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Bjork + Matmos

Auditorium Maurice Ravel Lyon   18 novembre 2001

  Concert à ne pas manquer

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    Très fan de Björk depuis longtemps, j'avais refusé de payer le tarif honteusement prohibitif de 495 francs pour assister à son concert à Lyon le 6 novembre 2001. Il y a des limites à ne pas dépasser quand même ! La salle coûte cher à louer, O.K., il y a cinquante musiciens classiques, d'accord, mais je pense surtout que la maison de disque et Björk s'en mettent plein les fouilles ! Ils se foutent royalement des fans de musique qui ne peuvent se permettre de sortir une telle somme pour un concert. Le résultat : on se retrouve avec un public de bobos branchés ou de vieux venus voir ce que ça donne la musique de jeunes. Pour eux, c'est le concert le moins cher de l'année !
    Ayant cédé à l'offre de Tonio, je paye 500 francs pour assister au concert de la diva islandaise, finalement repoussé au 18 novembre. Je prends soin de m'habiller le plus crade possible et de ne pas me raser, y'en a marre des gens cravatés et des rebelles en tenues camouflage achetées 2500 balles ! Il y a dans ce pays une fracture sociale, blah, blah, blah.
    En arrivant, divine surprise, non seulement, je raque comme un con mais, en plus, je suis à l'avant-dernier rang, en face de la scène, certes, mais quand même à l'antépénultième rangée ! Qu'est ce que je fais ? Je pousse des cris de bête ? Je commande des demis à 25 francs l'unité pour oublier ? J'achète un t-shirt à 300 francs pour reconsommer et ainsi engraisser encore un peu plus ces enfoirés de capitalistes ? Non, non et non !

    Les 10 premières minutes jouées par Matmos sont éprouvantes : des bruits de la vie de tous les jours, en plus sans rythme, se succèdent et me font bailler allègrement. Un écran géant diffuse en direct des images filmées par un troisième larron qui promène un jack sur la peau d'un des deux musiciens. On a l'impression qu'il va lui enfoncer sous la peau à chaque instant, c'est assez désagréable ! 500 balles pour voir les films médicaux du médecin de famille de Björk, c'est un peu fort ! Remboursez ! Escrocs !
    Après ce début un peu ardu, les choses s'améliorent : des rythmes concassés apparaissent, ils utilisent une guitare de manière originale pour bidouiller, et nous avons même droit à un solo de gonflage de ballon ! Une fois que celui-ci a été gonflé et a produit une foule de bruits assez marrants, il sert de tam-tam pour faire le rythme d'une chanson. Une mise en scène et des bruitages originaux !
    La musique de Matmos est assez expérimentale mais elle recèle indéniablement des trésors d'invention et s'adapte parfaitement aux chansons de Björk.

    Après une pause, Björk arrive pieds nus dans une superbe robe blanche, elle nous joue « Frosti » avec une boîte à musique sous une pluie féerique de pétales de fleurs. Quelle entrée en matière ! Le grand orchestre de 50 gentlemen interprète aussitôt après, « Overtutre », un extrait de « Selma songs ».



    La première partie du concert dure 40 minutes, Björk chante principalement des titres de son dernier album, « Vespertine ». Des projections de paysages de banquise ou d'insectes dessinés assez naïvement, habillent le fond de scène, c'est assez quelconque et très sobre. Une jeune harpiste- accordéoniste soutient constamment son amie vocaliste, bravo et vive la harpe ! « Aurora » commence, comme sur l'album, avec des bruits de pas dans la neige, mais, cette fois, c'est un des deux Matmos qui marche sur un tapis sonorisé pour rythmer cette chanson magique : on se croirait en Islande ! Les chœurs féminins montent vers le ciel : « Ah, aaah ; aaahhhh... ». Sur « It's not up to you » , une autre chanson sympa, les chœurs (chantés par des femmes inuites) sonnent un peu « faciles » mais ceci sera vite oublié ! Chaque intervention de l'orchestre classique est un ravissement, on sent les violons monter et on a la chair de poule !



    Après un entracte, Björk revient avec « Hidden place » puis joue pas mal de titres de ces précédents albums. Quand tout ce petit monde se lance dans l'interprétation de « Joga » et de « Bachelorette », je suis cloué à mon fauteuil par l'émotion. Un moment inoubliable ! Cette petite femme minuscule chante divinement, les orchestrations sont géniales : c'est le bonheur.
    Deux rappels un peu convenus prolongeront le concert (madame quitte la scène et attends un peu pour recueillir encore plus d'applaudissements quand elle revient jouer les chansons prévues sur la set list). « Army of me », «Human behaviour », et « Hyper ballad » font lever les foules : quand les rythmes electro déclenchés par Matmos démarrent, il est difficile de rester cloué sur son siège comme si on assistait au concert du Nouvel An à Vienne entre deux grabataires aux poches pleines. C'est le principal inconvénient d'une salle assise quand on joue une musique qui appelle la danse !
    Ce concert restera gravé dans la mémoire comme un moment unique et demain, on en aura oublié le prix...

    le 23/11/2001
    Signature :
    Pierre Andrieu
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