Comme toujours c'est avec réticence que je vais à la Fiesta des Suds, faux festival (pas de pass = pas de festival), vraie pompe à subventions, "fête populaire" du moins quand les invitations peuvent rentrer, tarifs des consos souvent prohibitifs et surtout, jauge trop élevée, depuis à peu près toujours : serrés de partout, tout le temps. Quand le Dock a brûlé, on a parlé de malchance ? Bonne blague, moi j'ai parlé de chance : chance que ça ne soit pas arrivé un soir de concert, chance que ce soit arrivé avant qu'un jour un mouvement de panique quelconque ait fait des morts dans ce lieu dramatiquement mal fichu, mal ventilé, mal sécurisé.
Bon, en tout cas autant la soirée d'ouverture à eu l'air surpeuplée, autant ce soir on circule tranquille. Et puis les scènes sont placées si haut que même les handicapés en fauteuil y verront peut-être presque quelque chose, et par exemple celui avec la béquille qui va y slammer ce soir. Bon, ils verront moins bien que des 2 tribunes VIP bien sûr, faut pas déconner, les potos du Conseil Général, on va pas les mettre dans la fosse quand même... Autres détails qui fâchent, la bière en alu à 5 euros ou l'eau chaude dans les cabinets rappellent rapidement où l'on est. Et bien sûr on ricane comme toujours de voir les guignols d'Attac se fourvoyer dans ce temple de la consommation.
Mais
Lo Cor de la Plana me rappelle à l'ordre : arrête de râler, c'est pour la programmation que t'es venu ! Le chant polyphonique bien connu de ces 6 gaillards déclenche rapidement des farandoles effrénées. Tout ça a capella, avec seulement quelques tambourins, le talent de
Manu Théron pour tout mettre en musique (ah, la voix de ce type ...). Ils remettent au goût du jour des airs traditionnels parfois tristes, souvent rigolos (
Fais le cocu ma fille, ton père l'était bien), on se retrouve à danser et à taper des mains naturellement. Une fanfare de cuivres au look très 'Royal de Luxe' vient leur prêter main-forte, talentueuse et cacophonique à la fois, le mélange est très sympa aussi. On s'éloigne quand même pour ne pas rater le thème de la soirée : le slam.

En chroniquant le
disque sympa de Grand Corps Malade, j'avais été un poil énervé qu'on le présente comme le "premier", puisque par ici on suit la carrière de
vibrion depuis bien longtemps. Ce soir, réconciliation : les deux vont pouvoir discourir, et dans le bon ordre ! C'est donc sur une très belle scène (non je ne dirai pas que du mal de l'organisation) sous l'autoroute, qu'on rejoint
Fred, Eric et leurs musiciens célestes, en train de
Décliner les Bleus. Il y a pas mal de monde par rapport à certaines programmations difficiles du groupe (comme l'ouverture de Marsatac en 2005) même si le public semble, comme à l'accoutumée, un peu désarçonné par cette musique.
Car au fond, pourquoi ne pas danser comme des fous sur
Fusées (Kadish) et son rythme techno ? Nous on ne s'est pas gênés. Car ceux qui en attendaient une plus dansante seront déçus, ici on est d'abord politique :
J'ai 8 ans, texte horrible décliné avec un petit sourire,
L'Amérique, slam a capella foudroyant et texte fabuleux (malgré un petit bug de transmission neuronale après Gorge, bouche, gorge, bouche !), le public devient plus attentif. Une nouveauté (
Dans le Stade ?) assez lancinante, à réécouter, ça semble se moquer des supporters -
vibrion sait comment se faire des amis. Et puis la difficile
Khora, à la musique crypto-industrielle puis percutante, celle qui m'avait fait aimer le groupe à la base. Au rappel, tout le monde salue et en bonus,
Ce mec s'effrite c'est sûr, très hip hop, classe. Comme prévu donc, excellente prestation !
