Comment, moins de 24h après, se remettre de la tornade Massive Attack ? Bien que n’étant pas redescendu du petit nuage sur lequel m’avait satellisé la bande à 3D, il a bien fallu remobiliser ce qui me restait d’influx pour la clôture 100 % française de ce 1er festival. Bonne nouvelle, la scène avait résisté à la tornade, c’était bon signe…
KEREN ANN
Avec l’annulation de « La Tordue » (solidarité avec les intermittents), elle eut donc l’honneur de débuter les hostilités à 20H35 et ainsi finir au crépuscule, dans une ambiance feutrée et encore tiède, comme elle les aime selon ses dires.
La discrète et timide Keren entame avec une chanson intimiste, accompagnée seulement d’un guitariste. Très vite, un batteur et un bassiste la rejoindront pour une prestation d’une bonne heure. Elle nous berça de sa voix cristalline et chuchotante, un rien jazzy. Je ne la connaissais qu’à travers quelques titres comme « Sur le fil » ou « La disparition » mais le reste est plutôt agréable à écouter, elle se révéla être une musicienne complète, maniant joliment guitare, clarinette et harmonica le temps d’un morceau carrément folk en anglais. Cette fille est tout de même drôlement effacée, ses interventions étant à peine audibles mais cette relative fragilité fait plaisir à voir à côté de la suffisance affichée de certains. Elle est de plus très souriante.
Mention spéciale pour son guitariste, très complet et impeccable aussi bien à l’acoustique qu’à l’électrique ou à la blues.
Elle avait prévu d’effectuer son rappel en solo acoustique quand un mec lui réclama une de ses compositions en anglais. Pas déstabilisée, la jeune fille marqua un temps de réflexion avant de rappeler ses musiciens et d’exécuter la demande bien qu’elle avoua n’avoir pas répété ce morceau depuis 6 mois. Joli exemple de spontanéité en tout cas, voilà une artiste qui n’a pas une setlist préprogrammée et figée, qui sait s’adapter pour faire plaisir à son public, et ca c’est déjà beaucoup. En résumé un set enthousiasmant, un petit brin de fraîcheur sur la bouillante pointe croisette.
MICKEY 3d
Les Mickey 3d avaient à eux seuls motivés l’achat de mon billet pour cette dernière journée de festival. Je leur trouvais un certain talent, et ce bien avant qu’ils bénéficient du coup de projecteur médiatique suite à la sortie de leur dernier album « Tu vas pas mourir de rire » et de son tube matraqué en radio « Respire ». Leurs textes sont en effet simples mais efficaces, la plupart du temps sombres, parfois engagés, souvent sensibles et Mickey récite ses textes plus qu’il ne les chante, le tout sur une musique plutôt réjouissante. Autant dire que j’en attendais pas mal, d’autant qu’eux-mêmes se plaisent à répéter qu’ils se sont « construits » sur scène. Alors grand groupe de scène les Mickeys ? Et bien je le dis sans concession : NON NON et NON car leur set fût une GROSSE, GROSSE, GROSSE déception.
J’ai déjà eu un mauvais pressentiment dès leur entrée sur scène où Mickael (qui au passage avait sacrifié sa longue crinière) nous balança un « Ouais Salut, nous c’est les Mickey 3d, il fait beau, y’a la mer, c’est cool » avant d’envoyer « Tu Dis Mais Ne Sais Pas ». Franchement, ca sentait déjà limite le groupe de fête de la musique…
Les mickeys sont à la base au nombre de 3 : Mickael FURNON au chant et à la gratte, Aurélien JOANIN dit Jojo aux perçus et Najah au clavier-accordéon. Cependant, ils débarquent flanqués d’un 4ième larron qui allait assurer d’abord la gratte électrique puis la basse en alternance avec Jojo qui délaissa ainsi tout bonnement ses fûts après 4 chansons !! Embêtant c’est le moins qu’on puisse dire pour un groupe qui se revendique rock. Mais alors qui va assurer dès lors la section rythmique ?? Ils ne vont tout de même pas révolutionner la musique en se contentant d’une seule basse pour la rythmique ?? Et bien qu’à cela ne tienne, voici mesdames et messieurs l’entrée en scène de l’attrape-nigauds universel musical : j’ai nommé le merveilleux sampler-boite à rythme !!!
