Pop tantôt rock, tantôt électro, tantôt folk, enrichi d'un violon aérien qui vient panser des plaies qui s'ouvrent au fil d'un répertoire dur et profond.
Ha, encore un soir de match ! ... Et bien, cette fois, même si on se dit toujours qu'il pourrait y avoir plus de monde, les marseillais ont assez honnêtement empli le Cabaret, eu égard, de surcroît, à une programmation toute "en émergence"... La gratuité de l'évènement y serait-elle pour quelque chose ? Convainquons-nous que non. Il y avait bien autre chose pour motiver les troupes, ce soir-là...
Tout a démarré avec une série de "live" acoustiques aux Grandes Tables, juste à l'étage au-dessus, avec un plateau radio en direct (88.8 fm, bien sûr...). Et on a beau dire, le direct radio, ça met tout de suite un petit truc en plus, une sorte de petite pression que l'on ressent du côté des artistes, comme si jouer devant des gens était moins exigeant que satisfaire d'invisibles auditeurs qui n'ont que le son pour se faire une idée de la chose... Du coup, tous les artistes présents sont concentrés et minutieux, et le public se range à cette atmosphère son verre à la main, courtois, calme et respectueux. Il faut dire que la thématique de cette soirée ne prête pas forcément non plus à l'exubérance : il s'agit ici de dénoncer les silences du monde sur les peuples dont on a tenté de rayer la culture de la carte tout au long du siècle dernier, et hélas, encore à nouveau dès le début de celui-ci...
Pourtant, même la partie "interview" en direct, où des interlocuteurs se succèdent pour tenter d'apporter une parole sur la plaie qu'est cette forme "d'Amnésie Internationale" face aux génocides et aux négationnismes de l'histoire, reste agréablement intelligente : aucun pathos lénifiant à l'horizon, pas de succession interminable de lieux communs, l'animatrice gère son émission avec tempo, une fraîcheur appréciable et ce, tout en gardant le sérieux nécessaire à l'évocation d'un tel sujet.
Et puis, entre toutes ces paroles qui alternent sagesse, émotion, courage et invitations à la conscience il y a ces mini sessions acoustiques : les deux leaders de (feu ?) Nacimiento qui mélangent leurs voix subtiles sur des vagues de violon, la langueur méditarranéo-anglaise de la formule réduite de Kid Francescoli, le dandy blues du guitariste et du chanteur d'Heidi, le folk limpide et envoûtant du chanteur de Nation All Dust (quelle superbe reprise des Kinks !...), sans parler de la performance saisissante de Fred Nevchéhirlian !
Il plane finalement sur les Grandes Tables une atmosphère reposante, empreinte de notes et de vibrations qui se diluent entre gens ouverts, disponibles et partageant un sentiment fugace d'humanité.
C'est disparates que nous gagnerons sagement le Cabaret, dans lequel Markovo, seul derrière une barrière de claviers et machines, façonne (tout en esquissant quelques pas de danse timorés) une électro-noise un peu plus offensive que ce que son habituelle formule trio délivre : et ma foi ça, lui réussit plutôt bien. On est bien loin d'un alignement de kicks putassiers à faire trémousser les filles, ça c'est sûr, mais quelques patterns bien velus viennent quand même galvaniser son voyage intersideral à travers des sons tour à tour meta-vintages ou infra-modernes... A son habitude, Markovo, sorte de Prince d'Euphor égaré au sourire charmeur déroute donc la foule, et si ce n'était ce reste de timidité stagnante qui l'empêche de laisser libre cours à son imaginaire, il pourrait nous embarquer sans plus d'effort dans un unnivers robotique et bigarré, martelé de coups et maquillé au lavis; il s'avère qu'il s'agissait là de sa première apparition en solo : le "Markovo Live Machine" a certainement de beaux jours devant lui...
