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(mes) Eurockéennes de Belfort 2007 1/3 : Gogol Bordello, Juliette & the Licks, Hells Kitchen, Archie Bronson Outfit, Wu-Tang Clan, Andy Newcomers, Amy Winehouse, Simian mobile Disco, Rita Mitsouko, Young Gods vs Dälek, Marylin Manson, Justice... (2007)

Presqu'Ile du Malsaucy, Evette-Salbert   29 juin 2007

    Concert à ne pas manquer

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    Peut-on dire "mes" et s'approprier un peu des mythiques Eurockéennes, sous prétexte qu'on y va pour la 14 ième fois ? Bof, tant qu'un type qui y serait allé 15 fois ou plus ne nous aura pas traité de merdeux néophyte, pourquoi pas ? On gagne donc en habitué notre presqu'Ile de festival favorite, à la recherche de petits améliorations ou changements. Pas grand chose cette année, à part quelques endroits défoncés accidentellement au Manitou, et une route en gros cailloux - preuve de la confiance qui règne sur ce site puisqu'ils pourraient très bien servir de projectiles, en d'autres contrées et d'autres ambiances !

    Vendredi : Du gros son et une déesse en chignon


    Bref c'est sous un ciel gris et un site encore presque vide qu'on arrive au Malsaucy, avec de mauvais pressentiments météorologiques, en écoutant d'un oreille distraite Kaolin ennuyer le public sous de lourds nuages et un chapiteau peu rempli. Heureusement une bière, un rayon de soleil et surtout les chiapacans new-yorkais de Gogol Bordello vont nous remettre d'aplomb, grâce à leur bonne humeur certes un peu too-much, mais résolument communicative.


    Le chanteur a ce qu'il faut bien appeler une tête de voleur de poules, ses choristes par ailleurs splendides sont maquillées comme des camions volés et tous sont habillés comme des Didier Wampas - visuellement kitschissime, c'en est presque fatigant à regarder ! Mais ils ont une belle énergie, jouent à fond avec un son horriblement mal réglé leur gypsy punk caractéristique et entraînant, quoique répétitif, en déclenchant force pogos et slams sur des titres endiablés comme Sally ou Not a Crime.


    D'autres titres (à peine) plus subtils comme Dogs were Barking et Start Wearing Purple, où l'on entend un peu mieux le violon, les rapprochent quelques instants du plus slave No smoking Orchestra. Le naturel revient vite au galop avec le technoïde Think Locally, fuck globally, Mishto et divers autres trucs pétaradants, sur lesquels le chanteur totalement dépouillé (au sens propre et figuré - il est à moitié à poil et a un peu forcé sur le picrate), finit en crowd-surfant avec une choriste sur un tambourin. Voilà qui nous a au moins échauffé les esgourdes comme il faut !


    Le début d'excitation retombera toutefois bien vite avec la performance dispensable de Juliette & the Licks. Certes on y admire la jolie actrice tueuse née (qui s'est bien amochée avec un maquillage de mort-vivante), mais on se demande vite à quoi bon ce groupe. Caprice de star ou plutôt réorientation professionnelle suite à une carrière en dent de scie ? En tout cas son backing-band est tout juste bon à animer une mi-temps de Superbowl : gros rock ricain sans saveur, compositions ineptes... ce qui est d'autant plus dommage que sa voix un peu fêlée, son début de charisme même, pourraient être tellement mieux utilisés ! Tandis que la miss se la pète un peu trop en se roulant par terre, une amie émet l'hypothèse plausible suivante : "tu sais, en fait je crois qu'elle se drogue !". Bien possible en effet.


