Après une nuit un peu courte (mais confortable, les années passant on a trouvé comment échapper au camping), retour sur le site de la Presqu'Ile de Malsaucy, commune d'Evette-Salbert, Franche-Comté, temple du rock'n'roll et donc centre du monde chaque année pendant trois jours.
On y est accueilli et bien décrassé par les Hushpuppies, les rockers de Perpignan et leur gros son, tantôt garage tantôt surf-rock. On les connaissait peu (depuis on a a-che-té leur album, notez bien, oui on est encore certains à le faire pour soutenir les bons artistes émergents ...) Ne connaissant pas le groupe à cette époque lointaine (il y a 5 jours), je peux seulement supposer qu'ils ont du jouer : la classieuse Packt Up like Sardines et You're gonna say yeah (un peu dans le style des Hollywood Porn Stars, autre groupe talentueux qui lui, peine à exploser), 1975 et Marthelot & Clavecines (là je me souviens des noms), Pale Blue Eyes qui donne irrépressiblement envie de sauter partout, ou encore leur Single disco-punk qui sonne un peu comme du Scissor Scisters.
En tout cas un excellent concert, une ovation méritée pour ce groupe très élégant, aussi bien vestimentairement que musicalement (on pourrait dire que c'est un peu attrape-tout mais non, on a aimé alors on ne va pas bouder !), dont le chanteur à la voix très accrocheuse, a quand même fini par se jeter à juste titre dans le public sur un gros morceau garage final. Car redingote ou pas, ils font quand même du rock saignant, non de Zeus ! Et les Hushpuppies ont déjà la total attitude de rock stars qu'ils sont peut-être devenues -qui sait- aujourd'hui même !!
On zappe le concert d'Enhancer, dont le début entendu de loin n'a fait que nous rappeler l'immonde prestation de Mass Hysteria l'an passé (rien de pire qu'un groupe de djeun's des années 90 et qui refuse de vieillir). Ca sera donc le groupe joker. Pas grave, il y a plein de trucs à voir sur le site, notamment la Maison de l'Environnement et ces petits jeux amusants de l'opération Kill Detritus, Kill Kill ! pour sensibiliser les gens au recyclage des déchets. Les visiteurs ayant survécu à la plongée dans les poubelles repartent, heureux, avec un goodie superbe : un élégant cendrier de festival (ou de plage) en aluminium, collector Eurock's 2006, et plus aucune excuse pour balancer des mégots partout ! Et un bel autocollant de Couleur 3, sans aucun doute la meilleure radio rock du monde, et qui émet dans le monde entier en streaming sur internet.
Sur la plage, pendant ce temps, se déchaîne un trio de rock noisy appelé I Love UFO. Sans faire de délit de sale gueule, disons qu'ils ne sont pas magnifiques, la palme de la tronche pas possible au bassiste joueur de Korg, qui est toutefois un bon musicien - le chanteur guitariste, lui, a un faux air de Steve Estatof... Mais leur musique, à la croisée du Nirvana des débuts, époque Bleach, du Nick Cave des années 80, de Sonic Youth et autres Melvins, sème un joli pogo devant la scène et la voix n'est pas désagréable. Ca s'écoute un moment avec plaisir, avant que le soleil et leur musique finissent par nous taper légèrement sur le système. Seule bonne nouvelle à ce moment-là : on entend les dernières mesures de On My Mind des banals Sunday Drivers, qu'il ne faudra donc pas se re'farcir comme à Rock en Seine l'été passé.
Au risque de s'attirer les foudres de fans transis qui sont probablement venus de loin pour l'entendre, le paraît-il légendaire Steven Morrissey ne nous fait guère plus d'effet. Il a une belle voix mais on souffre d'une incapacité génétique à l'apprécier, qui dure depuis le collège et la découverte des premiers albums des Smiths... Cela étant ils étaient écoutés par de vrais connards, ce qui pourrait expliquer une sorte de traumatisme pré ou post-pubère mal résolu, combien je vous dois docteur ? Allez, 5 euros la tartiflette en attendant la fin, on va pas en faire une histoire de ce vieux beau, et puis il sera aussi à Rock en Seine 2006, alors ...
Et direction, Camille and the Pascals !! Dans le genre, qui se ressemble s'assemble, un truc aussi fou qu'un groupe de japonais fans de Pascal Comelade (une sorte de précurseur méconnu de yann Tiersen, pour situer) pouvait-il s'associer avec quelqu'un d'autre que notre déjantée Camille pour créer un spectacle pour enfants appelé Nohara ? Le groupe, composé d'une vingtaine de musiciens bigarrés, entame une longue introduction toute ... Comeladienne. C'est joli mais un peu long à notre goût (une amie est par contre sous le charme). un peu de diphonie aussi, dont les japonais sont de grands pros, et puis voilà Camille, habillée en japonaise.
