Après quelques considérations d'organisation vite règlées et quelques soucis avec la technologie satellitaire, me voici en ce samedi en compagnie de l'expéditrice de la fameuse enveloppe dans le trou du cul de l'Isère dans une ravissante petite salle de spectacles municipale dont on apprendra très vite qu'elle ne sert aucune bière, ça commence très mal. Nous sommes accueillis dans le hall par l'orgue barbare de Xavier La Trime (si j'ai compris comment il s'appelle) qui manivelle quelques ritournelles des Ogres de Barback pour nos âmes carnivores.
Accrochés au premier rang, nous nous faisons les dents sur Samarabalouf, un trio swing tzigane aviné. Un contrebassiste beau gosse (paraît-il) au prénom douteux et deux clowns à la guitare. Le frangin de Franck Margerin pour de vrai qui s'appelle Pierrot et qui a le même sourire que Jean-François Stévenin et le chef de meute, espèce de sosie du papa du guignol de Françoise Hardy (comprendra qui pourra). Les premiers rangs dansouillent avec plaisir. Moi j'ai l'impression d'être au mariage de tante Cécile aux Saintes Marie de la Mer. Hop, je file boire un soda de marque américaine en compagnie de l'organiste barbare, prêt selons ses dires, à filer sa chemise froissée contre une bière…
22h45 arrive. Tout est calme. Trop. Le contrebassiste crée une ambiance de son archet. Il martyrisera son instrument deux heures durant, écorchant les cordes, donnant des coups de pied dans la caisse, frappant sur le coffre, la cognant au sol, effleurant ses micros. Loïc Lantoine se pointe. Timidement, comme un gamin mal fagoté qui contorsionne ses panards devant son pied de micro. Il impose sa voix d'entrée. Chaude, placée, envoûtante qui dégurgite des mots. Des mots calmes qui énervent. Des mots pour nous parler des siens. Entre les titres, Loïc redevient clown à son tour, zozotant, bégayant, introduisant ses maux. Désinvolte maladroit, il bêtise son propos avec humour et ironie. Plusieurs titres se font en compagnie des zamis de Samarabalouf, créant à chaque fois un barouf dans le set, l'empêchant de réellement devenir lunaire pour rester léger.
On aurait bien aimé un peu plus de gravité parfois pour laisser l'émotion nous envahir mais Loïc la fait retomber dès la fin de chaque titre par ses pitreries et son gimmick de la soirée : « On va vous faire une hanchon ». Certains titres sont vraiment forts et prenants « Cosmonaute », « La tête au carré », « La nouvelle » qui clôturera le concert. Mais Loïc et ses amis aiment aussi la mise en scène comme sur « Nny », un hommage cynique à ce que l'on surnomme le plus grand rocker français. Loïc nous gratifie là du port d'un tee-shirt sans manches et sans col à l'effigie de la star et du plus bel effet. « Pierrot », le tube de l'hiver sera reprise en rappel avant un ultime « Badadoum » explosif et rock n'roll.
En fait, on ne peut dire si Loïc fait de la chanson, du rock n'roll, du one-man show ou du stand-up comique. Il remercie ses musiciens avec affection et a un petit mot pour tous les gens de la salle (Les Abattoirs à Bourgoin Jallieu) qui ont participé à la réalisation du spectacle. Après deux heures de fantaisies fantasques, Loïc nous laisse dans la nuit froide avec le goût d'un grand poète qui lâche des mots énormes dans ses textes et qui ne peut s'empêcher de les désamorcer à chaque instant. Un pétard mouillé ? Non, une bombe à retardement d'un artiste qui ne deviendra pas grand, il l'est déjà… Tout est calme. Trop.