Fiche artiste Nirvana
Nirvana
Jusqu'en 1994, Kurt Cobain, Krist Novoselic et Dave Grohl ont redonné au punk rock et à la pop leurs lettres de noblesse avec leur cultissime groupe, Nirvana... En 2011, le mythique album de Nirvana qui a déclenché le succès que l'on connait, Nevermind (lire la chronique ici), sera réédité avec plein de bonus. Et sinon, Dave Grohl poursuit sa carrière avec ses Foo Fighters et il a invité Pat Smear (guitariste sur la dernière tournée de Nirvana) et Krist Novoselic à participer au nouvel album du combo.
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Nirvana - Live At Reading par Pierre Andrieu
Extraordinaire document live sur l'un des groupes les plus marquants de l'histoire du rock, Nirvana Live At Reading permet de voir à l'œuvre sur scène un trio au sommet de son art punk rock devant l'immense foule – en ébullition ! – du festival de Reading. Nous sommes le 30 août .../...
Extraordinaire document live sur l’un des groupes les plus marquants de l’histoire du rock, Nirvana Live At Reading permet de voir à l’œuvre sur scène un trio au sommet de son art punk rock devant l’immense foule – en ébullition ! – du festival de Reading. Nous sommes le 30 août 1992 et la vague du grunge venue de Seattle déferle sur toutes les ondes, emportant toute la variété moisie et le hair métal, aussi ridicule, putassier que superficiel, vers sa vraie place, le caniveau : Guns ‘n Roses, Motley Crue et autres futilités serrent les fesses. Avec son album Nevermind, Nirvana rend ringard – pour l’éternité – tout le hard rock FM, provoquant une deuxième vague punk dès 1991 avant de s'auto détruire en plein vol en 1994.
Grâce au génie mélodique de Kurt Cobain, à son sens imparable de la pop song punk et à la puissance de feu du couple Krist Novoselic/Dave Grohl, les tubes de Nirvana sont sur toutes les lèvres en 1992. Porte parole malgré lui d’une génération en manque d’idoles sincères et respectables, le mari de Courtney Love (qui aura droit à Reading à un poignant « We Love You Courtney !» hurlé par le public, à la demande - touchante - de Kurt) prend de plein fouet la célébrité, le succès colossal et les excès de la presse à scandale. Il a toujours voulu être célèbre mais il n’est pas prêt à en payer le prix fort à vie. Pour se foutre de la gueule des journalistes des tabloïds rock (qui l’annoncent déjà mort ou malade… ), il se pointe en fauteuil roulant poussé par un roadie sur la scène du festival anglais. Puis, il fait mine de se lever et d’entonner The Rose, la scie chantée par de Bette Midler, puis s’écroule, "pour de faux". Affublé d’une perruque blonde et d’une sorte de blouse blanche ressemblant à une camisole, Cobain se relève ensuite pour livrer une performance live qui restera comme l’un des plus mémorables de celles données dans le grand cirque du rock ‘n roll. Toujours sur le fil du rasoir au niveau du chant, volontairement borderline sur les solos et avec un volume de distorsion hyper punk, le leader de Nirvana provoque une déflagration sonique sur tous les titres, qu’ils soient extraits du premier album du groupe, Bleach, du multiplatiné Nevermind, d’In Untero, le chant du cygne - encore en gestation à l’époque - ou inédits, comme la reprise de Fang, l’excellent The Money Will Roll Right In. En 2009, rien n’as pris une ride, l’émotion et l’énergie sont intactes, la puissance tubesque des compositions est incroyable et le parti pris "power trio punk" fonctionne à merveille. En tête d’affiche d’une journée où Nick Cave & The Bad Seeds, Mudhoney, Teenage Fanclub, L7, Beastie Boys, Pavement, Screaming Trees et The Melvins (soient le who’s who du punk ‘n grunge hip hop rock) se sont succédés sur la grande scène, la lame de fond nirvanesque emporte tout sur son passage. Pas encore totalement désespéré, même si son regard semble déjà ailleurs, Kurt Cobain chante comme un ange déchiré dont les cordes vocales sont en papier de verre, tout en n’omettant pas de martyriser admirablement sa six cordes tandis que Dave Grohl mitraille sa batterie comme un kamikaze sonique (quel batteur ! c'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui cf Them Crooked Vultures) et que Krist Novoselic délivre d’énormes