Nullement impressionné par le fait d’assurer la première partie d’une légende du rock,
Marianne Faithfull en l’occurrence,
Christophe Adam arrive en costard avec ses deux étuis à guitare dans les mains, comme s’il descendait à l’instant du train… Il scrute le public et, pendant qu’il s’installe tranquillement sur scène, il
« inflige » au nombreux public la traditionnelle bande enregistrée permettant de vérifier la qualité de sa chaîne hi-fi.
Comme son disque
La grande muette le prouve à chaque écoute, monsieur Adam sait écrire des chansons ! Tour à tour tendres, drôles, acides ou énervées, elles ont toutes un petit plus par rapport au tout venant de la chanson française diffusée sur les ondes. Le public, venu entendre la voix grave de madame Faithfull, a d’ailleurs immédiatement adhéré aux compositions en rigolant et en applaudissant, en faisant comprendre à l’artiste son bonheur d’assister à un moment à part, tout simplement…
La recette de l’amour fou,
Je déteste,
Tout contre,
L’inconsistance ou
La mauvaise soirée sont immédiatement entrées dans la mémoire du public, conquis par la simplicité et la classe de l’écriture de
Christophe Adam. Avec une telle collection de chansons, le songwriter clermontois devrait connaître le succès sous peu.
L’arrivée de
Marianne Faithfull et de ses quatre musiciens donne des frissons à une bonne partie du public ; on n’a pas tous les jours l’occasion de passer une soirée avec une artiste comptant autant dans la musique des 40 dernières années. Habillée sobrement en noir et visiblement ravie de reprendre sa tournée promotionnelle pour l’album
Kissin time, la dame a captivé le public pendant une heure et demi qui a semblé durer quinze petites minutes, tant ces moments étaient magiques…
Délivrées par un gang d’Ecossais de Glasgow (claviers, basse, guitare) soutenu par un Irlandais de Dublin (batterie), les orchestrations ont rendu grâce aux compositions signées par les plus grands talents actuels et passés. Le son, plutôt années 80 - claviers clinquants rappelant
Pulp ou
Beck - a évolué vers des univers un peu plus rock pour servir les chansons de manière appropriée… La seule fausse note du concert sera un solo de guitare virtuose et sonnant affreusement : 10 secondes chrono, c’est à dire rien du tout sur la durée du spectacle.
Le répertoire interprété ce soir sera un pur bonheur, et même l’absence d’
As tears goes by cosignée avec les
Rolling Stones et de
Nobody’s fault but my own du génial
Beck ne viendra pas ternir l’éclat de cet instant unique. Commencée avec le dernier titre de
Kissin time,
Something good, cette soirée verra se succéder des titres tous plus mémorables les uns que les autres ! Signés
Blur (
Kissin time),
Billy Corgan (
Wherever I go,
I’m on fire),
Beck (
Like being born),
Will Oldham (le surprenant et bienvenu
A king at night),
Dave Stewart (
Song for Nico),
Pulp (
Sliding through life on charm),
Tom Waits (
Strange weather) ou extraits du magnifique album datant de 1979,
Broken english, (
The ballad of Lucy Jordan,
Why d’ya do it,
Broken english,
Working class hero de
John Lennon) ces morceaux seront magnifiés par la voix et l’interprétation habitée de
Marianne Faithfull.
Il faut donc faire un effort vraiment surhumain pour extraire les moments forts de ce magma de qualité... Essayons quand même :
Song for Nico, un hommage à l’égérie du
Velvet Underground, présenté longuement et avec humour, restera dans les mémoires,
I’m on fire, avec des chœurs aériens du pianiste et du guitariste, résonnera dans la tête pour longtemps encore,
Sliding trough life on charm donnera l’agréable impression de voir jouer les sautillants
Pulp, enfin le final sur
Strange weather verra une guitare en slide avec un son époustouflant transporter cette magnifique chanson vers des sommets inégalés.
Si on ajoute des lumières d’une sobriété bouleversante, un son parfait et le sentiment que
Marianne Faithfull et ses muisciens sont heureux de jouer ensemble sur scène, on obtient une soirée inoubliable. Seul petit bémol, on aurait volontiers passé une heure de plus en compagnie de
Marianne Faithfull…
A lire également, la chronique du concert de
Marianne Faithfull au Printemps de Bourges 2005.