Quand les Kid Francescoli investissent la scène la foule se rapproche, et les 5 comparses installent leur pop retro-planante au moyen d'un son exceptionnel (mention spéciale à leur ingé son qui fait là une véritable performance...) qui ne tarde pas à hypnotiser la plupart d'entre les spectateurs : quelques minutes plus tard un sittin' improvisé s'est organisé à même le sol : les belles choses nécessitent parfois du confort pour en saisir vraiment l'intimité. Le no-look du chanteur et sa voix dont il faut se porter à l'écoute, ce son de rythmique si particulier, entre basse ovoïde et caisse claire élégamment étouffée, la voix douce et cristalline de la chanteuse, le mood désuet des claviers, tout opére comme un charme subtil chez Kid Francescoli : du grand art fait avec une apparente simplicité. La classe.
Nevchéhirlian. ah, Fred Nevchéhirlian, le slammeur iconoclaste qui détruit tous les poncifs du genre en trois strophes, lorsqu'il s'accompagne d'une guitare aux accents rudoyants et râpeux, ouvre tout un pan fascinant de sa palette : la puissance de ses textes vient se battre avec une succession d'accords aux dents serrés, et nous voilà face à un phénomène dans le phénomène. Il y a des gens, comme ça, qui font vraiment croire que des fées se penchent parfois sur certains berceaux... en tout cas si elles le font, le sien aura été de ceux-là.
Puis les Nacimiento viennent clôturer le bal. Reformés pour l'occasion après un long silence, il se murmure qu'il s'agirait de leur ultime live : que cette info soit vérifiée ou pas, ils se lancent dans un baroud ravageur sur une reprise de "Can't get you out of my head" de Kylie Minogue boostée aux hormmones anglosaxonnes, à savoir baveuse, sonique et méprisante : bêtement régalant. Le son est énorme, poussé d'un bon cran (nouvelle dédicace à cet autre ingé son, ça fera deux fois dans une même critique !...) et jouissif, et les quatre beaux gosses marseillais restent campés dans un rock enfoncé : pourtant, sautillants, joyeux, on les sent ultra-motivés. Le dernier quart d'heure de ce set, cependant, n'aurait pas, à mon sens, mérité d'être joué : un peu de fatigue et une absence prolongée sur scène ces derniers mois ont eu probablement raison de cette belle énergie de départ, qui finit hélas par s'essoufler.
Qu'à cela ne tienne, la foule s'est tenue debout pour ovationner tout à la fois Nacimiento et l'ensemble de cette initiative portée à bout de bras par la J.A.F et le collectif Co3, et le froid mordant nous ramène vers nos voiture alors qu'on se donne déjà rendez-vous au Dock des Suds le 22 mars, pour de la bonne musique (Arrrg, Mônsieur CharlElie Couture !) mais aussi "pour que l'Histoire ne se répète plus." Réagir à cette critique
Montgomery + Nacimiento + Markovo - 21 septembre 2007 - Poste à Galene - Marseille Avalanche de dates rock/pop/indé sur cette reprise de septembre à Marseille, on serait presque en droit de se demander si cela signifie qu'on n'aura plus rien à se mettre sous la dent pour le reste de .../...
Avalanche de dates rock/pop/indé sur cette reprise de septembre à Marseille, on serait presque en droit de se demander si cela signifie qu'on n'aura plus rien à se mettre sous la dent pour le reste de la saison ? Merde, en 15 jours, Nation All Dust, Criptonit Cirkus (2 fois) Banana's at the audience, Technicolor hobo, Smack La (2 fois), Nicholson, Gulcher, Lazybones, Ed Mudshi, Kid Francescoli,
Binaire, Basalte, ... Bam !
Et puis, encore ce soir là : Strings of consciousness, N'Twin, et en perspective, Lo le lendemain !!!
Bref, ne nous plaignons pas : si c'est le signe d'une vigueur retrouvée et le démarrage d'une énergie massiliotte qui va durer de longs mois, et bien bravo ! Hélas, si c'est pour "ouvrir le feu" de la saison avec un "one shot mensuel" et reprendre, dès fin octobre, la nonchalance mediterranéenne où le rock se fait rare, ben, le calcul est moins bon... Bref, qui vivra verra.
