" Le Temps Désarticulé "
(ÇA, Moi et Surmoi sont dans un bateau qui vogue fièrement vers le grand large, vers les 40èmes rugissants : mais les vents sont contraires, capricieux, et les vagues chargées d'écume qui se mêlent doucement au flot de mes larmes, brouillent mon champ de vision, du front, jusqu'à Epsilon...).
Putain, j'en connais 6 ! .../...
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Putain, j'en connais 6 ! en tout et pour tout, 6 ! ! ! ! (Dont les rééditions de
Mekanik Destruktiw Kommandöh et
Kobaïa ). Lors, là, devant mes yeux embués d'incrédulité toute humaine, se dresse une table à tréteaux entièrement recouverte de CD inconnus, de live, rééditions et inédits, de DVD de manifestes Kobaïens, de diversprojets " solo " et extensions à géométries variables qui emplissent une pleine caisse d'exemplaires scellés n'attendant plus que l'auditive défloraison d'usage, sous poignées d'Euros lâchées. Je savais qu'il y en avait des " pleins ", mais, là, je défaille devant le nombre. Je suis presque certain qu'il en manque, en plus !
Mon neurone duchoix se fige sur l'instant et dérape, glisse, freine, puis sort de l'autoroute à la première, synapse occasion. Je touche, cherche, souffle, soupèse, tergiverse, inventorie, interroge le monde alentour – fans et vendeur compris ! – et pose finalement mon " épinœud " choix aux pieds d'une petite chronique animalière, nommée
Les Cygnes et LesCorbeaux (c'est prometteur, frais, et je comprends le titre, au moins !) que j'enfourne au plus vite, histoire de ne rien devoir regretter par la suite.
(Il faudra quand même que je vérifie si je ne l'ai pas déjà faîte récemment, cette intro, " ça " marquerait mal, quand même...).
21 h : l'
Usine s'anime, façon ruche...
Les lumières se tamisent, des gens entrent sur scène, la foule se " glutine " lentement, yeux embués du plaisir à venir. Les membres du groupe semblent mettre du temps à prendre leurs marques, à s'installer, et le temps de s'étirerainsi, doucement...
" Ce soir, je suis à la droite de Candide ! ".
" Non ! Au pays de Candide ! " (me souffle mon ami de covoiturage, en retour, avant de se tenir les côtes de plaisir). Ça fait en effet des années que je n'ai pas (re)jeté une oreille sur mes vieux
Magma : tous ronds, tous noirs, tous creusés de sillons usés,de frêles écoutes adolescentes...
Plus je regarde le t-shirt " Magma " de
Hervé Aknin (voix) – tandis que les bras de
Vander cognent et que la bande-son stellaire se met petit à petit à gagner tout l'espace ! – moins j'ai envie d'en acheter un : le rouge fait pompiste, le bleu, fait... Pompiste ! Le jaune : peau dechamois ! Il est pourtant beau, à la base, ce fameux emblème. Le modèle " fille " (rouge) me siérait bien, par contre, mais y'a pas ma taille... Tiens, un t-shirt de
Ten Years After vient de passer au coin du bar ! Ça fait quoi, dix, vingt, trente ans que j'en ai pas vu de tels, dans les environs...
Ils ont beau ne pas (encore) être àdonf, " ça " avance, " ça " coule, " ça " glisse, " ça " tire dans le même sens : cette chose quasi translucide, mais solide, compacte, qui vient de prendre corps sous nos yeux et pavillons réjouis.
Seul problème notable, " ça " s'arrête d'un coup et on se prend les lights pleine cornée ! Réveil brutal, qui cloue de piloris nos esprits envadrouille. Une respiration à peine happée à pleins poumons, et... C'est déjà reparti !
Trois voix rangées côte à côte, bien sagement, qui : " Ouah-Ouu-ha Lah-oué, ouah Ha Haï I vah, Vï, va-ha wa-ou Wahou va hou Völ... Hé vouahh hâaah-ou-ouaï, vouah Ouh Vï, Is-Vouah...Où ? ". Après, " ça " c'est corsé et j'y ai plus rien encapé ! L'ennui, avec le Kobaïen, ben... C'est que c'est pas rien, justement !
