Dans l’immense hangar de la Halle Tony Garnier,
Röyksopp a peiné pour faire bouger le public venu acclamer l’auteur de la musique de la dernière pub Renault…
L’univers du duo norvégien est toujours aussi onirique mais on se demande sérieusement si c’est une bonne idée de donner un concert dans ce lieu et en première partie d’une méga star planétaire. Leur set en mai 2002 à la
Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand était indéniablement plus percutant : moins de public mais plus d’énergie, de proximité et de communication…
Dans des conditions difficiles,
Röyksopp a quand même pu dévoiler toutes les facettes de son magnifique premier album,
Melody A.M.
Svein Berge et
Torbjorn Brundtland ne sont pas vraiment des showmen, ils restent la plupart du temps derrière leurs énormes kits de machines électroniques mais ils font l’effort de parler au public, de chanter certains morceaux (avec un Vocoder), de bouger un peu et d’inviter un bassiste sur scène… Si la force de leur spectacle réside dans la puissance du son renforcée par un énorme light show et des projections plutôt réussies, la qualité des morceaux y est aussi pour beaucoup ; ils sont tout simplement bouleversants de simplicité et particulièrement propices aux rêves éveillés… Si on perd beaucoup du côté intimiste de
Röyksopp avec le passage sur scène, cela reste tout de même un bonheur d’être en présence de ces deux hurluberlus !
1 h 45 durant,
Moby et ses musiciens (basse, batterie, violons, violoncelle, dj, claviers, percussions, chant... ) venant d’horizons différents a délivré un
Best of spécial stades... Ce concert hyper puissant et très efficace a malheureusement laissé de côté la finesse pour privilégier les effets appuyés...
Les gens ont payé et ils en veulent pour leur argent, ils désirent réécouter en concert les morceaux découverts dans des spots de pub ou en fond sonore d’une émission de télé. Le public drainé à ce type de concerts n’est donc pas exactement avide de découvertes et ne cherche pas particulièrement à faire la fête : les spectateurs des gradins restent assis pendant la plupart du temps, il sont d’une passivité assez affligeante, on se croirait parfois à un méga show de
Céline Dion ou de
Michel Sardou ! Tout ceci est bien triste...
Le show business lamine tout : à partir du moment où un artiste vend des disques, il devient un produit et fait le même travail que
Star Academy,
Lara Fabian ou
Ricky Martin... Il doit jouer dans des salles immenses et donner au public ce qu’il attend. C’est d’autant plus affligeant de constater à nouveau cet état de fait quand on a en face de soi, un artiste talentueux qui passait encore dans de petites salles en l’an 2000 ! Car, s’il est parfois tenté de réutiliser la formule qui l’a rendu mondialement célèbre (nappes de synthés + beats électro + samples de voix),
Moby a démontré, avec son nouvel album
18, un talent indéniable pour créer des morceaux fédérateurs tout en distillant une mélancolie qui rend heureux...
Tout a bien changé en termes de ventes avec les albums
Play et
18... Toutefois, ce n’est pas parce que des millions de gens sont tombés amoureux de la musique de ce personnage bizarre et plein de contradictions (comme nous tous) qu’elle doit être irrémédiablement vouée aux oubliettes ! Le snobisme qui consiste à rejeter un artiste dès lors qu’il devient populaire est un concept particulièrement niais.
Ces précisons faites, il faut avouer que ce petit bonhomme pas très fier d’être américain et d’avoir George W. Bush comme président, sait s’entourer de musiciens qui donnent beaucoup sur scène. Comme les lumières hyper évocatrices font tout pour épater la galerie, le public en a pour son argent et repart satisfait... Ce spectacle a permis de passer un agréable moment dans un décor futuriste (un peu kitsch) rappelant le visuel lunaire de la pochette du dernier album (message subliminal : achetez mon album !).
Tour à tour hyper nerveux et jouissif (
Bodyrock,
We are all made of stars,
Find my baby,
Honey,
Go,
James Bond Theme), émouvant (
Why does my heart feel so bad,
Harbour,
Natural blues) surprenant (la reprise de
Blitzkrieg bop des
Ramones) ou convenu (une ignoble version baloche du tube de
Radiohead,
Creep), le méga show à l’américaine de
Moby laisse une impression mitigée de bonheur teinté de déception...
Sites Internet :
www.moby.com,
www.royksopp.com.