Ici, il sera question d'une "soirée Co3". Kesako ? Et bien, apres une première session en mars dernier au Cabaret Aléatoire, le collectif dissimulé derrière ce patronyme de Co3 continue de jouer la carte du mystère... Ouais, mystère peu excitant me direz-vous, à priori tout le monde s'en fout. C'est vrai. Une asso de plus ou de moins, un nouveau collectif ou autre chose, à Marseille on est blasé des aventures qui prennent trop vite des noms sans que les initiatives ne suivent... Sauf que lorsqu'on sait que Co3 c'est quand même Radio Grenouille, le Cabaret Aléatoire, Le Moulin, Les Chroniques Sonores et la Co-opérative Friche Belle de Mai, ça fait un peu réfélchir non ? Bon, ben jusqu'ici, rien de très novateur : deuxième "plateau musique", assez classique dans sa forme dira-t-on. Mais gageons que cette réunion de forces en puissance ne tarde pas à faire parler d'elle d'une façon plus...amplifiée ?
Quoi qu'il en soit, au programme de ce "plateau Co3" du 21 septembre : les rennais de Montgomery, dont la pop étonnante aura surpris aussi bien le "CQFD" des Inrocks que le FAIR, mais dont l'aura est inversement discrète, et les marseillais de Nacimiento (assez discrets jusqu'ici, eux aussi) et de Markovo : décidément, on est loin d'un plan marketing tapageur, aussi bien du côté organisateur que du côté artiste... Ca fait du bien, tiens, d'un coup, cette discrétion apparente. Parce qu'en plus, au compteur du Poste à Galène, une belle salle bien remplie de moitié, ce qui, au vu des infos développées ci-dessus, est une première heureuse surprise...
Nacimiento ouvre le bal vers 21h30, et force est de constater que la quatuor a bien mûri. Après info prise auprès de quelques figures locales, il s'avère qu'au-delà d'avoir eu l'honneur de clôturer la scène finale du prochain long métrage de M. Guédiguian (Lady Jane, sortie en salle fin janvier, ndlr) et en live s'il vous plaît, les Nacimiento bossent d'arrache-pied tous azimuths : résidences, enregistrements, compositions, bref, de fait le résultat est là. Si on alterne toujours entre un spleen assumé et des envolées indie parfois encore un peu "à la...", le groupe semble marcher en droite ligne vers un style et un son bien plus personnel, et au final ça ne manque pas de charme... Ce chassé/croisé entre cold rock, psychédélisme 70's et pop saturée a enfin trouvé son fil conducteur, peut-être encore un poil timide mais du coup tout prend du sens, et surtout, de la corpulence. Les partie de violon sont bien mieux intégrées, et les polyphonies de leur double chant parfaitement maîtrisées. Un bien beau set pour résumer, à la fois sincère et sans sur-séduction inutile, tout en élégance... Un dernier petit effort et on tiendra là un truc peut-être assez prometteur, ce qui est à saluer dans nos contrées provinciales.
Après un (assez long) changement de plateau, les Montgomery gagnent la scène : à coups de contrepieds, leur pop chantée en français est vraiment décalée, et assez interessante : tout d'abord, leur son est d'une propreté bluffante, il y a là une maîtrise incontournable de leur prestation; ensuite, les morceaux eux-même se surprennent à des incursions assez éparses, c'est parfois même noisy, un peu expérimental, et ça juste au détour d'un truc calibré très " pop radio tune"... On hésite aussi, du coup, entre être sous le charme ou circonspect; Montgomery est une sorte d'Ovni aux bonnes intentions, frais et caustique, détendu et titilleux, et ma foi, comment s'empêcher de trouver ça foncièrement sympathique ? Oui, sympathique, c'est bien le mot.
La salle s'est un peu vidée, cependant. Nacimineto aurait-il emporté quelques fans vers le bar d'en face ? Montgomery découragé quelques esprits chagrins ? L'heure, ramené au lit quelques couche-tôts ? Pas assez pour que Markovo ne se donne pas la peine d'attaquer avec un son d'enfer, le meilleur de la soirée probablement, quoiqu'un poil fort à mon goût...
Encore un Ovni, Markovo.