Toutes surfaces cutanées cumulées, l'âge moyen de la soirée a connu la Couche d'Ozone à son apogée : normal, c'est tout de même la tournée des 40 années d'existence du groupe (ce qui n'empêche pas les " juniors" de pousser doucement du museau, çà et là).
Allez, et si nous jetions tout le mauvais, d'un coup, de façon à se laisser emporter au loin par la suite, ok ?
Bon, ben, voilà... Vues de loin, les deux choristes qui agitent frénétiquement leurs maracas ont l'air de sortir tout droit d'une bien étrange communauté : mi-gymnique,mi-démoniaque, mi-stage " retrouver la confiance en soi et macramés New Age ! ", et si le fantôme de
Klaus Blasquiz s'en vient parfois taper aux portes de nos souvenirs, magnifiés par le temps, c'est que la présence et le coffre de l'actuel
Aknin ne parviendront pas à sublimer le magnifique/manifeste
Kobaïa en toute finde parcours. Pour finir, les interventions en solo de
James Mc Gaw (guitare) se situent parfois à mi-chemin entre
Carlos Devadip Santana et
Franck Zappa , ce qui jure un poil dans le " décor " local (toutes qualités intrinsèques, légitimement écartées !).
" Une flamme est venue du fond du bois... ", non, " Seule une fleur est venue du fond du bois ! ", ouais, c'est ça... J'comprends la langue de l'(leur) Univers, ça y est ! Et ça ne m'a pas pris plus de vingt minutes pour y arriver : j'suis un génie ! Un futur Nobel du langage en devenir, un supra doué touché par les forcessurnaturelles, par le très haut, par le... " Je savais pas qu'ils chantaient en FRANÇAIS ! ", lance alors ma voisine " cheveux-longs-écharpe-bottes-fourrées-pendentif-du-groupe-sans-doutes-fraîchement-acheté-au-stand-tout-à-l'heure-car-porté-À-L'ENVERS ! ", à haute voix...
La blonde
Stella (Vander/voix) squatte désormaisl'espace central : on dirait un peu du
Genesis , période
Nursery Crimes , l'espace d'un court instant, tandis que les trois voix s'entremêlent à loisir et que les aiguës me titillent sensiblement le pénible. J'observe le monde (bipède) vertical alentour : " ça " dodeline doucement, " ça " sourit d'extase, " ça " acquiesce d'unregard lancé ves son/sa voisin(e), " ça " commente d'un effleurement de cils sous le vibratoire du vibraphone ; tandis que les cymbales caressées de poignets de Maître Vander, brassent du rythme en tapinois.
Si les coupes de cheveux – court sur front, long sur nuque, ou épaules – laissent rêveur, les corps de l'assistance sont tendus (eux!) vibratoires, aux ordres, et pointent lentement aux portes de l'extase.
Le piano de
Bruno Ruder a beau en faire des tonnes, enchaîner des milliers de blanches et trillions de noires touches, déflorées d'élastique : ça ne semble pourtant augurer que du bon, du moins, jusqu'à ce que l'on frise les dix minutes de ce calorifiquerégime, en solo...
C'est SON moment, au " gars " Bruno, et il n'est visiblement pas prêt à lâcher rampe et feux pour s'éclipser et se fondre de nouveau dans le MAGMA musical ambiant (ça y est, je l'ai faite, et ça me soulage d'autant ! Je vais pouvoir me consacrerpleinement au show en lui-même !). Indifférent à son environnement, il se gorge de notes, jusqu'à l'autisme, friser : pourtant, aucun reproche ou sourd murmure rugissant ne surgit de(puis) la fosse pour tenter d'y mettre un terme, chapeau ! C'est vrai que c'est beau et qu'il est fort, mais, comment dire... Ha, v'la enfin les autres qui reviennentdans la course : c'est reparti pour un tour de nuées et vocales envolées.