lignes de basse hyper basiques et catchy. Clairement, Nirvana magnifie son répertoire sur scène : du premier titre, Breed, au final punk bruitiste sur Territorial Pissings (suivi par une belle destruction du matériel), en passant par Lithium, Come As You Are, Polly, Smells Like Teen Spirit, Drain You ou encore Love Buzz, Spank Thru, In Bloom et Aneurysm, le trio défonce tout, fait hurler le public comme jamais et laisse une empreinte indélébile dans les oreilles et les yeux. La performance du concert de Reading est si bien filmée et sonorisée, qu’on s’y croirait presque : on ressent parfaitement chaque riff, chaque rythmique, chaque hurlement, chaque mélodie…
Comme le formidable danseur – devenu un ami du groupe après sa prestation sur scène l'année précédente à Reading, avant que la popularité du groupe n’explose – invité sur scène sur de nombreux titres, on a très envie de danser comme un dingue en regardant l’étendue des dégâts provoqués par ce concert ultime. Ne croyez pas les profs de guitare bas du front, les fans de rock aseptisé et les incurables sourdingues ou exégètes culs serrés qui disent que Nirvana est un groupe pas assez bon techniquement et réservé exclusivement aux adolescents : s’il massacre très brièvement et volontairement More Than A Feeling, Star Spangled Banner (l'hymne américain) ou Smoke On the Water, c’est pour mieux se concentrer sur ses titres géniaux réunissant en leur sein le meilleur de Black Sabbath, The Stooges, The Beatles, Led Zeppelin, Pixies, Sonics, Vaselines, Leadbelly, The Melvins, Thugs et Sonic Youth, tout en restant 100% originaux. N’en déplaise à certains, cette musique à la fois accrocheuse, extrémiste, cathartique et torturée est plus que jamais inspirante et vivante au 21ème siècle. Puisse cet excellent dvd live faire briller la flamme du punk rock ‘n roll, tout en permettant aux cohortes de fans ou de novices d'atteindre le nirvana…
Sites Internet : www.hereisnirvana.com, www.myspace.com/nirvana, www.facebook.com/Nirvana, www.twitter.com/hereisnirvana.
Novembre 2009 (David Geffen - Universal)
Extraordinaire document live sur l'un des groupes les plus marquants de l'histoire du rock, Nirvana Live At Reading permet de voir à l'œuvre sur scène un trio au sommet de son art punk rock devant l'immense foule – en ébullition ! – du festival de Reading. Nous sommes le 30 août .../...
Extraordinaire document live sur l’un des groupes les plus marquants de l’histoire du rock, Nirvana Live At Reading permet de voir à l’œuvre sur scène un trio au sommet de son art punk rock devant l’immense foule – en ébullition ! – du festival de Reading. Nous sommes le 30 août 1992 et la vague du grunge venue de Seattle déferle sur toutes les ondes, emportant toute la variété moisie et le hair métal, aussi ridicule, putassier que superficiel, vers sa vraie place, le caniveau : Guns ‘n Roses, Motley Crue et autres futilités serrent les fesses. Avec son album Nevermind, Nirvana rend ringard – pour l’éternité – tout le hard rock FM, provoquant une deuxième vague punk dès 1991 avant de s'auto détruire en plein vol en 1994. Grâce au génie mélodique de Kurt Cobain, à son sens imparable de la pop song punk et à la puissance de feu du couple Krist Novoselic/Dave Grohl, les tubes de Nirvana sont sur toutes les lèvres en 1992. Porte parole malgré lui d’une génération en manque d’idoles sincères et respectables, le mari de Courtney Love (qui aura droit à Reading à un poignant « We Love You Courtney !» hurlé par le public, à la demande - touchante - de Kurt) prend de plein fouet la célébrité, le succès colossal et les excès de la presse à scandale. Il a toujours voulu être célèbre mais il n’est pas prêt à en payer le prix fort à vie. Pour se foutre de la gueule des journalistes des tabloïds rock (qui l’annoncent déjà mort ou malade… ), il se pointe en fauteuil roulant poussé par un roadie sur la scène du festival anglais. Puis, il fait mine de se lever et d’entonner The Rose, la scie chantée par de Bette Midler, puis s’écroule, "pour de faux". Affublé d’une perruque blonde et d’une sorte de blouse blanche ressemblant à une camisole, Cobain se relève ensuite pour livrer une performance live qui restera comme l’un des