Joyeuses Pâques avec les Pascals !
En ce week-end pascal propice au recueillement dans les églises et aux overdoses d’œufs en chocolat, la Coopérative de Mai, dans le plus grand respect du calendrier religieux, avait choisi de programmer le groupe japonais
Pascals. Malheureusement, le public n’a pas répondu présent, sans doute trop occupé à prier pour Jean-Paul 2, le prince Rainier ou… Jesus. Grossière erreur, la centaine de personnes ayant fait « l’effort » de se déplacer est repartie enchantée par la prestation réjouissante des
Pascals. A la fin du concert, certains arboraient même des sourires de bienheureux, comme s’ils venaient d’assister à une apparition simultanée de La Vierge Marie et de… Dieu.
Des symphonies enfantines adressées au dieu Pascal Comelade
A moins d’être aveugle et sourd, difficile de rester de marbre devant une prestation aussi réussie : les treize Japonais produisent en effet une musique à la fois expérimentale, festive, mélancolique et enfantine, en proposant – ce qui ne gâche rien, au contraire – un véritable spectacle entre mime, comique et performance… Cette fanfare branquignolesque à tendance dangereusement cacophonique a la remarquable particularité d’utiliser les instruments de manière décalée (voire d’en inventer) pour créer des symphonies enfantines adressées au dieu
Pascal Comelade (le nom du groupe vient de là). Pourtant, de prime abord, tout a l’air « normal », il y a un chef d’orchestre, une section de cordes (violons, violoncelle), des cuivres, un batteur, un percussionniste, un guitariste, un banjoiste. Mais dès le premier morceau, on remarque que la batterie est faite de bric et de broc, que le violoncelliste joue aussi de la scie musicale, que le percussionniste tape sur des jouets d’enfants, que le responsable du banjo joue du kazoo, que le leader de la troupe joue du mélodica de manière très originale…
Et ce n’est pas fini, entre deux discours désarmants de naïveté et de gentillesse (où l’on comprend mieux les problèmes rencontrés par
Bill Murray dans le très beau film
Lost in Translation), les pitreries se succèdent, toujours au service de la musique, de plus en plus bizarre et dissonante. Le clown du groupe joue maintenant avec un Donald Duck en plastique qui fait « pouet pouet » quand on appuie dessus, il exécute même un solo de chat en peluche, quand il ne se lance pas dans une rythmique avec deux trompettes en plastique à réserver aux moins de deux ans. Renforçant encore le côté onirique du spectacle des
Pascals, il déambulera un peu plus tard en faisant sortir une nuée de bulles de savon de son clairon pour enfant. L’œuf de Pâques qui trône sur le devant de la scène n’en revient pas lui-même…
Concerto pour meuleuse et violoncelle…
Vers la fin du concert, le préposé au violoncelle (bouleversant) et à la scie musicale (magique) qui produit des sons superbes avec ses deux « outils de travail » décide de péter les plombs en beauté. Il retourne son instrument de prédilection et, un peu comme
Thurston Moore triturant sa guitare avec un tournevis, il frotte la pointe en fer de son violoncelle avec un ustensile non identifié, donnant ainsi une touche métallique à notre troupe foutraque. Cerise sur la gâteau, en fin de morceau, il dégaine une meuleuse (oui, vous avez bien lu) et attaque le métal, produisant d’énormes gerbes d’étincelles… Pendant ce temps-là, notre ami sumo performer se lance dans un spectacle de mime – aussi émouvant qu’hilarant – avec un masque japonais et un ruban de scotch rouge.
André Rieu, le
Rondo Veneziano au grand complet et
Herbert Von Karajan auraient farouchement désapprouvé cette mascarade, s’ils avaient pu être présents… Tant mieux. Le public, lui, répond au quart de tour à la musique des
Pascals, autant qu’à leurs facéties. Les spectateurs se transforment même très souvent en danseurs hurlant leur joie d’être là. Rien de plus normal car les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas du tout, intégrant avec talents des influences aussi disparates (en apparence seulement) que les musiques tzigane, expérimentale, classique et concrète, le rock (rigolo), le jazz (barré), le reggae (égyptien), la country folk (western) et les œuvres (magiques) de
Pascal Comelade et
Jonathan Richman.
Des étincelles plein les yeux et les oreilles…
Après un rappel d’anthologie où ils disent
Abiento à tout le monde, la fin du concert laisse le public avec des étincelles plein les yeux et les oreilles (pas seulement à cause de notre hurluberlu métallurgiste), le cœur rempli d’allégresse et les jambes en compote. Une nouvelles fois, les
Pascals ont prouvé qu’ils étaient grands, très grands. Et ce n'est pas le solo de banjo proprement hallucinant auquel l'assistance médusée assiste en guise de final qui me fera mentir... Après ces intants incroyables, une impression irréelle domine : celle d’avoir assisté au spectacle féerique d’une bande de doux rêveurs n’hésitant pas à laisser parler leurs âmes d’enfants… Drôle, émouvant, surprenant, le show des Pascals fait partie de ces moments où l’on se dit que sans la musique, on s’emmerderait fermement sur cette Terre. Joyeuses Pâques !
A lire également : la chronique du concert donné par les
Pascals au festival les
Efferv’Essonne en 2003 et la critique du dernier
disque de l’orchestre japonais déjanté.
Site Internet :
www.dsa-wave.com/.