C'est la basse de
Philippe Bussonnet qui conduit le vaisseau, cette fois ; qui enrobe parfaitement le plexus de rondes, de douceur (plus qu'elle ne le martèle ou ne l'agresse). Seul petit bémol, avec
Hervé Aknin , c'est qu'on dirait un
GérardBlanc post
Martin Circus , et... Putain, je capte rien à ce qu'ils disent ! Ils ont l'air tellement touchés, en rage, au bord des larmes, sensibilisés de frais, en colère, au regret, recueillis, élevés, de nouveau atteints, fébriles, que je regrette ma pale maîtrise du Kobaïen. Ça aurait de la gueule, par ailleurs, le Kobaïen, sur desrythmiques de rap (et ses sons habituellement volés à la
Soul et au
Funk des années 70 !). " Ça " sent la contestation à l'état brut, " ça " monte au créneau, " ça " suinte de partout : surtout quand c'est
Vander lui-même, qui nous inonde de ses " tears ! ", de ses " You go do Lum mum hé ma Lém ou pez' hi falls follo-Loïti-ti-zèm, HoÏ-hiiiïïnh... Di ti dï lah, lah, Lém... " (Non, je fais pas de progrès, non, rien à faire...).
La planète des légendes Kobaïennes semble enfin en vue, lors, je me sens pourtant comme l'astronaute de " 2 001 " lourdé par
Hal et paniquant à l'idéede dériver à jamais dans l'espace aux côtés de la future carcasse de mon ex-coéquipier.
" Nous venons de vous jouer 2 nouveaux morceaux ! Le premier n'était encore qu'une ébauche, loin d'être terminé... (Gaspe !)... Le second s'appelait
Félicité Thösz ! " (dixit
Stella ). Un Anglais vient malencontreusement briser le charme enbeuglant un cinglant " I Love you ! " qui ne déparerait pas dans l'enceinte d'
Anfield Road , ou de
L'Emirates Stadium : elle lui lance un doux et gracile " Thank you ! " en retour ; tandis qu'un lourd " Fuck You ! " (bien moins amical) jaillit d'un trait et glisse sous la visière kaki de mon hargneux voisin de droite, jusque-làréjoui de transe...
Si j'avais la mimine gauche de
James Mc Gaw (guitare) je me régalerais à recouvrir les murs de ma chambrette d'ombres chinoises tarabiscotées, chiadées des formes et contours, la nuit venue : y'a pas un doigt qui fonce dans la même direction, ses phalanges sont à 180°, interdépendantes, dénuées d'os tendons etnerfs d'aucune sorte ; c'est à mi-chemin entre de la pâte à modeler et de l'élastique, mais " ça " sort des sons cristallins et magiques pour l'ouïe, l'
Haaï , les sens.
Ils ont tellement l'air sûrs d'eux (sur scène) et ils ont tellement l'air suspendus àleurs lèvres (en bas, devant, tout à côté, derrière ET devant) que je me prends à paniquer de l'entendement. Cette race règne sur terre depuis longtemps, c'est clair, posé, poussé, affirmé ; ils nous ont envahi depuis une " paye " et JE suis le seul à ne pas avoir été mis au courrant, à m'accrocher maladroitement aux branches, à la " vas-y commeelles poussent "...
Putain, UN SEUL de ces breaks tarabiscotés, de cassures et notes enchaînées, foutrait le melon à n'importe quel musicos un tantinet en poursuite d'absolu, tandis, qu'eux, ils passent " ça " sans trembler, tranquilles, avec l'air de ne rien y toucher. Pire, encore, lorsque
Benoît Alziari (Vibraphone et archet) passeaux claviers : ça dépote au moins autant, ça fait swinguer l'ensemble de la salle, ça dote le tout d'une authentique dose de sauvagerie rentrée jusque-là, et
Vander en profite illico pour en remettre une petite couche (de cordes) vocale ; voilà que je décolle, maintenant, ça va être pratique pour continuer à (d)écrire, tiens, bravo...
Si j'avais les poignets de ce mec, de cette légende, je pourrais... (Non, pas " ça ", non...)... Les revendre à prix d'or sous greffe à tous les
Bill Bruford ,
Cobham , Collins, Phil ,
Ian Mac Donald ou Allan White de la " prog " terre... Passés et présents. C'est de la mécanique de précision qui swingue, qui martèle,qui ripe et griffe, qui ronfle de roulements : pas besoin de " batteur ", les gars, " ça " fait monter toutes les mayonnaises sauces et béchamels du monde, sans flancher ; " ça " moud du pistou au pilon en moins de temps qu'il n'en faut à un bègue pour épeler B-AS-I-L-I-C ! (Le monstre mythique revenu des profondeurs des âges pour reprendre SAplace, la première, sans partage ni pitié).