En attendant la suite du slam, on s'autorise un petit tour à
Moussu T e lei Jovents : un groupe de reggae avec des bouts de Massilia dedans : le
Tatou et son célèbre bleu de travail chantent de gentilles comptines occitanes d'un ton désinvolte, les deux musiciens sont en place, c'est assez sympa mais... c'est du reggae, je ne suis pas fan. Et pas question de rater celui que j'ai vu dans un contexte complètement différent : perdu parmi les rockeurs,
Grand Corps Malade nous avait surpris et enchantés à
Rock en Seine l'été dernier, alors cette fois-ci on est là pour lui !

A 22 h 30 pétantes, le
Grand Corps Malade débarque sous l'autoroute ! Le public est conquis d'avance et le premier texte plante le décor : être handicapé en France (à plus forte raison, à la Fiesta), c'est d'abord se forger un
Mental de résistant. Sa grosse voix grave nous enveloppe, il enchaîne avec la combattante
Le Jour se lève et présente son percussioniste,
Mr Feedback. Puis l'optimiste
Sur mes deux oreilles. Il prend par la main un public très attentif (et qui semble pour pas mal d'entre eux découvrir le texte, je les envie) pour visiter 93200
Saint-Denis (ça tombe bien, cette petite moquerie vis à vis des parisiens, ça marche bien par ici). Après le bien qu'il en a dit, comparer Marseille à un grand Saint Denis au bord de la mer mettra définitivement le public dans sa poche ! Il en profite pour présenter son trio gagnant et drôle :
ma Tête, mon coeur et mes couilles, qui fait toujours son effet...
Mais voici
Midi 20, l'un de ses meilleurs textes ; le public scandera 'Appelez-moi GCM' avec lui. Ensuite, ça déroule et tout est agréable :
Paris le Matin où le plaisir d'être chomeur volontaire,
6e sens où la difficulté d'être regardé par les autres quand on est handicapé. La faussement méchante
Attentat Verbal, et par contre la vraiment détestable et hilarante
J'aime pas les gens (bonne surprise, elle est sur son site web
ici mais je pensais pas qu'il oserait). Il continue sur la chanson
Chercheur de Phase au final musical enchanteur,
J'ai oublié combattante et presque rap, puis un joli texte d'amour à sa béquille, et l'inévitable et un peu balourde
Voyages en Train, sauvée par son duo piano-violon.
Bonne chose de faite, on peut passer à l'autre texte marrant :
L'appart de célibataire. Puis il invite son pote
John Pucc'chocolat à faire le duo
Ca peu chémar où il feront participer la foule. Son collègue très doué mettra une gros ambiance en slammant quelques instants en ricain. Un autre texte d'amour assez joli (j'ai pensé à Renaud, dans le temps), cette fois à une fille, et puis la superbe
Toucher l'instant. Le concert est déjà fini, mais le public lui fait un juste triomphe et le grand gaillard ne tarde pas à ramener sa carcasse et ses jolies musiciennes !
Il dit alors un texte technique (non de dieu, ça n'a pas du être facile à mémoriser) où revient sans cesse la syllabe "vers". Il enchaîne avec
Vu de ma fenêtre et finit sur la chouette
Les Rencontres. Il pensera à remercier tout le monde et faire saluer son groupe sous un tonnerre d'applaudissements. Si l'effet de surprise n'a pas joué comme la première fois (découvrant ses meilleurs textes et sa voix, j'en avais eu la chair de poule), j'ai tout de même apprécié de revoir tout ça, et ce très charismatique slammeur, tout en enviant les gens qui l'ont découvert ce soir. Une très bonne soirée donc, et à la Fiesta des suds ? Ma foi, tout arrive !
PS 1 : exceptionnellement pas de photos hélas, Pirlouiiiit a été empêché - ces photos prises ailleurs (par votre serviteur) à la place...
PS 2 : en bonus, ouais tout ça c'est un peu de la triche mais au moins la maison ne recule devant aucun sacrifice :
3 petites
vidéos de
vibrion au Cabaret Aléatoire par
ici et une de
Grand Corps Malade à Paris par
là !