D'après ce qu'on a pu lire à propos de cet album, le monde des chroniqueurs mainstream de 2011 (Libéraminrocks) se divise en deux parties (à l'exception notable de Rock'n'Folk) : ceux qui ne connaissent rien à Metallica... et ceux qui ne connaissent rien à Lou Reed ! Il convient .../...

D'après ce qu'on a pu lire à propos de cet album, le monde des chroniqueurs mainstream de 2011 (Libéraminrocks) se divise en deux parties (à l'exception notable de Rock'n'Folk) : ceux qui ne connaissent rien à
Metallica... et ceux qui ne connaissent rien à
Lou Reed ! Il convient donc de préciser deux ou trois choses d'emblée à l'attention des abrutis qui ont ricané après trois minutes d'écoute de ce disque - pour le moins inhabituel et difficile à apprivoiser - et qui ont chié leurs textes ignares dans la foulée.
En profitant généralement, après un exposé de leur inculture crasseuse, pour se moquer en passant de l'âge des protagonistes du disque, un noble songwriter new-yorkais et de mythiques metalleux californiens, légendes vivantes à qui le rock et le metal doivent respectivement une reconnaissance infinie... Ces plumitifs (pourtant souvent quadragénaires eux-même !) se plaçant donc dans une posture jeuniste qui nous donne tout au plus envie de leur chier dans les pompes, voire même de faire rentrer leur iPhone 5.2 dans le mauvais sens de leur tube digestif...
Car, non ! Ce disque n'est pas
"ce que Metallica a enregistré de meilleur depuis 20 ans" : ceux qui on écrit ça ne peuvent pas connaître l'excellent
Death Magnetic (2008), dont la plupart des riffs et des mélodies est largement plus originale. D'ailleurs les même parlent généralement de "trash metal" sans aucun complexe... alors que, bien sûr, ça ne veut rien dire.
Et non ! Désolé, mais ce disque n'est pas non plus
"ce que Lou Reed a enregistré de plus inécoutable depuis Metal Machine Music" : ce disque-ci est parfaitement audible, construit assez classiquement entre un groupe et un chanteur, et n'a (heureusement) rien à voir avec la très déconcertante (et pénible) heure de bruit blanc enregistré par
Lou Reed en 1975... Il est conceptuellement bien plus proche de
Berlin, puisqu'il raconte l'histoire de
Lulu, une prostituée sortie des rêves (ou des cauchemars) du ronchon à lunettes il y a environ trente ans, et dont il avait - à tort ou à raison - très envie d'enregistrer les monologues avec les
"Four Horsemen" en
backing-band de luxe...

Bon ! Une fois qu'on a précisé tout ça, on peut commencer à essayer de se faire un avis sur
Lulu, et à comprendre pourquoi
Lou Reed et
Metallica affirment chacun de leur côté, avoir enregistré là quelque chose de fabuleux... Le moins qu'on puisse dire est que ça ne saute pas tout de suite aux yeux. Mais bon, c'est humain : qui ne serait pas fou de joie d'avoir enregistré avec
Lou Reed ? ... ou avec
Metallica ? Et puis, avons-nous vraiment aimé
Sad Song dès la première écoute ? Supporté tout de suite
Venus in Furs ?
Soyons francs : pas besoin de 30 écoutes pour conclure que l'introduction et la conclusion de ce disque sont respectivement, ratée et chiante !
Small Town Girl ressemble à du hard FM, avec
Mr Reed posé en simple
spoken word par dessus. Quant aux 19'29" de
Junior Dad, elles font penser aux fin de morceaux interminables des années 70, de
Van Morrison à certains titres du...
Velvet Underground : au format vinyl, elle occupe toute la dernière face et semble finalement ne servir qu'à ça ! Egalement au rayon foirage,
Little Dog, délire junky interminable et décidément insupportable.
Autres morceaux partiellement ratés :
Pumping Blood a un début horriblement poussif, limite grotesque, suivie d'une accélération "à blanc" du groupe qui ne semble jamais être dans la même pièce que le chanteur - l'impression est un peu identique sur la plus posée
Iced Honey. Ou sur
Mistress Dread :
Lou y bavasse des propos (peut-être volontairement) désordonnés, pendant que le groupe mouline un gros bazar répétitif et pas complètement maîtrisé, qui rappellera au mieux leurs années "garage" aux fans...
Plus intéressante,
Cheat on me prend son temps (avec des musiciens additionnels - eh non,
Kirk Hammett ne s'est pas mis au violoncelle...), dans une très lente montée qui correspond à une complainte de l'héroïne, se transformant peu à peu en colère, puis en monologue hystérique : pas mal, mais franchement trop longue ! Au contraire, on écoute sans lassitude la montée et les 11 minutes de prêche de
Dragon, où le groupe est tout au service de l'homélie du pasteur qui est ce jour-là, manifestement très en forme !
Et enfin, on ne peut pas nier qu'il se passe quelque chose de grand sur certains morceaux : en particulier, quand la diction s'affermit - le texte aussi, et que le riff se muscle sur
The View - où
James Hetfield assure des choeurs puis le poème lui-même : méchante montée en puissance et une fin franchement jouissive ! De même, la diction assurée de
Frustration tombe plutôt bien sur la musique, fort bien travaillée derrière un riff cache-sexe, et part dans des délires assumés : parfait cocktail entre les élucubrations droguées de l'un et la brutalité bestiale des autres : oh yeah !

Il y a donc une petite moitié du disque qui s'écoute très bien, quand les textes les moins abscons rencontrent les meilleurs instrumentaux... Mais peut-être est-ce tout simplement les séances où
Lou Reed (qu'on dit très malade) était le plus en forme. Et sur cette petite moitié du disque, il y a donc quelques passages qui touchent à la poésie fulgurante et/ou au metal le plus élégant.
Si on y ajoute un artwork très réussi et différent selon les supports (voir le poster central : on peut passer un moment à se demander quelles certaines parties du mannequin sont réelles, ou en plastique), si on admet entendre là quelque chose d'original et de sauvage, et qu'après quelques semaines on s'aperçoit qu'on y revient fréquemment pour l'apprivoiser petit à petit... On n'est plus très loin de constater que
Lulu est un projet franchement hors du commun et hautement digne d'intérêt : il fera certainement date, sinon dans l'histoire de
Metallica, au moins dans celle de
Lou Reed !
(2011)