Je suis certain qu'il y a pléthore de bons musiciens dans la salle, pleins : j'espère que je vais pas me gourer sur le nom d'une guitare, de cordes, d'une cymbale, sur une tension de toms, sur une note ou une gammed'accords à avaler ; y'en a des qui passent leur temps à " ça ", qui écument les comptes-rendus dans ce seul but, tendus... Trouver UNE faille et s'y engouffrer ! Comme je m'engouffre désormais jusqu'aux entrailles de la terre : option " enfer qui lèche sèchement le fessier tendu d'inconnu ! ". C'est sauvage. C'est beau. C'est beau ET sauvage. C'estsauvage ET beau. C'est sauvage. C'est beau. Eux AUSSI, ils tournent en boucle (pas en rond !) mais, CHEZ EUX, ça fonctionne ; " ça " se nourrit sans cesse d'ajouts divers qui viennent grossir et enfler l'ensemble qui rugit, qui bouillonne, qui gros-bouillonne à foison (comme l'Amazone aux abords de son embouchure).
" O-ho ô Loï, payslandais, ô mou-hé y lah-land-hé, ho Lém mé y landé... " ; c'est pas gagné ce truc parlé que par initiés, soit, mais quelle claque, tout de même, quelle apothéose avant orgasme.
" Huum, houais hi yeh... Ha-là-là-là-là... Hha Haahaha... Ré-hé-héééééééé... " (c'est moi, là). Argh ! J'y étais presque arrivé, je l'ai raté d'un rien, d'un souffle, d'unbreak, d'une frappe sèche sur Claire (caisse).
Tiens, v'la que le ballet incessant des choristes reprend. Quand ils descendent de leur emplacement : paisibles, patients, tête basse, en file Kobaïenne – l'une après l'un, puis l'autre ! – pour se placer en cercle, bien au centre de la scène, " ça " t'a un petit côté secte, ou communauté, quiraidit, qui glace de nuque. Une impression qui s'estompe quasi immédiatement par la force des vocalises, entonnées de trio.
Ces gens-là ne nous veulent aucun mal, bien au contraire. Depuis le début du concert, mon plexus semble avoir triplé de volume ; tellement qu'il s'est étalé, (d)étendu : tremble pour ton pouvoir d'achat, fringuantostéopathe ! Avec une quotidienne cure de " ça ", c'est l'équilibre assuré, la fin des tensions et raideurs de toutes sortes.
D'un seul regard, le " guide " vole haut, au-dessus des nouées, la peau se tend et reconstitue le tissu morne, creusé, craquelé, avachi, en manque d'eau et d'irrigation. La source est là, juste à portée, plus ne nousreste qu'à plonger (sans bouée) pour s'y abreuver, contre stress et marées. Hé, merde, ça fait pas cinq minutes que " ça " a repris, et la terre tremble de nouveau, enrobée de montées par paliers, d'envolées instrumentales chiadées, de corps qui suent et poussent, à l'ombre de la voix d'ange de l'antique
Feuillebois (Isabelle/chœurs).
C'est de l'orgasme en cascade pour psyché et ID ; de la nourriture céleste à garder, archiver – juste au cas où, pour être prêt – c'est la zébrure dans le filet, le temps, les années ; l'azur fendu, l'Ozone happée d'un pot catalytique gourmant d'air et nuées ; la Cathédrale
d'Heldscalla* renflouée ; l'équilibre et la paix enfinrabibochés ; l'envie dans nos cœurs, avec vue sur gaieté ; l'humain en grande quête qui respire et s'assied, aux pieds du monde, de nouveau restauré... C'est la " musique des forces de l'univers ", affichée et vantée, de main de maître, interprétée...
" Dansce monde de chaos, Magma devait naître, par moi, ou par quelqu'un d'autre... " (
Christian Vander/Zebën Straïn de Geustaah ). Putain, ce jour-là, qu'est-ce que JE faisais ?
* Le Guérisseur de Cathédrales : Philip K. Dick.
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