    On partira donc vers des horizons plus sound-systémiques, et avec raison : les Hell's Kitchen sont un formidable trio de blues joué à fond la caisse, avec guitare fuzzy et contrebasse en roue libre. Par ailleurs ils sont francophones (suisses ?), font un peu les guignols et sont finalement très attachants. On les quitte sur la fin de leur concert, une sorte de folk-blues déchaîné et tout à fait convaincant. Pendant ce temps, au loin, on entend Juliette et les Léchouilles en train de massacrer Hot Stuff. Ils auront au moins joué une bonne chanson - God bless Donna Summer...


    Sur la plage se produit alors Archie Bronson Outfit, un duo que nous a chaudement recommandé le Big Smelly Toe (marseillais crypto-suédois de nos amis et croisé à plusieurs reprises - mais il faut dire qu'il mesure au moins 2 mètres). Il s'avère que c'est un duo ... de quatre personnes, dont le rock un peu lancinant semble fort bien écrit (on pense tout de suite à 16 Horsepower et autres groupes du même auteur). Par contre il s'avère qu'on entend peu ou prou que les guitares (donc ni les voix ni la batterie, ni même le saxo pourtant un peu expérimental). Dommage, ça doit être bien sur disque et peu-être même en salle, à revoir.


    A ne pas revoir par contre, les gros bourrins du Wu-Tang Clan, sept à huit pignoufs braillant des yeah, des shit et des fuck dans leur micro, au point que nul ne sait si c'est encore la balance ou déjà le (rires) "concert". Il paraît qu'ils ont réussi à se poser à Francfort pour venir ici, d'ailleurs, et qu'ils ont pourri la vie à l'organisation. La parfaite bande de branquignols en somme... Soit parce qu'on connait pas soit qu'on a pas les codes pour le rap US (on avait pourtant apprécié Jurassic 5 à Rock en Seine, dans le style ?), ça nous fait immédiatement chier. Quoi qu'il en soit, un type avec une voix de photocopieuse en bourrage et une gueule de camion fera un truc autrement plus convaincant le lendemain ici-même.


    Ce sera donc le prétexte à acheter un énorme et régressif cornet de frites mayo-ketchup et à croiser notre camarade Pierre Andrieu, qui erre lui aussi à la recherche d'un bon concert. Que nous trouverons (comme souvent dans ces cas-là) au sound-system - il faut le savoir, il y a TOUJOURS un bon concert quelque part aux Eurockéennes ! Ca s'appelle donc Andy Newcomers, c'est jeune groupe de pop-rock explosive (genre Placebo, mais au siècle dernier) qui s'éclate vraiment, avec de bonne compos qui rappellent parfois Dirty Pretty Things, une référence ! Ils ont en plus amené des potes qui assurent l'ambiance dansante et même pogotante. Excellente surprise, à suivre si possible, je les préconise chaleureusement !


    Mais voici venu le temps de s'y remettre. S'il est bien un concert que l'on ne manquerait pour rien au monde c'est celui de la diva punk-soul Amy Winehouse, notre révélation de l'année sur disque . Le décor sous chapiteau est d'une classe folle, tout en lourds rideaux, esprit très Motown, de bonne augure comme les musiciens blancs et les cuivres tout à son service... et puis ses deux choristes noirs en costards, beaux comme des dieux, avec leurs pas de danse au ralenti sur l'air jazzy qui introduit l'affaire. 9 personnes en tout, c'est bien le big band qu'on espérait !


    Le speaker l'annonce et pas le temps de l'esquiver : cette fille est une bombe atomique que le chapiteau se prend en pleine gueule, avec ses tatouages, son chignon extravagant, son jean taille basse et ses boucles d'oreille de supermarché. Sa voix est à la fois grave, chaloupée et laid-back, globalement elle est comme qui dirait sexy à mourir. En plus elle n'est même pas vraiment drunk ni high (il paraît pourtant que ça lui arrive souvent en live), enfin pas au point de mal chanter Tears dry on their Own ou la délicate Love is a Losing Game...