plus mémorables de celles données dans le grand cirque du rock ‘n roll. Toujours sur le fil du rasoir au niveau du chant, volontairement borderline sur les solos et avec un volume de distorsion hyper punk, le leader de Nirvana provoque une déflagration sonique sur tous les titres, qu’ils soient extraits du premier album du groupe, Bleach, du multiplatiné Nevermind, d’In Untero, le chant du cygne - encore en gestation à l’époque - ou inédits, comme la reprise de Fang, l’excellent The Money Will Roll Right In. En 2009, rien n’as pris une ride, l’émotion et l’énergie sont intactes, la puissance tubesque des compositions est incroyable et le parti pris "power trio punk" fonctionne à merveille. En tête d’affiche d’une journée où Nick Cave & The Bad Seeds, Mudhoney, Teenage Fanclub, L7, Beastie Boys, Pavement, Screaming Trees et The Melvins (soient le who’s who du punk ‘n grunge hip hop rock) se sont succédés sur la grande scène, la lame de fond nirvanesque emporte tout sur son passage. Pas encore totalement désespéré, même si son regard semble déjà ailleurs, Kurt Cobain chante comme un ange déchiré dont les cordes vocales sont en papier de verre, tout en n’omettant pas de martyriser admirablement sa six cordes tandis que Dave Grohl mitraille sa batterie comme un kamikaze sonique (quel batteur ! c'est d'ailleurs toujours le cas aujourd'hui cf Them Crooked Vultures) et que Krist Novoselic délivre d’énormes lignes de basse hyper basiques et catchy. Clairement, Nirvana magnifie son répertoire sur scène : du premier titre, Breed, au final punk bruitiste sur Territorial Pissings (suivi par une belle destruction du matériel), en passant par Lithium, Come As You Are, Polly, Smells Like Teen Spirit, Drain You ou encore Love Buzz, Spank Thru, In Bloom et Aneurysm, le trio défonce tout, fait hurler le public comme jamais et laisse une empreinte indélébile dans les oreilles et les yeux. La performance du concert de Reading est si bien filmée et sonorisée, qu’on s’y croirait presque : on ressent parfaitement chaque riff, chaque rythmique, chaque hurlement, chaque mélodie…
Comme le formidable danseur – devenu un ami du groupe après sa prestation sur scène l'année précédente à Reading, avant que la popularité du groupe n’explose – invité sur scène sur de nombreux titres, on a très envie de danser comme un dingue en regardant l’étendue des dégâts provoqués par ce concert ultime. Ne croyez pas les profs de guitare bas du front, les fans de rock aseptisé et les incurables sourdingues ou exégètes culs serrés qui disent que Nirvana est un groupe pas assez bon techniquement et réservé exclusivement aux adolescents : s’il massacre très brièvement et volontairement More Than A Feeling, Star Spangled Banner (l'hymne américain) ou Smoke On the Water, c’est pour mieux se concentrer sur ses titres géniaux réunissant en leur sein le meilleur de Black Sabbath, The Stooges, The Beatles, Led Zeppelin, Pixies, Sonics, Vaselines, Leadbelly, The Melvins, Thugs et Sonic Youth, tout en restant 100% originaux. N’en déplaise à certains, cette musique à la fois accrocheuse, extrémiste, cathartique et torturée est plus que jamais inspirante et vivante au 21ème siècle. Puisse cet excellent dvd live faire briller la flamme du punk rock ‘n roll, tout en permettant aux cohortes de fans ou de novices d'atteindre le nirvana…
Sites Internet : www.hereisnirvana.com, www.myspace.com/nirvana, www.facebook.com/Nirvana, www.twitter.com/hereisnirvana.
Novembre 2009 (David Geffen - Universal)
Nirvana - Nevermind par Philippe
Nevermind ? Je ne peux pas supporter plus longtemps que ce disque ne soit pas vraiment chroniqué ici, alors tant pis, je me lance. Mmmmmmh.... Respirer un grand cou et s'attaquer à un mythe. Rien que pour le plaisir d'afficher cette image (qui se souvient qu'elle fit scandale à .../...
Nevermind ? Je ne peux pas supporter plus longtemps que ce disque ne soit pas vraiment chroniqué ici, alors tant pis, je me lance. Mmmmmmh.... Respirer un grand cou et s'attaquer à un mythe. Rien que pour le plaisir d'afficher cette image (qui se souvient qu'elle fit scandale à l'époque ? Mais dans le monde cul-pincé et parano d'aujourd'hui, paraîtrait-elle seulement encore ?).
