Retour de la passionaria du hip-hop dans son fief marseillais. Un an est passé depuis son
passage à l'Espace Julien. Entre-temps, elle a tout arrêté puis repris une tournée sur des nouvelles bases (dernière date à Marseille), foutu le bordel à
la remise du prix Constantin, a tourné dans des squats politiques...
Bon premier changement, la place est passée de 12 à 17 euros... Bon, miss Keny a quand même invité pas mal de potes vu la queue à la file invitations. C'est quand même une des rares avec Soprano capable de réunir dans son public lascars et petit blancs (gauchistes). On préfère voir l'affluence du public ici qu'ailleurs, vu que cela fait partie des textes politiques les plus intelligents écrits depuis longtemps (Sans oublier la
Compagnie Jolie Môme et le
Ministère des Affaires Populaires).
Allez, coupons net au suspens,
Keny a assuré hier soir. Depuis son
concert de l'année dernière à l'Espace Julien, le set s'est carrément professionnalisé. Fini les cassures de rythmes dus à moulon de potes invités au milieu du concert. Cette fois elle a invité
Kalash l'afro et l'excellent
RPZ en 1ere partie (et merde, arrivé trop tard..). Elle a pris de l'expérience, le concert est bien rodé, les enchaînements sont efficaces. Elle s'arrête pas de courir, haranger le public, soutenu par un efficace MC, son fidèle Dj Truck, un guitariste rock et parfois un acoustique. Le show est carré, pas de temps mort.
Mais il ne faudrait pas croire que ce qui fait la force de Keny, à savoir sa rage et sa fraîcheur, ont disparu. D'entrée elle entre sur scène, fonctionne à l'énergie. L'alchimie avec le public est immédiate. Les paroles sont connues par coeur et repris dès que possible.
Le missile est lancé demeure cette bombe que l'ont connait. Mais l'hymne est maintenant
l'Elysée au karcher, réactualisé depuis l'album et le sacre sarkozyste. Expulsion de sans-papiers, membre de RESF arrêtés, etc... La salle reprend avec joie le refrain et les poings se dressent. A un moment on croit voir arrivé
La Rage mais non en fait il s'agit d'un remix de son dj et de son guitariste. Le morceau sera repris plus tard et foutra le feu, digne héritier des coktails bérurier... Son flow est toujours efficace avec sa voix éraillée si caractéristique.
Allez, soyons un peu critique sinon on va encore me qualifier de groupie. Faut avouer que la 1ere heure fut impériale. La suite, entamé par le très éfficace
J'me barre, frais et émouvant, surement un des coups de coeur du public, m'a un peu moins accroché avec la multiplication des morceaux mystico-ragga-guitare (à la
Tryo dira méchamment un copain...). Mais c'est vrai qu'à force les paroles style
Redevenons humain ça saoule un peu même si on comprend le message.
Bon, faut que j'te le dise Keny mais ton clash sur la CGT je l'ai un peu au travers de la gorge. Militant CGT, j'ai bouffé ce qu'il fallait de lacrymo et de matraques en m'opposant à des expulsions de sans-papiers, comme pas mal de camarades, comme les marins CGT qui se mettent en grève quand des expulsions ont lieu sur leur bateau. J'ose espérer que tu t'es laissé emporté et que tes paroles ont dépassé ta pensée, parce que si tu t'investis dans les luttes sociales, tu trouveras souvent des CGTistes du même côté que toi.
A part ça,
Keny Arkana a montré qu'elle n'était pas un feu de paille. Sa rage a donné naissance ce qui est arrivé de mieux au rap français depuis
La Rumeur et
Casey. Plus carrée mais toujours aussi énervée, on lui souhaite de continuer sur cette voie.
Photos :
Julien Anselme