Un autre type, ceci dit : trio iconoclaste, leur musique puissante navigue entre une électro toute en profondeur et de furieux passages ambiant rock, et incontestablement les trois garçons prennent un grand pied à jouer ensemble, ce qui produit toujours un effet euphorisant sur les auditeurs : même si un demi cercle s'est formé en retrait du milieu de salle, laissant désert un devant de scène inondé de déluges sonores sporadiques, l'heure qui avance ne fait pas vaciller une audience très attentive, qui scrute les démêlées de chacun des instrumentistes. Leur musique n'est pas des plus abordables : allongée, lancinante, technique, bruitiste, complexe, les adjectifs défilent dans ma tête et je me dis, pour finir, que lorsqu'ils se passent des projections dont ils s'entourent habituellement, leur jeu de scène a un peu de mal à se suffire à lui-même... L'absence de chant, dans ce cas de figure, est toujours difficile à gérer, et la qualité évidente de leur musique, riche s'il en est, peine à imprimer la rétine là où elle pénètre avec une aisance virulente dans les oreilles... Un travail scènographique bien à propos permettrait de pousser Markovo hors de nos frontières marseillaises, à coup sûr !
Et bien, encore une étape de franchie, et de bien belle façon ma foi ! Si Co3 démarre lentement son émergence, son choix de programmation "coup de projecteur" aura été ce soir bien senti car à l'image de la plupart de mes compagnons du public, je me promets de rester à l'écoute de chacun de ces projets. Accrochons notre badge (offert) de Nacimiento au revers de notre boutonnière, et fermons le Poste à Galène en compagnie de son équipe pour un dernier verre... Restons vigilants : de Co3, Nacimiento ou Markovo, lequel des trois fera vibrer les colonnes des media en premier ? Quand à Montgomery, ils sont déjà quelque part sur un tronçon d'autoroute : Marseille/Rennes aller retour dans une seule journée, ca évite de façon directe de traîner au zinc ! Réagir à cette critique
>> Réponse (le 24/09/2007 par Lool) vendredi soir nous n'étions qu'une poignée au Poste à Galène et c'est bien dommage car il y avait un plateau des plus .../...La suite
>> Réponse (le 30/09/2007 par Chantal) Simplement pour dire que j'ai bien aimé le concert de Nacimiento. Je suis restée ensuite quelques minutes au concert de .../...La suite
Nacimiento - The Waves - Iynx - 14 mai 2007 - L'Usine - Istres Il aura fallu 13 sessions de 3 groupes pour en arriver à cette fameuse "finale" de l'édition 2007 du respectable tremplin de l'Usine istréenne : au menu, trois formations qu'un "Monsieur Loyal" nous .../...
Il aura fallu 13 sessions de 3 groupes pour en arriver à cette fameuse "finale" de l'édition 2007 du respectable tremplin de l'Usine istréenne : au menu, trois formations qu'un "Monsieur Loyal" nous présentera comme "toutes dans le même style (Rock electro, rock FM, et...rock, nous précisera-t-il)...." avec un aplomb surprenant : quand on sait que le duo de Iynx lorgne du côté d'Asian Dub, que les Waves assument une fusion metal tout droit issue de la scène américaine des 90's, et que Nacimiento évolue dans un registre très typé "pop anglaise indie" avec son double chant et son violon , on peut se dire que le gars a dû manquer un épisode... Mais bref, ne décrions pas un des dispositif de région auquel on a même pas envie de coller l'étiquette de "tremplin" tant ce serait réducteur vis-à-vis de l'arène du Café-musique de l'Usine, petite perle architecturale et acoustique : l'esprit de la "compétition" qui s'y déroule tous les ans à coups de Mardi soirs gratuits y est séduisant, la sélection rigoureuse, et les palmarès révèlent bien souvent de splendides projets musicaux. Bref, trêve de compliments et place à l'ambiance du jour.
Audience ? Clairsemée. Tendance ? melting pot de hardos tatoués en bas de treillis bien alcoolisés, de jeunes filles techno-hippies légèrement collées, de demoiselles aguichantes un peu classieuses et de trentenaires neo blasés qui aiment hocher la tête ou taper du pied avec un air entendu. Quizz : qui vient pour écouter quoi ?...
