
Photo de Flore-Anne Roth piquée à Pierre Andrieu (qui voudra bien me pardonner)
J'avais déjà vu la légendaire revenante des 60's,
Marianne Faithfull il y a quelques années à Istres, sans être tout à fait bouleversé malgré une présence et un charisme indéniable. Je ne pensais donc pas y aller cette fois-ci, jusqu'à avoir été pris d'une pensée coupable... "Comment ? Une diva du rock passe 4 jours d'affilée en concert à 200 mètres de chez toi ! Qui es-tu donc, misérable vermisseau, pour oser ne pas te déplacer ??"
Tiraillé par le remords, j'y fus donc, au Théatre du Gymnase et pour assez cher, poser mes fesses sur un strapontin pour ne pas rater l'événement. Après tout outre l'ensemble de son oeuvre dont je ne suis pas forcément fan, la Dame a commis l'an passé un très bel
album co-écrit par
PJ Harvey, Nick Cave et
Damon Albarn.
Before the Poison est son nom... c'est aussi celui du spectacle. La salle est pleine - la dame fait donc du
sold out encore le troisième soir, ça prouve que ce n'est pas n'importe qui même s'il doit y avoir pas mal d'abonnés au théatre aussi !
Aïe, une première partie... Pas de panique, ce n'est que le guitariste de la Dame (plus tard, il sera présenté par elle :
Fernando Saunders) qui vient faire ses gammes : 3 chansons pas désagréables (il a une belle voix soul) et l'occasion pour lui de montrer sa belle guitare moderne (genre où il ne reste que le manche et un fil qui en part). Par contre qu'on nous le présente comme étant un artiste de chez Sony, alors là j'en ai vraiment rien à foutre. Comme si c'était un gage de qualité... on vit une triste époque staracadémique, j'vous jure...
Bref. Court entracte où un roadie vient disposer une tasse, un cendrier, un paquet de clopes ouvert et un briquet. On a beau être rock star, à un certain âge (59 ans) on a droit à son petit confort !! Et voici la dame qui entre en scène et entame son concert par un blues assez sympa. Sa voix inimitable est toujours sur le fil du rasoir, flirtant avec la fausse note, menaçant l'extinction imminente : on a toujours l'impression que le précieux organe est en train de chanter pour la dernière fois (et c'est bien ce qui le rend poignant d'ailleurs !).
J'avais lu que les arrangements de son groupe étaient un peu too much... ça ne m'a pas gêné tant que ça à part quelques nappes de synthé intempestives, et un batteur qui jouait trop fort (mais pas tout le temps). Avec ses chansons,
Marianne égrène son carnet d'adresses :
Mystery of Love, la fascinante
"No child of Mine" et la très, très belle
Last Song offertes par son amie
PJ Harvey,
Crazy Love écrite par
Nick Cave (ainsi que l'étrange
Don't Forget me je crois), l'émouvante complainte
Strange Weather composée par
Tom Waits,
Time Square écrite par
John Barry... et son premier tube d'il y a quarante ans au son délicieusement 60's,
As Tears go by écrite par
Mick Jagger pour sa copine d'alors.
La dame est classieuse et souriante, et semble contente d'être encore là (elle incarne, par excellence, la survivante des 60's) même si ses déhanchés sont un peu timides (n'allons pas nous faire un tour de rein quand même - oui je suis un mufle, je sais) et qu'elle va parfois curieusement s'asseoir au fond de la scène. Le groupe est à son service et joue bien, sans frime inutile mis à par un vague solo de ci de là. Evidemment on est assis comme au
Tremplin Milonga, je n'en suis pas fan mais bon, deux concerts de rock au théatre en moins d'un mois c'est déjà pas mal. Il est vrai que ce théatre est un ancien music-hall, paraît-il le premier où des sièges furent arrachés à la glorieuse époque des yé-yé !...
Hélas, on a été privés de
There is a ghost et
Before the Poison, deux chansons bouleversantes du dernier opus qui donnent le frisson, et je n'espérais même pas la mythique
Who will take my dreams away pour laquelle je me serais pourtant arraché le coeur pour le déposer, encore fumant, aux pieds de la Dame... Cela étant j'ai été assez remué par
Workin Class Hero, par
Sister Morphine... et par le final où toute la salle debout a reçu un
Broken English de grande classe et enthousiasmant !
Au final un beau concert qu'il aurait été dommage de rater. A la prochaine, c'est promis,
Marianne... je sais bien que vous ne le ferez pas hélas, mais j'ose rêver d'un concert de vous, où
PJ Harvey serait à la guitare,
Nick Cave à la basse et
Tom Waits aux fûts... Mais vous avez raison, ce ne serait pas raisonnable, ce serait de la concurrence déloyale pour nombre de
petites frappes d'aujourd'hui qui essayent désespérément d'incarner le rock anglais aussi bien que vous...