien plus difficile de chroniquer un concert qui vous a révolutionné musicalement, plutôt qu’un concert moyen voire peu convaincant.
Quand on arrive à l’
Espace Julien avec le quart d’heure de retard marseillais,
Jude est déjà seul sur scène. Il alterne les morceaux de son excellent deuxième album (
No one is really beautiful), notamment
Rick James et
Battered Broken, avec les nouveaux morceaux extraits de
Sarah, son dernier opus. Au premier abord, sa prestation est aussi sobre que plaisante. Malheureusement, au regard de ce qui va suivre dans la soirée, cette même prestation paraîtra lègère, voire fade.
Ensuite, c’est au tour de
Tété d’investir la scène, également en solo, et il apparaît très, très en forme. Il entame son set avec un très bon
Matin de peu. Puis, se succèdent (dans le désordre)
Le meilleur des mondes,
A la faveur de l’automne,
Emma Stanton,
Les envies,
Love, love, love,
Une bonne paire de claques…. Avec des interludes comiques et efficaces.
Tout le monde est conquis et convaincu (logique, la plupart des gens sont venus pour lui) à tel point que le public râle et marronne lorsque
Tété annonce qu’il va devoir faire court car il n’est pas tout seul sur scène ce soir. Pour ma part, je ne suis pas très convaincu par ses nouveaux morceaux, que je trouve peu originaux voire peu inspirés à mon goût, notamment,
Par monts et Vallons et
L’image et le moment, que j’ai trouvés très répétitifs. Au bilan, une prestation super carrée, avec beaucoup d’humour et d’énergie mais avec des nouveaux morceaux qui ne me mettent pas vraiment l’eau à la bouche quant à la sortie imminente du 3ème opus. Dernier point positif, le concert se termine comme d’hab’ en apothéose avec la splendide version de
Redemption Song . Magique.
Mais la révolution n’est pas venue de
Tété ni de
Jude mais bel et bien du
John Butler Trio, le seul des trois que je ne connaissais pas avant de venir au concert et le seul également dont j’aurais volontiers acheter tous les albums en sortant. Comme leur nom l’indique, les
John Butler Trio sont 3 sur scène :
Mickael Barker à la batterie,
Shannon Birchall à la contrebasse et à la basse, et enfin
John Butler au banjo, à la guitare 6 et 12 cordes, à la slide guitare et au chant.
Le concert commence tout doucement par une petite boucle de banjo, un chant calme. Puis la contrebasse rentre petit à petit. Quand la batterie rentre à son tour, c’est l’explosion ! La plupart des morceaux ont la même structure : une intro calme et envoûtante puis un morceau qui pète dans le bon sens du terme avec soli de guitare, de contrebasse et de batterie, au choix.
Pour situer le « style musicale », je dirais que c’est du « Folk Rock Roots » qui bouge. Pour donner un élément de comparaison, disons du
Ben Harper branché sur 10 000 volts. En fait le
Ben Harper de
Faded et
Glory & Consequences. Des sonorités très, très « roots » notamment avec la guitare 12 cordes et la contrebasse, et qui pour autant, donnent une envie irrépressible et insatiable de « Headbanger » et de sauter dans tous les sens.
Au milieu du set,
John se retrouve seul sur scène avec sa 12 cordes et il nous joue un morceau instrumental qu’il avait l’habitude de jouer dans la rue, en
Australie, après qu’il eut quitté l’université suite au choc qu’il a ressenti lorsqu’il a découvert le picking : 15 minutes de pur bonheur auditif. Les poils de mes bras ne s’étaient pas redressé aussi fièrement depuis le concert mythique de
Radiohead aux arènes de Nîmes, l’été dernier.
Non seulement ce
John Butler joue de la guitare comme un dieu (c'est-à-dire que comme les 2 gratteux de
Toko, il pourrait donner envie à 99,9% des guitaristes d’arrêter de jouer de la guitare) mais en plus, il écrit des mélodies magiques et merveilleuses, des textes intelligents et engagés, et il chante également très, très, très bien. Son timbre est assez proche de celui de
Brandon Boyd (chanteur d’
Incubus) et son phrasé plus proche d’
Eddie Vedder (sur l’album
Ten de
Pearl Jam), avec un joli petit accent australien pour pimenter le tout.
Alors que
Jude et
Tété (contraints par l’organisation) nous ont offert 2 petits sets de 45 minutes,
John Butler Trio nous offre 2 bonnes heures de pur bonheur musical, où chaque nouveau morceau est une nouvelle découverte, un nouveau coup de foudre. On retiendra de ce concert des mélodies aussi originales qu’envoûtantes, une voix suave et animée, un super solo de contrebasse, un autre de batterie et un rappel fantastique de 25 minutes avec finish 100% percussion (batterie + djembés) digne de
Guem.
Si jamais ce groupe, qui vient de l’autre bout de la planète, est de passage par chez vous pour une tournée ou un festival, n’hésitez surtout pas, courez…courez…courez et ouvrez grand vos yeux et vos oreilles.
P.S: M.
Pirlouiiiit étant trop occupé ce soir-là, j'ai du illustrer ma chronique avec les moyens du bord. Les photos proviennent des différents sites officiels:
Jude www.judemusic.com
Tété www.airderien.net
John Butler Trio www.johnbutlertrio.com