Bon, c'est à Nacimiento d'ouvrir le bal : avec une intro en crescendo ils plantent le décor : ce sera romantique, un peu torturé (dans le son aussi d'aiileurs, quelque chose de grave avec un petit côté "goth" en plus rude dans le mix qui ne va pas sans me déplaire) et assez en retrait. Le set s'oriente petit à petit vers ce mélange qui fait la foce de Nacimiento, entre titres franchement pop, presque sautillants (même les hardos, encore un peu plus chauds que tout à l'heure, se laisseront aller à quelques pas de danse mi-moqueurs mi-excités), d'autres bien plus indie avec des questions-réponses entre passages rock "à la Bloc Party" et des couplets très sombres "à la Pavement", et ces envolées electro-rock oscillant entre Depeche Mode sous saturation et le côté arty des Kills...
Le tout est saupoudré aussi bien de ce violon intelligent qui trouve toujours sa place pour élever le tout avec un naturel planant, une galerie de guitares rutilantes et une rythmique parfois brinquebalante mais joliment farouche, entre l'homme au bonnet qui tient une basse profonde et ce chauve flegmatique qui massacre ses toms à coups de hache. Les deux voix se complètent à merveille, les quatre garçons ont ce côté "je fais craquer les filles", et ma foi, un show lumière qui se réveille sur la fin avec pertinence vient pile poil mettre en exergue un final assez sciant à coups de stromboscope. Ouaouh.
Changement de plateau dans un gros quart d'heure syndical, et The Waves rentre sur scène; on ne tarde pas à reconnaître le chanteur et le guitariste des feu Nefesh, accompagnés du bassiste du feu Kollectif K : faut s'attendre à du niveau... Et on est pas déçu : dès le premier titre, avec sa Washburn "Nuno B.", le guitariste donne le ton. Le son est ENORME (aie, encore oublié mes bouchons, damned !)et chacun des quatre trentenaires prend sa place au coeur d'une machine de guerre parfaitement maîtrisée : on passe en un éclair en revue toutes les "légendes" du genre, d'Extreme à King's X en passant par Living Colour, Incubus, Faith No More et consorts, et ma foi, ça le fait grave. Je ne connais pas ce batteur qui est loin d'être en reste, mais tout ça bastonne avec une classe légèrement body-buildée très très "américaine", qui finit même par faire échapper ce "thank you" ridicule au hero-chanteur dans son micro H.F. Le matos sur scène témoigne d'une volonté de placer la barre très haut, ce qui est chose faite, et forcément, on change, en même temps que de registre, de niveau. Pourtant, y'a un petit quelque chose qui coince : les 90's ne seraient-elles pas encore un peu trop proches pour tenter ce "revival" audacieux qui frise le has-been ? On est ni dans le stoner 70's, ni dans le glam metal 80's, mais bel et bien en plein coeur de cette fusion 90's pleine de "demo attitude", excitante à souhait en son temps, mais au final quelque peu dépassée... Aie. Dommage : pour tant de virtuosité, de maîtrise et de classe, une véritable originalité dans la création et les compos aurait certainement permis à The Waves de séduire à grands coups de claques là où ils restent obstinément dans le "on joue à la...", "le riff à la comme...", et "le pont du chant version...". Un peu du gâchis, pour moi.
Nouveau quart d'heure de chngement, et place au duo des Iynx, tout droit descendu de Clermont-Ferrand !!!. Putain, rien que de s'être tapé la route pour jouer à sec dans un "tremplin" à Istres mérite d'emblée le respect !
Sur scène, un batteur casquetté à l'air mauvais et un jeune garçon cravatté tout de noir vêtu, guitare en bandoulière et mèche rebelle sur gueule d'ange. En trois minute, là aussi ça donne le ton : il se dégage de ce garçon une énergie positive totalement incroyable, il déverse physiquement un tel plaisir de jouer, une telle énergie, une telle passion qu'en deux temps trois mouvements tout le monde est conquis. Le public se resserre, s'agite, puis danse, et on plonge dans 40 mn de folie batteristique sur fond omniprésent de samples ethniques mâtinés de tablas et autres percussions obsédantes : le grand panel des rythmiques drum&bass est parcouru, tandis que sur scène, dans la salle, sur les côtés, en haut, en bas, ce sémillant guitariste bondit comme un diable en martelant sa six-cordes de riffs nerveux, avant de revenir à intervalles réguliers à un chant bizarre hésitant entre Radiohead sous acide et transe shamanique. La recette est un peu répétitive mais elle fonctionne à chaque fois : passage de loops obsessionnels en arriere plan, tension qui monte, puis explosion de décibels et de syncopes electroniquées. Clin d'oeil/reprise (légèrement polémique, le règlement du Tremplin rendant normalement ce genre d'audace rédhibitoire ???) avec une B.O de Pulp Fiction surboostée, et le train metal-dub reprend de plus belle : à chaque fois qu'on les croit épuisés, les deux compères en rajoutent une couche, dans une bonne humeur et une furie toute jouissive : c'est énorme ! Si l'on fait abstraction d'un mix vraiment trop "rock" à mon goût (bon sang, envoie du kick bonhomme !!! Et les effets en droite/gauche, ne les enterre pas !...) et d'un côté souvent totalement brouillon, les clermontois ont une de ces patates que c'est à en tomber !