    Juste assez éméchée pour chanter sur le fil et sans violons, un extraordinaire Back to Black qui nous donne des frissons et recueillera un triomphe mérité ! Cette chanson est sans doute la chose la plus bouleversante entendue depuis Bang Bang de Nancy Sinatra/Lee Hazlewood... Le concert, d'abord soul mélancolique, prend ensuite assez vite une tonalité plus chaleureuse avec des morceaux sans doute plus anciens, un truc chicano-ska et même un titre carrément rocksteady qui mettra littéralement le feu - il faut dire que la demoiselle boit sec et commence à être d'autant plus enjouée... Tarantino doit absolument faire apparaître cette incroyable créature dans un film, à la bande-son ou mieux, à l'image, c'est urgent !


    La déesse est finalement à point pour chanter magistralement Rehab, un peu plus vite que sur album - elle est en fait toujours un peu en retard ou en avance sur les musiciens mais se rattrape chaque fois avec classe - et si c'était simplement ça, la soul ? Le concert, notre premier concert de ce genre au fond, se termine sur You know I'm no good (mais si tu l'es chérie !) et un langoureux Me and Mr Jones (qui est ce Môssieu, on peut savoir ?). c'était à prévoir quand elle quitte la scène : nous sommes complètement amoureux d'elle, nous crions toutes et tous comme des fous, heureux et ivres - comme elle. Très grosse claque, vivement Rock en Seine (PS août 2007 - eh non, elle n'y est pas venue, They finally made her go to rehab, and she said no, no, no...).


    Malheureusement Peter Von Poehl programmé en même temps en a fait les frais : on n'en voit que la toute fin (heureusement qu'on l'a déjà vu et aimé il y a peu à Marseille). De même on ne fera que passer au concert des Rita Mitsouko, dont les chansons de moins de 15 ans d'âge ne nous ont plus réellement passionné, même si un C'est comme ça bien torché nous rappelle de bons souvenirs du collège, comme le fort cool Andy qu'on chopera à la fin en repassant. Ca sonne un poil trop variète pour les Eurocks quand même, les Rita ... On fait aussi un tour sous la tente militante, qui propose cette année de s'engager contre l'échec scolaire en banlieue (www.pasdequartier.org).


    Pas tout ça mais c'est peut-être le moment d'aller voir de l'électro ! Simian Mobile Disco, c'est deux types qui viennent de sortir un disque (chroniqué par Pierre Andrieu) et qui tournent dans la loggia en ébullition autour d'un gros cube avec des lumières clignotantes, dont ils actionnent des boutons, des trucs et des machins. La machine émet en retour un électro-rock énorme qui met, pardon, un putain de feu : ça tient plus de la rave que du concert mais c'est vraiment très excitant (il faut avouer que nous sommes à point, nous aussi).


    Tellement à point que Young Gods vs Dälek sera mon concert de sieste (il y en a toujours un...) Il faut dire que la création, très recherchée et sonique, est très peu consensuelle. On y reconnait quelques airs des Young gods, retriturés en un trip-hop industriel sur lequel slamme le gros chanteur de Dälek, planqué derrière son laptop - le résultat n'est pas sans rappeler Tricky. Le son n'est hélas pas formidable, et le tout n'est pas complètement passionnant ni abouti. Nosfell vs Ez3kiel, c'était quand même autre chose ... et le chapiteau s'est pas mal vidé quand je ré-émerge.


    Sans doute à cause du diable qui s'apprête à jouer. Autrefois explosif et vraiment excentrique, le grand Marylin Manson (déjà passé ici en 1999 - et il nous avait retournés !), a en effet précipité ici des hordes de jeunes adultes déguisés et maquillés - mais qui, je le signale avec ma perfidie de trentenaire, devaient plutôt vénérer Dragonball Z à l'époque de Portrait of an American Family en 1994... Ses concerts se sont pourtant transformés en un cirque grand-guignol et provocateur très calculé et plutôt vain... Le chanteur ne fait qu'esquiver toutes les parties vocales difficiles (il a récemment été pris en flag' de play-back sur ce site, d'ailleurs), brandit mollement un micro en forme de couteau dont il fait mine d'égorger son guitariste, qui est au fond presque plus inquiétant que lui, avec son regard de mérou en fin de criée.