Les critiques de rock ont coutume de dire, souvent à la légère, que "le rock est mort ce jour-là", soit pour dater la sortie d'un album (au choix, Revolver des Beatles, le premier album de Black Sabbath ou de Led Zep, Pink Floyd The wall, etc, etc.) soit après la date d'un festival (Woodstock généralement, ou sa déclinaison européenne à l'Ile de Wight). Mais s'il y a bien un album pour lequel cette expression peut presque avoir un sens, c'est sûrement pour Nevermind de Nirvana.
En fin de compte, tout commence et tout finit avec la chanson Smells Like Teen Spirit, celle-là même qui précipita la groupe à sa perte : chacun sait que si Kurt Cobain est mort, c'est principalement de n'avoir pas pu gérer le succès et la pression dont il fut victime après ce succès planétaire. Au niveau du fond, s'en prenant à l'odeur d'un déodorant à la mode aux USA, cette chanson est une violente diatribe, interprétable de diverses manières (faut-il encore en comprendre les paroles, ce qui est loin d'être facile), contre l'apathie de la jeunesse américaine.
Mais surtout, au niveau de la forme, c'est un instant de grâce : pour cette chanson, et celle-là seulement, toute résistance critique est inutile. Dave Grohl et Krist Novoselic sont à cet instant le meilleur batteur et le meilleur bassiste du monde, et ils jouent avec - et surtout pour Kurt Cobain, le meilleur guitariste et le plus grand chanteur de la décennie, qui enregistre la chanson la plus rock qui soit, la meilleure chanson de hard, metal et punk confondus de tous les temps (pour éviter l'invective, disons seulement l'une des 10 meilleures - mais en n'en pensant pas un mot évidemment).
Et le rock-qui-pousse ne s'y trompe pas, qui vacille sur ses bases : tous les groupes de hard-rock et de punk-rock du monde se flétrissent et vieillissent, la face du monde de la musique bruyante est changée à jamais, seuls des termes bibliques peuvent convenir : la Vérité a été révélée, le Messie est revenu, les faux-prophètes sont précipités dans les limbes...
- Metallica, meilleur groupe de métal punk de l'époque, a soudain des cheveux trop longs et des solos trop gras (ou le contraire) ;
- Les Guns and Roses, alors les maîtres du monde, apparaissent enfin sous le glamour du hard-FM pour ce qu'ils sont réellement, c'est-à-dire une bande des guignols marchant à l'esbroufe et aux jolies fringues ;
- Les punks qui les ont précédé, des Sex Pistols au Clash, ne sont plus soudain que des images, toujours religieusement vénérées certes, mais des images quand même, en deux dimensions et en noir et blanc ;
- Sonic Youth et les Melvins (pourtant les plus grands inspirateurs de Nirvana avec Neil Young) comprennent qu'ils sont condamnés pour l'éternité à être des seconds couteaux, des accoucheurs de mythe, et donc mythiques seulement à travers lui, même les Pixies vacillent sur leur base ;
- Alice in Chains, Pearl Jam, Soundgarden pourront bien se réclamer de Seattle comme Nirvana, ou grunge comme Nirvana, ou les deux, l'histoire ne retiendra rien de leur opportunisme de division inférieure. Seul un groupe inconnu appelé Radiohead plantera peu après, avec la chanson elle aussi grunge Creep, la graîne d'une oeuvre qui restera sans doute aussi dans les mémoires, précisément parce qu'elle s'affranchira tout de suite de l'ombre immense de Nirvana - coup de bol, il y a aussi un génie chez eux.
Détailler toutes les chansons de l'album Nevermind apporte-t-il alors quelque chose de plus ? Qui lit ceci ne peut pas ne pas les connaître ! Et plus personne qui avait 15 ans alors n'écoute plus cet album trop entendu à l'époque. Pourtant 12 joyaux bruts, l'impression qu'on ne peut les écouter que dans cet ordre, qu'une histoire nous est contée, après coup l'impression probablement trompeuse, mais si forte, qu'un testament nous est donné.
La basse aqueuse de Come as you Are, puis les 4 notes destructrices de Breed, la petite respiration de Polly avant les riffs surpuissants de Territorial Pissings ou de Drain You, la mélodie surprenante et belle des accord barrés de Lounge Act avant la rage absolue de ce chanteur qui nous crie, comme pour se protéger de nous, Stay Away, mais qui comprend peut-être déjà que l'histoire ne pourra se terminer qu'en oraison funèbre par la sublime complainte Something in the Way.
