C'est la première fois, hors festival d'été, que je me rend à un concert prévu à...18 heures, et dans un Espace Julien réaménagé avec des places assises, hum hum ça sent la soirée bobo ça, dans une ambiance familiale et tout.
Avec une ponctualité rare, la belle Keren vient sous les applaudissements présenter l'inconnu qui va faire la première partie, un dénommé Sebastien Martel "aussi grand de taille que par le talent" nous dit-elle.
Avec tout le respect qu'on doit à la demoiselle, c'est un peu exageré. Accompagné d'une blondinette aux choeurs qui mis à part quelques passages à la flûte n'a pas l'air de servir à grand chose et d'un bassiste fatigué, il jouera pendant une petite demi heure des chansons folk blues sous haute influence américaine pas désagréables (si on ne tique pas sur l'accent franglais) mais un peu soporifiques. "J'suis pas convaincu" aurait conclu lapidairement Valery Zeitoun mais on attendra d'écouter l'album pour avoir un avis définitif.
Keren Ann pénètre sur scène quelques minutes avec la discrétion qui lui est propre et c'est nettement plus consistant. Son groupe est composé d'un guitariste, un batteur, un clavieriste, un trompettiste, un contrebassiste et elle même joue de la gratte, de l'harmonica et du saxo, pas mal.
Je m'attendais à un petit show intimiste, ce sera plutôt un grand moment de chanson française décomplexée, douceureux mais jamais mièvre, assez décalé par rapport à la variété actuelle (plus proche de Vincent Delerm ou Carla Bruni que des imbecilités québequoises qui squattent nos fm) avec une présence que je ne lui souçonnais pas.
Tout de beige vêtue, elle interprêtera 2 heures durant la plupart des morceaux de ses albums "La biographie de Luka Philipsen" et le récent "La disparition", en donnant des versions parfois plus rock (le très reussi "Sur le fil") ou jazzy (sublimes "Ailleurs", "La corde et les chaussons", "Le sable mouvant" ou "Seule") d'une grande richesse musicale grace à son groupe toujours parfait.
Lors des chansons les plus calmes comme "L'illusioniste" ou "Les rivières de Janvier" c'est sa voix qui fait merveille et charme ses auditeurs qui l'écoutent dans un calme quasi religieux. Il y eut quelques moments amusants également comme lors de "Décrochez les étoiles" où le claviériste quitte son piano pour esquisser une danse bizarre derrière elle, une touche d'humour bienvenue qui fit son effet.
Outre un titre en espagnol avec Sebastien Martel revenu après le 2ème rappele je crois, on entendra également plusieurs chansons en anglais comme "Bright stones", une reprise enjouée du "Big yellow taxi" de Joni Mitchell (samplée en son temps par Janet Jackson sur "Got till it's gone") et une relecture dans la langue de Shakespeare d'un de ses titres "Mes pas dans la neige" qui préfigurent un album plus "international" à paraître d'ici l'été.
Comme on pouvait l'maginer, le concert se terminera en état de grace avec sa chanson la plus connue, le fameux "Jardin d'hiver" repris par Henri Salvador avec le succès que l'on sait.
Je conseille à tous ceux et celles qui peuvent être sceptiques à l'écoute de ses albums peut-être un peu trop lisses pour être honnêtes d'aller voir Keren Ann sur scène pour se convaincre de son talent, en ce dimanche un brin morose elle nous a envouté.