    Même si son show est très carré et ses décors assez pimpants, le virage pop plus ou moins assumé de l'Antechrist, ainsi que le départ de ses meilleurs musiciens (Twiggy Ramirez en tête) a fait de lui un clown un peu triste qui peine à mettre le feu avec ses chansons récentes comme mObscene (même un show de 2002 réécouté sur le trajet sonnait encore sacrément plus affreux, sale et méchant...). C'est même pire avec son nouvel album qui semble sonner comme du Cure de bas étage. La bonne reprise de Sweet Dreams, ou la mauvaise de Tainted Love, ne suffiront pas non plus à nous exciter les boyaux...


    C'est quand il envoie des tubes anciens qu'il retrouve un peu de sa superbe : I am the God of Fuck, The Dope Show et deux trois vieilleries nous rappellent qu'on l'a un jour beaucoup aimé, sans doute avec raison, même si là où il montrait son cul et plus si affinités, il ne fait plus que montrer son caleçon... Allez Marylin, quittons-nous bons amis puisque tu as fait The Beautiful People, l'une de mes préférées, en rappel tout de blanc vêtu, en espérant que tu retrouveras un jour une gonzesse assez décadente pour te rendre ton inspiration !


    Permets-nous cependant de nous rendre à Justice, dont l'album "†" demandait confirmation sur scène : voilà des gens qui savent énerver une foule ! Si les deux tiers des gens ont quitté le site après la gargouille glam, les autres se précipitent vers la croix blanche lumineuse déjà allumée, à l'entame d'un Genesis inaugural et identique à sa version disque, mais sur un très gros son ! L'enchaînement sera davantage remixé sur Phantom Pt I & II, puis sur D.A.N.C.E. nettement plus abrasif (et donc plus jouissif) que sur disque, tout comme D.V.N.O.


    On ne reconnait pas tous les titres, soit parce qu'ils sont plus anciens soit parce qu'ils en gardent des méchants pour le live, mais c'est une tuerie à peu près du début à la fin : le light show d'abord un peu poussif monte en puissance et le show éclate dans toute sa puissance sur un phénoménal enchaînement qui, comme espéré, nous décalquera au plafond : Stress (ma préférée), Never Be Alone (funky à crever) et les terribles vrombissements de Waters of Nazareth - difficile de reprendre son souffle après ça !


    Les deux compères qui font un tabac, ont pourtant un air un peu stressé qu'ils garderont tout le concert - allez quoi, c'est pas comme si on vous arrachait une dent, c'est quand même pas tous les jours qu'on fait danser 8000 personnes, faut rigoler les gars, ou alors mettez des casques comme vos aînés ! Un malheureux concours de circonstances m'a fait égarer mon dernier petit papier de la journée (or j'avais déjà paumé mes derniers neurones aussi) : je ne sais plus la fin de la tracklist mais il paraît évident qu'ils ont du jouer à peu près tout l'album et je crois même, un court remix de Daft Punk...

    Alors pour conclure, certes ça n'a pas tout a fait été aussi formidable que ceux-ci l'an passé (mais personne ne s'y attendait non plus !) mais il faut bien constater que nous en sommes ressortis hilares et surexcités. Justice a largement tenu son rang de nouvelle sensation française de la so-called french touch. Et cette première journée de festival nous laisse enchantés !

    Illustrations par Philippe
    Un moulon de petites vidéos d'ambiance à tous ces concerts, c'est par ici !

    A lire aussi sur Concertanco : la même journée, version Pierre Andrieu !
    La suite par ici !

    Vignette philippe
    Signature : philippe
    le 05/07/2007
    Fleche concert Envoyer un message à philippe
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