Honnêtement, je n’ai rien contre les samplers tant que ca reste réservé aux arrangements, c’est même parfois très utile et harmonieux quand on sait s’en servir, mais de là à s’en servir pour jouer des instrus entières ou comme section rythmique il y a un gouffre… Car ils ont joué ni plus ni moins les 2/3 du concert avec une vulgaire boîte à rythme et des fûts désespérément abandonnés!!!! Shoking !!!!!! Là je dis vrai scandale, supercherie, moquerie, foutaise, honte, vulgarité. Et surtout, on a la décence de ne pas annoncer du rock comme l’a fait Jojo. Ah ils sont jolis les arrangements studios mais hélas en live, ca ne pardonne pas. Dommage que le public de jeunes midinettes était conquis d’avance et que seuls de rares spectateurs aient manifesté leur mécontentement et leur frustration en demandant au pseudo batteur un solo de frappe, histoire de voir ce qu’il avait dans le bide comme l’hurla quelqu’un juste derrière moi. Il ne releva pas et voulu indirectement se rattraper sur le rappel (« I Saw Her Standing There » des Beatles), problème, il en fit beaucoup trop, jouant un rythme de métal sur une chanson pop, tout comme Mickael, complètement débordé, cassant une corde au passage à force de vouloir la jouer « physique », jeu qui ne lui correspond pas.
Bref ils ont eu tout faux, c’est vraiment dommage car je reste persuadé qu’il y a de la qualité dans ces gars là. Et je passerai sur d’autres incidents moins importants mais tout aussi agaçants : Mickael nous faisant croire qu’il siffle sur « Les enfants » alors que ca pu le sampler numérique (mais il ne trompa pas grand monde sur ce coup), Jojo (encore lui !!) qui produit un son trop parfait pour être vrai de tam-tam en frappant ses fûts à la main sur « Respire » (Ca serait pas plutôt un joli sampler numérique ?) et Najah qui ne joue même pas les accords du même « Respire » à l’accordéon (qui restera à ses pieds) mais au clavier ! D’ailleurs parlons en de cette fille, elle fût absolument transparente, aucune présence, habillée d’une sorte de toge assortie au drap qui recouvrait son clavier (mais bon sang que cachait-elle derrière ce drap ?? ). Elle se contenta de plaquer 4 accords sur son clavier-sampler et de quelques chorus insignifiants. Et pour couronner le tout, elle ne revint même pas pour le rappel, laissant sa place à un roadie (badge d ‘accréditation encore autour du cou !!) en 2ieme gratte électrique, Mickael s’étant enfin décidé à passer à l’électrique. Amateurisme scandaleux à ce niveau.
Il y eut aussi l’épisode de l’intervention sur les intermittents : solidaires, revendications, machin tout ca et alors que ses 3 compères quittent la scène, Michael nous annonce qu’il va jouer sa « Chanson de rien du tout » sans lumière ni son , pour « nous montrer» paraît-il… Pour un peu, il l’a bien joué mais personne ne pourra confirmé…Bon, l’idée en soi n’est pas stupide, mais le gros hic est que cet incident brisa définitivement le peu d’engouement qu’il restait et ce ne fût que le début d’une lente et pénible agonie.
Le pire est que j’ai vraiment du mal à trouver des motifs de satisfaction, soyons indulgent, on va dire que « Yalil » à été pas trop mal joué, ainsi que « Les gens raisonnables » mais ca s’arrête là, même l’engagé « La France a peur » raisonne déjà mal tant son thème a vieilli.
Conclusion, si il leur manque des musiciens sur scène, pourquoi diable ne pas laisser leur roadie à la guitare pendant tout le set, et non seulement pour le rappel ?? Ca leur évitera au moins l’insulte de la boîte à rythme… et ainsi de passer pour des Mickeys en live!
BENABAR
Heureusement Benabar nous a permis de clore ce festival sur une bonne impression. Entrée fracassante au milieu d’un orchestre pléthorique, jugez plutôt: guitare, basse, saxo, accordéon, 2 trompètes, contrebasse, clavier et bien sur piano à queue décoré d’un autocollant “conduite accompagnée”!! Pas grand chose à reprocher à ce sympathique garçon bien sapé qui a la lourde tache d’incarner l’avenir de la chanson française. Textes drôles, subtils et ironiques rapportant les petits tracas du quotidien du trentenaire faussement désabusé; musique bien ficelée et surtout belle présence scénique; Benabar se montre très démonstratif, bondissant et se cabrant dans tous les coins. Bourré de mimiques faciales et vocales, il propose aussi de belles impros dans ces morceaux et remercie à grand coup de « Merci m’sieux dames » dans un joli style titi parisien. Toutes les chansons les plus connues sont jouées: “Le sac à main”, “Monospace”, “Dis lui oui”, “Y a une fille qui habite chez moi”, l’inévitable “Le chien” en rappel, sans oublier une parodie de slow très drôle où il s’improvisa véritable showman, singeant successivement Bruel et Julio Iglesias sur les accords de « Imagine ». Belle connivence avec son public également : nombreuses interventions, anecdotes, dédicaces, un brin provoc, un peu démago parfois, le trublion de la nouvelle scène française est en train de se faire un nom…ou plutôt un prénom.