Depuis l'ouverture des hostilités par les frères Palaces au tout début des années 90 et leur mise en garde sur la possible solitude qui en découlera (There is no-one what will take care of you), les groupes faisant de la folk anglophone moderne fleurissent aux quatre coins de la planète indé. Avec plus ou moins de réussite, avec plus ou moins .../...
Depuis l'ouverture des hostilités par les frères
Palaces au tout début des années 90 et leur mise en garde sur la possible solitude qui en découlera (
There is no-one what will take care of you), les groupes faisant de la folk anglophone moderne fleurissent aux quatre coins de la planète indé. Avec plus ou moins de réussite, avec plus ou moins d'originalité, et de talent. Avec la folk à l'ancienne, il fallait être américain du nord, ou anglais pour être un maître du genre. Aujourd'hui, la nationalité n'y fait plus grand chose. Les artistes peuvent être originaire du sud des Etats-Unis, de Scandinavie, d'Espagne ou du fin fond de l'Alsace, quand ils dépoussièrent le genre avec talent, il sont capable de nous émouvoir avec la même force.
L'Alsace, justement, est depuis une dizaine d'années un des endroits fort du renouveau de cette folk, grâce entre autre, à l'enregistrement du magnifique et trop peu connu
The Colmar Tapes (avec
Herman Düne & Co à leur top) sous l'égide de la Fédération Hiero de Colmar, ou encore aux labels Vergo Records et Antimatière qui se sont unis en 2004 pour former Herzfeld. Et chez Herzfeld, il y a du bon, voire du très bon, à l'image de
Loyola, des
Original Folks ou de celui qui passait à l'intermédiaire ce mercredi soir :
Lauter.
Et comme pas mal de ces nouveaux song-writers à la sauce folk,
Lauter est, à l'image du valentinois
H-Burn, passé par une musique plus énergique (avec son groupe
Drey) avant d'arriver à ses chansons tantôt intimes, sombres ou énervées. Il s'avance seul sur scène avec sa guitare. Dés ses premières chansons (qui me paraissent un peu hésitantes, mais l'ambiance "bar dansant" de l'Intermédiaire n'y est sans doute pas étrangère), on retrouve les intonations qu'on aime chez ses (encore jeunes) grands-pères que pourraient être
Will Oldham ou
Bill Callahan.
Quand il échange sa guitare contre un banjo, on plonge dans un folk cajun, torturé et mélodieux (
Hit The Road) voire dansant (
Who is that boy). Et lorsqu'il reprend sa guitare et l'accompagne d'un harmonica, le son s'étoffe et prend de l'ampleur pour capter totalement l'attention (la splendide
That's Rock'n Roll). On peu d'ailleurs regretter qu'il soit seul sur scène. On se dit alors que Lauter sur scène avec une section rythmique doit atteindre des sommets. Mais le jeune Boris (c'est son prénom) assure une première partie impeccable, faisant monter la sauce comme il faut pour l'arrivée de
Reza…
Mais la sauce est malheureusement retombée. Pas par la faute de
Lauter, ni apparemment par celle de
Reza, mais semble-t-il par celle des organisateurs qui veulent temporiser entre les deux groupes (histoire de finir le concert le plus tard possible en pensant faire consommer le public ???). Bref,
Reza arrive après presque une heure de pause… Dans bar qui a fini par se vider en bonne partie…
Heureusement, l'énergie qui se dégage dès les premiers morceaux attire du monde, et le bar de rempli à nouveau au court de la prestation de
Reza.
Reza est un groupe formé de… Reza au chant et à la guitare folk, Boris (Lauter) à la guitare électrique, Gonzague à la contre-basse, et Pierre-Jean Grappin à la batterie. Pierre-Jean Grappin est (était ?) le batteur virtuose de
Holden. C'est également lui qui jouait avec subtilité et classe sur l'album de
Sébastien Schuller (Happiness) sorti en 2005. Et pour l'avoir vu plusieurs fois en concert, je dois avouer que je suis venu ce soir en partie pour le voir jouer lui. De
Reza, je ne connaissais que les quelques chansons entendues sur le net, autant dire pas grand-chose.
La première chose qu'on entend chez Reza, c'est la voix, une voix familière, chaude et chaloupée, typée "années 80", mais plus
Lloyd Cole qu'
Alphaville. Un phrasé qui me fait inévitablement penser à Dean Wareham, l'ex-chanteur de
Luna et
Galaxy 500. Musicalement, c'est pop, assez classique et super efficace, avec des airs d'
Ennio Morricone et
Calexico (sans les mariachis). Ils entament leur set avec trois titres de leur prochain album (en préparation) et enchaînent avec des chansons de leur très bon album sorti en 2007 (
Broken Kite). On pourra ainsi entendre le léonardcohénien
Remake, ou la plus rock
Flying Girl, et de très belles balades comme
Desespoir. Tout ça avec une bonne humeur de musiciens tellement heureux de jouer qu'ils supportent, avec le sourire, une spectatrice visiblement éméchée qui monte sur scène leur faire la bise à tous les quatre en leur demandant leur prénom; un spot blanc en pleine poire pendant les trois premières chansons; ou encore l'absence d'un ingé son (qui est juste passé pour la balance).
La guitare de Boris (
Lauter) est plus rageuse et presque plus relâchée que pendant son propre set. La basse de Gonzague est un vrai métronome dosé comme il le faut, et le jeu de Pierre-Jean est à la hauteur de ce qu'il fait toujours, c'est-à-dire dans la catégorie "classe internationnale". Bref,
Reza assure, même dans une salle où on ne les attend pas nécessairement, et il est certain que si j'ai l'occasion de les revoir, je sauterai sur cette occasion, tout comme je vais, maintenant, attendre avec impatience la sortie de leur deuxième album.
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