Bref, inutile de faire monter un suspense protocolaire plus longtemps, et on remercie l'Usine de rendre le verdict assez vite :
Iynx remporte la coupe.
Ma foi, un choix finalement bien mérité, au sein d'un plateau vraiment exceptionnel de par tout à la fois son éclectisme (pardon à M. Loyal...), sa qualité, son humilité, tout quoi. Donc du coup, on s'en fout un peu de savoir qui a "gagné".
Trois groupes de haute volée, c'est trois groupes de haute volée. Et loin d'un concours d'amateurs, on vient de passer une bien belle soirée, dans un beau lieu, et reste plus qu'à rentrer sur Marseille pour se remplir un peu l'estomac sur les coups d'1 heure du mat' en se disant que oui, on peut encore tomber des fois sur des "tremplins" qui parlent de musique et pas de "pratique amateur sympathique" ni de "divertissement social" ni de "comptage de voix à l'aplaudimètre": ça redonne foi dans le genre.
Avec une communication pour le moins iconoclaste (un monstre kitsch avec des tentacules tout droit sorti d'une série Z, sur fond de marécage verdâtre) et une programmation à l'opacité assumée, "Co3 Sort du Bois" a joué la carte de la curiosité : politique pour le moins audacieuse pour qui connaît le public marseillais et sa frilosité légendaire, et sa capacité d'intérêt pour l'Art Footballistique lorsqu'il est pratiqué par l'équipe locale un samedi soir... Forcément, un grand téléscopage chanson/pop/rock/electro étalé sur pas moins de 9 heures (démarrage à 19h00 pour finish à 04h00 !...) prend un peu des allures de marathon dadaïste, et la soirée se présente très discrètement aux "Grandes Tables", le restaurant "néo hype" de la Friche, sur les coups des 19h30...
Mais "Co3", d'abord, c'est quoi ? Ben, d'après ce que l'on a compris (?) c'est une sorte de regroupement - pour l'heure assez discret - entre quelques piliers activistes de la Friche (le Cabaret, Radio Grenouille, la Coopérative et le Zinc ECM), Ze Label marseillais Chroniques Sonores, et Le Moulin... Ca "sort du bois" avec cette soirée qui propose une succession de groupes locaux aux Auras respectives plus ou moins importantes, et on suppose que ça a pour but de pousser aux fesses la scène marseillaise. Bref, voilà pour l'explication de texte (?).
C'est le duo de Nicholson qui a la charge de débuter l'affaire, avec un show-case dont la gratuité d'accès n'aura hélas pas réussi à attirer la foule : nous sommes une maigre cinquantaine à discuter à voix basse entre apéro et repas, et sans tarder, c'est une ambiance très détendue qui s'installe, au creux de laquelle le public et les artistes échangent des commentaires en direct entre les morceaux. Nicholson, c'est sur disque une vraie classe dandy épurée parfois cynique : manque de chance, tout ça s'étiole inévitablement un peu dans cette atmosphère de répétition privée...
