C'est de jour et devant un public clairsemé que les cinq clermontois de
Kunamaka commencent leur set. Ils débutent par un nouveau morceau instrumental assez original mélangeant le rock progressif et le métal. Chaque musicien a enfilé le costume et la perruque la plus ridicule qu'il a pu trouver dans sa garde-robe et, allez savoir pourquoi, un monsieur a enfilé une tête de girafe, des gants de ski et caresse un autre monsieur affublé d'une tête de chien. Ceci est la description fidèle de l'entrée de
Kunamaka sur scène ; non, l'influence néfaste de substances psychotropes ne fait pas son apparition ici…
Après ce morceau de bravoure d’approximativement 5 minutes et 55 secondes,
Lord Gomez, le chanteur, fait une apparition sur scène, remercie la girafe et le chien et commence à expliquer au public ce qui va suivre. Tout est évoqué sans fard et dans le détail : la durée des chansons, leur nombre, la qualité de l'interprétation… Chacune des interventions de ce pitre est un petit sketch totalement hilarant et provocateur ; ce monsieur, sous de faux airs d'étudiant bon chic bon genre, possède un charisme certain et se transforme - souvent en plein milieu des morceaux - en dangereux psychopathe du micro. A l'instar de
Mike Patton, son registre vocal passe du crooner à Las Vegas, au chanteur de métal, en passant par le hurleur dans un groupe de hardcore ou l’inoffensif chanteur de pop norvégienne à l'eau de rose…
La musique de ce groupe est particulièrement chaotique, elle emprunte des chemins surprenants comme la salsa, le jazz, la valse, la pop avant de bifurquer vers des riffs punko-métalloïdes ! Ils jouent aussi à leur manière
L’étrange Noël de Monsieur Jack du génial
Danny Elfman. On ne risque donc pas de s'ennuyer un seul instant avec les morceaux proposés par
Lord Gomez et ses impayables amis,
Valery Del Culo (guitare schizophrène),
Bertrand Venet (basse très énervée),
Harry Mac Thompson (batterie incroyable) et
Gilou La Figue (claviers hilarants). Comme le prouvent leurs pseudonymes respectifs, les accoutrements choisis, la musique, le nom de leur première démo -
Legalize Cannibalism - et le patronyme du groupe qui veut dire « moi manger toi avec du riz », ces cinq-là ont un sens de l'humour assez développé ! Ils le démontrent encore un peu plus en interprétant des titres au nom évocateur comme
Vaginal suppuration,
Santa pignolo ou en reprenant
Hunting high and low de l'ignoble groupe
A-Ha dans une version à la fois fidèle et à des années-lumière de l'original.
Entre-temps, une dinde au corps d'athlète et un mouton pas si doux que ça étaient venus exécuter quelques pas de danse sur leurs morceaux préférés, avant que la girafe ne fasse un retour remarqué sur les planches.
Kunamaka a décidément une portée universelle : les animaux sont eux aussi sensibles à leurs compositions
"carnival core" ! Et pour couper court à toutes les rumeurs concernant l'utilisation lamentable d'animaux sur une scène où est jouée de la musique satanique,
Lord Gomez et la girafe s'embrassent langoureusement, dévoilant à la face du monde un amour sincère et pur…
Cet automne, les morceaux de
Kunamaka vont être enregistrés en studio pour permettre la sortie d'un album en décembre. Une souscription est lancée pour trouver les fonds nécessaires. N'hésitez pas à participer car ce groupe a tout pour plaire et réussir : des titres excellents, une présence scénique énorme, un humour bidonnant et un sens du spectacle assez rare…
(Photos : Flore-Anne Roth)