Le Poste à Galène ce soir se transforme en saloon : il accueille tambours battants l’hétéroclite famille des Moriarty introduite par la famille recomposée du Poney Express ; le célèbre hors-la-loi versus le service postal du grand ouest américain (…).
Ce Poney Express là n’est pas un service postal mais bien un collectif musical conduit par Robin issu de Louise Attaque (chant, guitare et accessoirement en chemise de bûcheron et chapeau de cow-boy) et Ana du groupe Têtard (guitare et voix sucrée), tous deux auréolés par une violoniste (ndP : issue du groupe aixois Musard !!!) à bretelles et un percussionniste muni d’un chapeau de paille et d’un harmonica. Je suis malheureusement arrivée en cours de route, empoussiérée de sueur en plein cœur d’une salle prise d’assaut, mais j’ai tout de même pu apercevoir, le tant d’une petite fournée, Poney Express disséminer une pop tendrement folk, fraîche et joliment volubile. La foule est réceptive, rêveusement enthousiaste.
Après une bonne demie heure de changement d’horizon scénique et de trépignements fébriles, s’installe Moriarty sur une mise en scène avec tête de chamois (on apprendra plus tard qu’il s’appelle Gilbert et qu’il est alsacien) sur paravent chinois et lampe-tapisserie (allumée).
Les Moriarty , au nombre de six personnages, dévoilent leurs talents d’orchestre déjanté : guitare sèche, électrique (médiator ou archet), contrebasse, harmonica, batterie, xylophone et kazoo forment l’éventail musical de ce concert-cabaret. Toute en prestance grave et majestueuse, Rosemary la dame corde vocale, enveloppe la salle de sa voix somptueuse, à l’octave généreux et au grain envoûtant.
Une de ces voix qui s’impriment dans l’oreille et contaminent notre mémoire sonore. Une de ces voix qui funambulent et dessinent des constellations musicales. La voilà qui déambule d’un musicien à un autre, en poupée de cire solennelle, battant l’ère d’un coup de baguette magique.
Puis les musiciens se pressent en demi-lune autour d’un seul micro de studio et nous font partager leur folk intimiste, malicieuse et fantaisiste. Les mélodies se bercent de country, de gospel, de blues, voire d’expérimentations électroniques ; leurs histoires sont prégnantes de mélancolie, enserrant un personnage ou un horizon embrumé, pimentées par des interventions absurdement comiques.
Une petite heure à peine et les voilà qui saluent comme des comédiens, bras dessus bras dessus, et s’évanouissent avec la lumière en coulisses. Deux rappels pour six Moriarty qui se font désirer et dont le spectacle s’achève quelque peu brutalement sous les meutes générales, brutalisant le rêve. Le néon brûle, les portes papillonnent sur la nuit goudronnée. Welcome back to Marseille city, aux treize coups de minuit. (« Why don’t you turn off your TV ? »)