Contrairement à pas mal de mélomanes qui ne mettent pas, ou plus le nez dehors ce soir-là, j'ai toujours conservé une petite envie d'aller voir ce qui se passe le 21 juin, si c'est bien le solstice d'été comme on l'apprend à l'école, ne serait-ce que pour changer de ces salles de concert exigües et enfumées que je fréquente à longueur d'année à Marseille, mon rayon de balade étant en gros, le quartier de la Plaine.

Première constatation : il y a moins d'abrutisseurs qu'avant. Par ce néologisme hardi, j'entends ces emmerdeurs de bougre de cons de patrons de bar et autres vendeurs de merguez improvisés, qui sortent ce soir-là deux grosses enceintes et jouent la dernière compile dance à la mode à fond les watts, faisant chier les pauvres musiciens non amplifiés (dont il m'est arrivé de faire partie).
Les grosses baffles sont toujours là mais c'est généralement des sound-systems : c'est ainsi rue Crudère avec des reggaemen noirs, et Cours Julien avec des reggaemen blancs. Au moins il y a quelque chose à voir : l'enthousiasme souvent démesuré de ces DJ de dancehall qui ont l'air d'être en train de jouer leur propre musique. Mais enfin, ça plait aux gens, rien à dire tant qu'il y a du bon rhum !
Par ailleurs les grands standards se retrouvent : le groupe de salsa devant le Petit Nice (la
Cumbia Chicharra, impeccable), les concentrations de djembe (je repense à chaque fois au fameux
CADRE, groupuscule fondé par Luz de Charlie Hebdo : le Comité Anti Djembe RElou), les trois boy-scouts joueurs de guitare qu'il est impossible d'entendre à plus de trois mètres, la démonstration de capoeira et celle de danse africaine. Ou encore, un groupe de rock qui reprenait (bien) des standards type Pulp Fiction ou La Bamba, faisant danser toute la
Place du Chien Saucisse en alternance avec un trio de musique sud-américaine, tout aussi dansante.

Cabwaylingo au Dan Racing
Autre grand standard, les groupes de lycéens plus ou moins audibles qui jouent mal mais avec enthousiasme des reprises de Muse, Nirvana ou de Radiohead. J'arrive en général très bien à écouter ce genre de choses jusqu'à ce qu'ils entonnent "Quelque chose en toi" ou une autre horreur du genre. Il y avait par exemple sur la Plaine un groupe de jeunes punks (les bien nommés
Ynodible ?) qui avaient l'air pas mauvais du tout, mais développaient environ 2 watts de son seulement, obligeant les crânes rasés à se bousculer tout en tendant l'oreille. Plutôt cocasse mais un peu frustrant...

Diho au Cafe Julien
Dans les concerts pas vus, à signaler un set de
Keny Arkana,
Gari et quelques autres devant la prison des Baumettes, une belle idée que cette tentative d'esploser les murs non ? Si quelqu'un l'a vu (de dehors ou de dedans), qu'il le raconte ! Autre idée militante, l'initiative de quelques personnes (dont la fille d'un présidentiable) de vendre des bières et du pinard au profit des inculpés du CPE, une dizaine de personnes dont, selon les statistiques habituelles de la police, au moins 5 ou 6 devaient probablement passer au mauvais endroit, au mauvais moment. En tout cas la bière n'est pas chère et tant qu'il ne s'agit que de boire, on peut s'engager pour pas mal de choses !

Moi s'il y a un truc que je ne rate pas dans ces soirs-là, c'est les concerts à la
Maison Hantée. C'est en effet le seul jour de l'année ou ce lieu - ô combien mythique -, plutôt que de servir de très bonnes lasagnes en projetant Spinal Tap (ce qui est déjà sympa en soi), a de nouveau le droit de dégueuler des décibels, des larsens, et des hordes de chevelus suants. Ayant raté le seul groupe potentiellement audible (
Dirteez), ce ne sera finalement que du bonheur : j'y passerai à trois reprises pour voir les trois groupes de trash metal (
KOD,Outburst et
Kumshot Diesel que j'ai déjà eu le plaisir de chroniquer au
Brain Dead Festival du PàG il y a deux ans).
Autant dire que c'est très frais et que ça ramonne bien les cages à miel. A la boule à zéro du sympathique chanteur de KS, succèdent deux combos de chevelus (dont certains très soigneusement permanentés) qui évoquent un peu la "Chose" de la famille Addams. Ca pogote dans tous les sens (mais dans un bon esprit), un public de curieux peut se frotter à cette musique "étrange" qu'il ne voit habituellement jamais - à part à l'Eurovision ha ha - (et un public qui semble même l'apprécier, contrairement à Drucker que j'en profite pour conchier ici !), rien à dire, la Maison Hantée tient toujours son rang et la musique ça ne se passe toujours pas à la télé !
Pour tout dire le son de la Maison Hantée était même meilleur (cad moins agressif) que celui du Cosmic'Up où j'ai aperçu (enfin je crois) les
Rastaqueros qui jouaient fort et avec plein de larsen un gros rock garage punk au son dégueu et vrillant, devant un bel alignement de psychobilly girls à la frange impeccable. Bref, après quelques heures d'errance dans le quartier, pas mal d'amis croisés et de verres descendus ou transpirés, je suis rentré plutôt content !

Ed Mudshi a l'Intermedaire
La Fête de la Musique, on y fait tellement ce qu'on veut (à part circuler au carrefour du Champ de Mars, impossible) que quoi qu'on en dise, ça reste une forme comme une autre de ce que
Hakim Bey a défini comme les "Zones d'Autonomie Temporaire" : une ville livrée à la fête et à la couleur, voilà qui n'est plus très courant en ces périodes de lepénisme rampant, et ça ne durera peut-être pas toujours...
Photos Pirlouiiiit qui a croisé Philippe a la Maison Hantée et l'a perdu pour le reste de la soirée