On enchaîne avec Quaisoir, résumé ici à sa tête pensante Guillaume Pervieux, qui hausse le volume avec un son râpeux fait de guitares souvent saturées et de samples sauvages, au-dessus duquel s'enroulent comme de lourdes volutes de fumée de cigare des textes sombres et déchirants : difficile approche face à la détente visible des spectateurs dont de plus en plus attaquent leur repas, ou un coeur d'apéro pour les autres dont la langue s'est déliée... Pourtant, notre homme réussira à faire tourner les têtes et tendre les oreilles tant il livre son coeur déchiré sans pudeur, là, au milieu du brouhaha comme un animal mis à mort dans l'indifférence : sa plainte finit inévitablement par forcer l'attention, avant qu'on ne se retrouve brutalement frappé de plein fouet par une paire de mots qui visent si juste dans la poitrine qu'on suspend sa fourchette l'espace d'une minute. C'est beau, Quaisoir... Et l'encre, c'est de la bile noire, non ?
Un peu à côté de mes pompes après cette introspection forcée, on descend calmement vers le Cabaret où Nacimiento a déjà commencé à distiller sa pop retro-wave : malgré une audience pour le moins clairsemée et quelques problèmes de son réticents, la prestation du quatuor se fraye courageusement une place pour finir d'emporter un public hélas toujours aussi maigre. Dans une embardée sombre et luminescente leur show - dont le son n'aura cessé de gagner en puissance et en qualité - s'achève trop vite sur un morceau électro-rock à la puissance communicative (un hit en perspective ?) après que deux ou trois morceaux construits de ces alliances violon/indie rock aient soigneusement préparé le terrain. Nacimiento, dans quelques temps, ça devrait faire jaser parce que tout y est : belles petites gueules d'anges, compos précises et racées, chants à l'élégance rauque et rythmiques obsédantes ...
Le trio de Markovo arrive sur scène après un changement de plateau efficace, et en quelques minutes déverse une série d'instrumentaux échevelés portés à bout de bras par des musiciens qui maîtrisent parfaitement leur sujet, et qui se laissent eux-mêmes emporter par ces vagues tour à tout mélancoliques et foudroyantes. On hésite en permanence entre planer et souffler, et le set est appuyé par des projections torturées qui alimentent à merveille cet univers inclassable. Même si je finis un peu par m'ennuyer vers la fin - ça se répète un poil quand même - je suis conquis...
Tiens, jusque là, seul le public fait défaut : des deux artistes des Chroniques Sonores en passant par Nacimiento et en poursuivant avec Markovo, on tient là une palette de bien belle facture et on en oublierait presque qu'on est à Marseille !
Heidi enchaîne quelques minutes plus tard : curieux mélange entre trois d'entre eux sapés "à l'anglaise" non sens une grosse pointe de "french touch" apparemment assumée, et le quatrième coiffé d'un bonnet, plutôt sorti d'un club post-punk indie américain... Ce contraste se prolongera sur scène d'ailleurs : au milieu d'un son énorme, là où les trois cravattés jouent la carte de la sobriété ultime, l'homme au bonnet fait le fauteur de troubles, clope au bec et démarche titubante. Les compos sont belles quand elles sont rugissantes, mâtinées d'un son vintage rutilant, un peu moins efficaces quand elles prennent un virage plus pop. Ce manque d'homogéneïté vient certainement minimiser un set qui aurait pu séduire, et qui, du coup peine à convaincre. Dommage...
La fin de soirée se profile pour moi - déjà cinq heures de son, l'air de rien... - et je prends le chemin de mon lit en croisant la deuxième vague de noctambules qui vient enfin grossir l'audience : les habitués du Cabaret dédaignent les débuts de soirée, c'est connu, et Yuksek, Klanguage et les incontournables Biomen - Fred Berthet et l'Amateur- se chargeront sans moi de faire trembler les murs avec une efficacité certaine jusqu'à presque l'aube.
Bonne nuit les gars, pour le père de famille que je suis devenu, les grasses mâtinées du Dimanche n'existent plus et il est grand temps de courir après le sommeil ! je rêverai des artistes de Marseille comme on rêve de filles: fiévreux et pétri d'impatience, jusqu'à ce que ce "Co3" sorte vraiment du bois, en emportant j'espère avec lui une foule d'artistes brillants et généreux vers de plus belles audiences...
>> Réponse (le 20/03/2007 par klanguagefan) Je crois que j'ai autant apprécier que KOUROS mais pas pour les mêmes raisons...
Je n'ai malheureusement pas vu .../...La suite