L’on pardonnera à l’Usine d’être un peu en retard ce soir, une fois n’est pas coutume, pour accueillir sur scène Monsieur Maceo Parker et son big band de 8 musiciens, très classe américaine, le geste artistiquement désinvolte et la tenue de soirée impeccable. Maceo déambule, danse, smurfe, s’enflamme devant les solos enivrants de ses zicos, puis émiette d’un micro à l’autre les notes débridées de sa voix chaude et rocailleuse, saxophone et flûte traversière aiguisés. Maceo chef d’orchestre, dynamisant le lien magique entre chacun, à l’écoute, en mouvement, un sourire d’enfant de 64 ans constamment posé sur le visage : « My name is Maceo Parker and we love you ».
Mis à part quelques rappels douloureusement articulaires de mes jambes en stand by, le set de deux heures et demie coule tout seul, fluide et intense, au creux d’une mécanique bien huilée, où la soul bluesy flirte avec le funk jazzy entre deux cessions hip hop (avec le brillant featuring de son fils Corey au mic) et hard rock (j’ai bien dit hard rock) ; les solos ébouriffants s’enchaînent, trompette, trombone, batterie, clavier, basse et guitare, chacun s’effaçant de la scène à la fin de sa performance. Puis vers le milieu du show, Maceo distribue des casquettes aux trois minots de moins de 15 ans présents dans l’assistance, avant de nous faire partager une anecdote de lycée racontant qu’il préférait gesticuler et rêver sur sa chaise plutôt que d’apprendre par cœur des vers Shakespeariens.. On ne lui en veut pas.
Maceo se confond en big up et remerciements, hommage à James Brown dont il a été le saxophoniste pendant plus de vingt ans, et somptueuse reprise (entre autres) de ‘Georgia in my mind’ d’un certain Ray Charles. Les refrains reviennent comme une litanie fiévreuse : « We gonna make it funky », et adhèrent au corps comme à l’âme. Pari gagné : ‘ Maceo Parker on my mind’…
Remarquons au passage que la manageuse tient bien le gouvernail de son band, entre multiples allers venues furtifs juste derrière la scène, intronisation du groupe et clôture du show, plus en bonus une intervention en spoken word avec son anglais académiquement impeccable, la dame au brushing des années 80 n’est jamais très loin..
Nous voulons aussi permettre à cette chronique de rendre hommage au claviériste, humble personnage de couleur blanche quelque peu oublié dans la fureur collective. Will, we love you too..