Hier au Moulin, c’est avec un chapeau melon et une âme de torero qu’il fallait venir. Le premier pour être en adéquation avec la tenue très Emma Peel d’Olivia Ruiz, bottines blanches sur robe sixties (donc très courte) en skaï noir réhaussée de ronds rouges design.
Oui, mille fois oui, Olivia Ruiz est belle à en crever et ce n’est pas le public largement masculin (et majoritairement adulte) qui dira le contraire.
Alors, bon voilà, on pourrait s’arrêter là et déblatérer sur le chocolat qui n’arrête pas de finir de fondre… Mais, bon on est sérieux aussi, et si Olivia a su parfaitement trouvé un style de fringues qui épousent les formes de son corps (ma ma mia, quelles jambes ! promis j’arrête), on ne peut pas passer sous silence qu’elle n’a rien d’une Anglaise. Ruiz, elle s’appelle ! Famille d’émigrants espagnols installée dans le Sud Ouest, c’est du feu qui couve sous la robe. Il n’y a qu’à voir sa façon déterminée et syncopée de danser, ses mains qui forment des arabesques très flamenco, ses doigts tendus, sa façon de claquer et de reclaquer le talon sur la scène, son énergie débordante à danser, à s’imposer sur scène. Elle est sanguine Olivia, pas sucré.
Alors, sa musique, dans tout ça ? Quoi, tout a déjà été dit. Olivia Ruiz, c’est le cross-over total, un juke-box chansons françaises, espagnoles et rock anglais en un tour de main… Ah oui, il manque aussi de la bonne pop, celle-là même qui a fait le succès de La femme chocolat et de J’traîne des pieds. Tout, on vous dit, tout est bon dans l’Olivia.

Son concert commence dans la fumée et… Calexico, les mariachis texans. Nous voilà prévenu, avec Olivia, on est toujours sur une frontière musicale. Paf, début de concert plutôt rock, les 1200 spectateurs qui ont rempli jusqu’à la gueule le Moulin ne devait pas s’attendre à un tel son. 3 morceaux enchaînés d’un coup, on se demande un peu ce que fait sur scène l’accordéon… On va bientôt le savoir et bientôt plus pouvoir le supporter, car Olivia aime aussi la chanson réaliste française, depuis Fréhel jusqu’aux Têtes Raides, (Non dits écrit avec le chanteur du groupe et repris sur scène) et franchement, c’est quand même difficile à porter pour ses frêles épaules… surtout qu’elle poussera le bouchon jusqu’à reprendre Requiem pour un con de Gainsbourg, assurément le plus mauvais moment du concert.
Ici et là, il y aura bien une ou deux pépites en espagnol, quelques incartades rock, et même une espèce de medley twist-rock-new wave satirique (cross over, on vous dit). Olivia ne veut pas choisir entre ses différentes sources d’inspiration, elle veux manifestement tracer sa route comme une grande, comme si, c’était la seule façon de se libérer définitivement de la Star Ac (pour tout dire, ce concert, c’est le cadeau pour les 6 ans de ma fille et on m’a encore dit autour de moi, Ah bon, tu as payé un concert Star Ac à ta fille…comme quoi, les étiquettes…).
C’est évidemment un chemin très difficile à suivre et c’est tout à son honneur de le tenter (même si, personnellement, j’ai vraiment du mal avec cette vague néoréaliste de suiveurs Bénabar et autres Sanseverino qui ne font que reprendre les choses là où Souchon et Cabrel les ont laissé). On veut bien te pardonner ça parce qu'il me semble que tu le fait quand même avec plus de talents que les autres.
Mais, de grâce, belle Ruiz, arrête de parler entre tes chansons. On s’en fout du contexte, de ta vie en tournée, des raisons familiales qui t’ont poussé à écrire Cabaret Blanc. Pourquoi théâtraliser à ce point ta musique au point où l’on ne sait plus très bien où commencent et ou se terminent les chansons ? Te rends-tu compte Olivia, que tu parles tellement que les lumières se rallument trop vite sur scène, t’empêchant de te moucher dans la pénombre, toi qui était si enrhumée et de plus prise de fièvre ?
Olivia, on est sur une scène de concert, pas à la télé. En concert, on peut entendre le silence, on aime les ruptures, on aime la surprise, pas besoin d’occuper par du blabla tout le temps l’antenne.
Au final, ça émousse les émotions et ma fille s’est endormie dans mes bras avant la fin du concert. Il a fallu que je la réveille doucement pour qu’elle puisse enfin te voir chanter tes deux tubes à la fin de ton concert.
Parles en à Matthieu Dyonisos (
NdPh : Mathias Malzieu de Dionysos), Olivia, demande lui comment il fout tant d'électricité dans ses concerts (Non, je te demande pas de te jeter dans la foule)
Olivia, faut que je te dise, l’année dernière, Eve était restée réveillée jusqu’au bout dans cette même salle pour Philippe Katerine.
Alors, Olivia, ta gueule et chante !