57, c'est le nombre d'années que Jonathan Richman a passé sur cette terre. 57, c'est approximativement le nombre de personnes qu'il y avait au Poste à Galène samedi 3 mai pendant la première partie de Suzanne (Suzanne Piesker, qui a commencé son set vers 20h, alors que la soirée était sensée débuter à 20h30).
57, c'est aussi, sans doute à peu près le nombre de minutes que Jonathan Richman avait prévu de passer sur cette scène. Mais c'était sans compter que la salle allait se remplir pendant les dernières minutes avant son set, c'était avant de savoir que ce public attentif (et apparemment composé, au moins en partie, de fans de la première heure) allait applaudir l'énergumène et hurler jusqu'à ce qu'il revienne chercher sa guitare. Sans avoir imaginé que cet auditoire chauffé à blanc allaient l'accompagner de ses bravos jusqu'à ce qu'il quitte la salle (pas juste la scène, la salle !) et que la lumière revienne…
57, c'est enfin la température qu'il faisait au Poste à Galène à la fin du show de "Jojo", puisque, ne "pouvant pas chanter avec le froid", il avait demandé à ce que la "trop puissante" climatisation de la salle soit tout simplement coupée.
On a beau lire partout depuis quelques années que voir Jonathan Richman en concert est une expérience étonnante, que ses larges yeux grand ouverts et ses élans vers le public donnent l'impression d'une grande communion entre lui et l'assistance, il n'en reste pas moins, qu'on se laisse surprendre et charmer par ce monstre de la pop.
Techniquement, l'installation sur scène de Jonathan Richman est très simple. Il y a lui, avec deux micros sur le même pied (un pour chanter, et un autre un peu plus bas pour prendre le son de sa guitare classique), et un batteur (Tommy Larkins, son collègue de longue date). Il ne faut pas s'attendre à un show carré, ni espérer une playlist préétablie : Richman chante ce qu'il a envie de chanter sur le moment, enchaîne (et mélange) plusieurs titres sans attendre d'applaudissements, tente d'expliquer les textes de ses chansons (dans un français plus que correct) quand il lui semble que c'est nécessaire, et fait des rappels sur simple demande (sans sortir de scène) : "vous en voulez encore une ?". Il chante en anglais, parfois, en espagnol de temps en temps, en italien un peu, et même en français (le magnifique "Printemps des Amoureux Est Venu"). Il chante et joue près des micros mentionnés précédemment, ou s'en éloigne, soit pour modifier le son de sa guitare, pour montrer qu'il est avec nous, se rapprochant du bord de la scène, ou alors pour danser et nous regarder un par un dans les yeux.
My baby Love Love Loves Me + "you can have a cell phone" (?)
Si l'on peut, par certains côtés, être déçu par le penchant bricolé d'un tel concert, on ne peut par contre qu'être charmé par le bonhomme, ses textes, ses superbes mélodies et sa présence bienveillante et déjantées. Jonathan Richman offre, en concert ce que l'on voit (trop) rarement ailleurs (surtout de la part de légendes comme lui) : de la chaleur humaine et de la spontanéité. Ses chansons sont parfois sérieuses, d'autres fois amusantes, et toujours touchantes. Il m'est arrivé, pendant ce concert, de penser à Daniel Johnston, à Adam Green ou à Jens Lekman…
57, c'est, pour finir, presque le nombre d'albums enregistré par ce zinzin de la scène (il n'en a en réalité fait "QUE" 21 !)… Mais "Les amoureux, [qui] n’ont pas d’interest dans le monde du bizness" chante-t-il, et la plupart des albums de cet ex leader des Modern Lovers sont malheureusement difficile à trouver, même le dernier intitulé "Because Her Beauty Is Raw And Wild". Alors si vous en avez l'occasion, si il passe près de chez vous, courrez le voir !