Evidemment Nirvana n'est pas que Nevermind, c'est d'ailleurs ce qu'ils auraient tant aimé faire comprendre au monde, et pas qu'à leurs fans ! Bleach, premier album réédité ensuite, plein d'humour et déjà prometteur, contient quelques perles punchy. In utero, enregistré en 1993, album pourtant encore génial à mon goût mais paraît-il, gravement endommagé par les exigences de la funeste maison de disque Geffen. Les médias, MTV la première, en auront décidé autrement, qui ont programmé Smells Like teen Spirit en "heavy rotation" (je me souviens même de l'avoir entendue sur RTL !), puis décliné jusqu'à l'écoeurement en singles presque toutes les chansons de Nevermind.
L'honnêteté oblige seulement à rendre hommage à MTV pour son idée : enregistrer début 1994 un concert Unplugged, qui sera le chant du cygne de Kurt Cobain, occasion pour lui d'affirmer qu'à défaut de savoir où il va, il sait d'où il vient (superbes reprises de Leadbelly et de David Bowie). Une façon définitive enfin de percer les coeurs avec sa voix déchirante et épuisée, certainement l'une des meilleures performances vocales de sa carrière. Et meilleur concert unplugged de tous les temps, ça va sans dire.
Alors dans le monde du rock de 2005, mais orphelines depuis avril 1994, les comètes se suivent et se ressemblent : le groupe révélation de l'année qui enregistre l'album de l'année... comète qui s'éteint aussitôt comme feu d'artifice au vent... Tandis que là-haut, quelques rares étoiles dont Nevermind de Nirvana, peut-être la plus brillante, attendent patiemment, et peut-être pour longtemps encore, qu'un autre album annonce la naissance d'un monde nouveau.
(Geffen Records, 1991)
A lire également sur Concertandco :
- Une autopsie volubile du phénomène Nirvana par Laurent M : C'est par ici !
- Une présentation détaillée du coffret ultime "With The Lights Out" qui vient de paraître, par Pierre Andrieu : C'est par là !
(2005)
Nevermind ? Je ne peux pas supporter plus longtemps que ce disque ne soit pas vraiment chroniqué ici, alors tant pis, je me lance. Mmmmmmh.... Respirer un grand cou et s'attaquer à un mythe. Rien que pour le plaisir d'afficher cette image (qui se souvient qu'elle fit scandale à .../...
Nevermind ? Je ne peux pas supporter plus longtemps que ce disque ne soit pas vraiment chroniqué ici, alors tant pis, je me lance. Mmmmmmh.... Respirer un grand cou et s'attaquer à un mythe. Rien que pour le plaisir d'afficher cette image (qui se souvient qu'elle fit scandale à l'époque ? Mais dans le monde cul-pincé et parano d'aujourd'hui, paraîtrait-elle seulement encore ?).Les critiques de rock ont coutume de dire, souvent à la légère, que "le rock est mort ce jour-là", soit pour dater la sortie d'un album (au choix, Revolver des Beatles, le premier album de Black Sabbath ou de Led Zep, Pink Floyd The wall, etc, etc.) soit après la date d'un festival (Woodstock généralement, ou sa déclinaison européenne à l'Ile de Wight). Mais s'il y a bien un album pour lequel cette expression peut presque avoir un sens, c'est sûrement pour Nevermind de Nirvana.
En fin de compte, tout commence et tout finit avec la chanson Smells Like Teen Spirit, celle-là même qui précipita la groupe à sa perte : chacun sait que si Kurt Cobain est mort, c'est principalement de n'avoir pas pu gérer le succès et la pression dont il fut victime après ce succès planétaire. Au niveau du fond, s'en prenant à l'odeur d'un déodorant à la mode aux USA, cette chanson est une violente diatribe, interprétable de diverses manières (faut-il encore en comprendre les paroles, ce qui est loin d'être facile), contre l'apathie de la jeunesse américaine.
Mais surtout, au niveau de la forme, c'est un instant de grâce : pour cette chanson, et celle-là seulement, toute résistance critique est inutile. Dave Grohl et Krist Novoselic sont à cet instant le meilleur batteur et le meilleur bassiste du monde, et ils jouent avec - et surtout pour Kurt Cobain, le meilleur guitariste et le plus grand chanteur de la décennie, qui enregistre la chanson la plus rock qui soit, la meilleure chanson de hard, metal et punk confondus de tous les temps (pour éviter l'invective, disons seulement l'une des 10 meilleures - mais en n'en pensant pas un mot évidemment).
