Miro
Cela faisait déjà quelque temps que j'entendais parler de cet oiseau sans avoir vraiment eu l'occasion de jeter une oreille à sa musique. Malgré les commentaires et les comparaisons qui circulaient à son sujet je ne savais pas réellement à quoi m'attendre avec ce concert. Dès l'ouverture des portes je constatais qu'il y avait déjà quelques adeptes du bonhomme agglutinés devant la scène dont une large représentation de la gente féminine comme pour le concert de Tété.
Miro arriva seul sur scène avec sa guitare, ses pédales et son Macintosh. Détail important le "Mac", je me permets d'ajouter cette précision car tout le monde semble occulter la présence de ce fidèle musicien aux lignes fort sympathiques.
L'artiste entama son répertoire, jonglant avec ses multiples pédales d'effet et entrecoupant ses chansons de discours délirants. Il profita également de sa prestation pour effectuer quelques statistiques : 1% des français (3 spectateurs dans la salle) aurait déjà fréquenté un psy. Je lui suggère de tenir également des
stats sur les menteurs ... Durant une intro le "Mac" nous fit un petit caprice, comportement habituellement réservé aux PC et aux logiciels Microsoft !. Miro, qui n'utilise pourtant pas le même système d'exploitation, nous révéla également avoir quelques problèmes de voix ce soir là mais visiblement ce détail n'empêcha personne de devenir rapidement "trop bon, trop con", de s'appeler "Billy" et devenir Funky.
Avec Miro ça rentre tout seul : Tu arrives en ne connaissant pas et que tu le veuilles ou non tu repars en connaissant tout par coeur. Avec une telle efficacité il devrait enseigner les Maths !.
Natalia M. king
Parfois la vision d'une photo ou la lecture de quelques lignes de présentation d'un artiste suffisent à pressentir la qualité d'un concert. Avec Natalia c'est exactement ce qu'il se produisit : Touché par sa photo, ému par son histoire et séduit par son album acquis quelques semaines avant le concert. De nombreux signes évocateurs de sincérité, de sensibilité et d'humanité laissaient présager une
soirée très prometteuse.
Une partie du public est encore concentrée autour du bar lorsque le groupe débute sa prestation. Sur fond de lumières intimistes les premiers accords de Natalia nous transportent lentement vers les profondeurs de l'âme et de l'amour. Paupières closes, longs doigts agrippés au manche d'une guitare Folk comme accrochés à la vie,
la voix claire de la chanteuse s'élève sublimement au milieu d'une assemblée attentive et silencieuse.
Quelques instants plus tard la même Natalia, les yeux grand ouverts, plaque des riffs rageurs devant une audience en pleine exaltation. Le ton de la soirée est donné : Alternance d'ambiances intimistes et d'envolées communicatives, succession d'instants introspectifs et de partage avec le public.
Au fil des chansons, sous un physique d'apparence délicat, émerge une étonnante personnalité remplie de force de caractère, n'hésitant pas à dédier le titre "Milagro" (miracle) aux nuages, jouant de la guitare avec ses dents ou avec un archet, fixant intensément quelques regards croisés au hasard. La chanteuse se révèle ainsi sans fioritures, nue, chantant simplement mais intensément la vie, l'amour, les joies, les tristesses.
Sur scène les nuances aériennes du guitariste épousent habilement les riffs instinctifs de Natalia tandis que le jeu original du batteur parvient à faire oublier l'absence de bassiste. Une touche d'improvisation donne une pointe de liberté à l'ensemble. Musicalement ces compositions sont décrites comme se situant à
la croisée du folk, du rock, du jazz et du blues. Personnellement je les classerais différemment en les associant plutôt aux musiques qui s'adressent à l'âme, à l'instar des Nusrat Fateh Ali Khan, Venus et autres Jeff Buckley, quelque part entre amour et spiritualité.
Le temps s'écoule et les titres de l'album finissent par s'épuiser mais Natalia et son groupe réapparaissent finalement pour un rappel avec "Desert", long titre envoûtant ne figurant pas sur l'album (mais disponible sur un CD promo ), et clôturent ainsi brillamment un merveilleux voyage dans l'univers de l'humanité et des émotions.
Quelques minutes après le concert alors que je déambulais lentement dans les couloirs, l'esprit encore embrumé par ces instants magiques, mon regard croisa celui de Natalia et se perdit longuement dans cette immensité. Après un long silence et quelques mots que je tentais maladroitement de bredouiller une main se posa finalement sur ma poitrine et j'entendis une voix me murmurer "A très bientôt".
Je n'étais jusqu'alors pas réellement convaincu de l'existence des miracles pourtant ce soir là je dois admettre qu'il s'en produisit un qui me permit d'apercevoir de nouveau les lueurs de la vie.