Et le rock-qui-pousse ne s'y trompe pas, qui vacille sur ses bases : tous les groupes de hard-rock et de punk-rock du monde se flétrissent et vieillissent, la face du monde de la musique bruyante est changée à jamais, seuls des termes bibliques peuvent convenir : la Vérité a été révélée, le Messie est revenu, les faux-prophètes sont précipités dans les limbes...
- Metallica, meilleur groupe de métal punk de l'époque, a soudain des cheveux trop longs et des solos trop gras (ou le contraire) ;
- Les Guns and Roses, alors les maîtres du monde, apparaissent enfin sous le glamour du hard-FM pour ce qu'ils sont réellement, c'est-à-dire une bande des guignols marchant à l'esbroufe et aux jolies fringues ;
- Les punks qui les ont précédé, des Sex Pistols au Clash, ne sont plus soudain que des images, toujours religieusement vénérées certes, mais des images quand même, en deux dimensions et en noir et blanc ;
- Sonic Youth et les Melvins (pourtant les plus grands inspirateurs de Nirvana avec Neil Young) comprennent qu'ils sont condamnés pour l'éternité à être des seconds couteaux, des accoucheurs de mythe, et donc mythiques seulement à travers lui, même les Pixies vacillent sur leur base ;
- Alice in Chains, Pearl Jam, Soundgarden pourront bien se réclamer de Seattle comme Nirvana, ou grunge comme Nirvana, ou les deux, l'histoire ne retiendra rien de leur opportunisme de division inférieure. Seul un groupe inconnu appelé Radiohead plantera peu après, avec la chanson elle aussi grunge Creep, la graîne d'une oeuvre qui restera sans doute aussi dans les mémoires, précisément parce qu'elle s'affranchira tout de suite de l'ombre immense de Nirvana - coup de bol, il y a aussi un génie chez eux.
Détailler toutes les chansons de l'album Nevermind apporte-t-il alors quelque chose de plus ? Qui lit ceci ne peut pas ne pas les connaître ! Et plus personne qui avait 15 ans alors n'écoute plus cet album trop entendu à l'époque. Pourtant 12 joyaux bruts, l'impression qu'on ne peut les écouter que dans cet ordre, qu'une histoire nous est contée, après coup l'impression probablement trompeuse, mais si forte, qu'un testament nous est donné. La basse aqueuse de Come as you Are, puis les 4 notes destructrices de Breed, la petite respiration de Polly avant les riffs surpuissants de Territorial Pissings ou de Drain You, la mélodie surprenante et belle des accord barrés de Lounge Act avant la rage absolue de ce chanteur qui nous crie, comme pour se protéger de nous, Stay Away, mais qui comprend peut-être déjà que l'histoire ne pourra se terminer qu'en oraison funèbre par la sublime complainte Something in the Way.
Evidemment Nirvana n'est pas que Nevermind, c'est d'ailleurs ce qu'ils auraient tant aimé faire comprendre au monde, et pas qu'à leurs fans ! Bleach, premier album réédité ensuite, plein d'humour et déjà prometteur, contient quelques perles punchy. In utero, enregistré en 1993, album pourtant encore génial à mon goût mais paraît-il, gravement endommagé par les exigences de la funeste maison de disque Geffen. Les médias, MTV la première, en auront décidé autrement, qui ont programmé Smells Like teen Spirit en "heavy rotation" (je me souviens même de l'avoir entendue sur RTL !), puis décliné jusqu'à l'écoeurement en singles presque toutes les chansons de Nevermind.
L'honnêteté oblige seulement à rendre hommage à MTV pour son idée : enregistrer début 1994 un concert Unplugged, qui sera le chant du cygne de Kurt Cobain, occasion pour lui d'affirmer qu'à défaut de savoir où il va, il sait d'où il vient (superbes reprises de Leadbelly et de David Bowie). Une façon définitive enfin de percer les coeurs avec sa voix déchirante et épuisée, certainement l'une des meilleures performances vocales de sa carrière. Et meilleur concert unplugged de tous les temps, ça va sans dire.
Alors dans le monde du rock de 2005, mais orphelines depuis avril 1994, les comètes se suivent et se ressemblent : le groupe révélation de l'année qui enregistre l'album de l'année... comète qui s'éteint aussitôt comme feu d'artifice au vent... Tandis que là-haut, quelques rares étoiles dont Nevermind de Nirvana, peut-être la plus brillante, attendent patiemment, et peut-être pour longtemps encore, qu'un autre album annonce la naissance d'un monde nouveau.
(Geffen Records, 1991)
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Dimanche 27 mai 2012 : 9162 concerts, 20891 critiques de concert, 4719 critiques de CD. 