Son album est un peu spécial, mais en vrai, elle a une très belle voix et le mélange avec l'orchestre japonais marche pas mal, notamment pour son tube Ta Douleur. D'ailleurs elle chantera aussi en japonais (avec un léger accent tokyoïte, il me semble), appuyée par des joueurs de percus zarbis et autres scies, et même d'un gros bonhomme qui joue avec des petites voitures et fait le pitre, ce qui colle à merveille avec les mouvements désordonnés, tirages de langue et autres bruits enfantins qui la caractérisent.
A signaler une version rigolote et hurlée de L'amour est enfant de bohème. Le supporter de foot qui sommeille en nous s'égare toutefois par moments sur les côtés du chapîteau, à la recherche du score. Peine perdue : impossible d'approcher les minuscules télés, et d'ailleurs Camille elle-même va annoncer que la France mène 1-0, en sautant partout. Le spectacle un tout petit peu bourratif s'achève après une Janine endiablée, version buto avec danseurs. Au final une création intéressante, comme d'ailleurs à peu près toutes celles des Eurockéennes (une pensée émue pour le sublime concert de Ez3kiel vs Nosfell, l'an passé)...
Sur la route du concert de Depeche Mode, on croise le chanteur d'Infadels qu'on ira pas voir ce soir (on avait pas trop aimé la dernière fois au Poste à Galène, cela dit y'a de belles photos sur la chronique !). Ah ben merde alors, Depeche Mode ... pas mal de souvenirs à l'évocation de ce nom, dont le meilleur n'est certes pas la prestation bruyante et tapageuse de Dave Gahan ici-même il y a trois ans.
Groupe complètement oublié dont le dernier album Playing The Angel nous a pourtant rappelé leur génie intemporel pour composer de belles chansons de dark pop. Par exemple celle qui ouvre le concert, la très classe A pain that i'm used to. Ou encore, la "depechemodissime" John the Revelator, l'excellente Suffer Well. Dave Gahan et Martin Gore, tous deux avec de vraies gueules de survivants à la dope, n'oublient cependant pas leurs fans des débuts, c'est-à-dire ... nous ("je vous parle d'un temps, que les moins de 20 ans ...") avec une collection de tubes, désolé pour les titres approximatifs, c'est l'âge : Question of Time, You're behind the Wheel, Personal Jesus, et autres Enjoy the Silence (un pied hallucinant en live, dûr de croire qu'on a pas écouté ça depuis au moins 15 ans ...)
Leurs voix qui se succèdent ou s'emmêlent sont irréprochables, le light show tabasse pas mal avec ses écrans géants disjoints. Presque captivé, on note tout de même avec intérêt l'agitation qui vient des côtés, et la rumeur qui se répand : le Brésil rentre à la maison (1-0) ! On est vite repris par I Feel U, où une fille sublime et peu vêtue, projetée sur les écrans sème quelques pensées un peu lestes dans notre esprit.
Sur Check the Disease, notre âge est soudain divisé par 2, tandis que sur Never let me down again, une image très précise se forme : celle du vinyle Music for the masses honteusement oublié dans un placard parental depuis bien trop longtemps et qui va peut-être bien devoir en ressortir. Ce n'est pas deux ou 3 chansons un peu en deça comme Lillian qui gâcheront cet excellent concert, une bonne leçon de jouvence !
Mais c'est pas tout ça, il s'agit encore d'aller soutenir les bides volontaires du père Katerine (vu et apprécié il n'y a pas longtemps par ici, on va donc la faire un peu plus courte). On le rejoint tandis qu'il braille "on a gagné, on a gagné !". Avec son pétaradant backing band de Little Rabbits, accoutré de son immonde chemise rose, il dynamite systématiquement toutes ses chansons - déjà excellentes - de Robots Après Tout (depuis hier on sait que les Daft Punk sont en effet Robots after All...) en les multipliant par du rock : Dans le train de 19 H, En 2008, 100 % VIP (qu'on écoutera en pestant coincé à une buvette), Morue la Truie ou un nom du genre, enfin bref cette histoire de blonde qui le poursuit dans les rues de Paris, Répétez après moi ("après moi... non !", cette vanne débile me fait toujours rire après 100 écoutes...). La suite est adaptée au contexte en "on est tous des Malouda", Patati & patata, plus quelques unes pas reconnues.
On le savait charismatique mais là c'est assez impressionnant, c'est du délire sous le chapiteau quand, à la fin d'une tirade sur le fameux Poulet n°..., il se lance dans son tube interplanétaire, Louxor J'adore. Les longues plages où il "coupe le son", ça hurle tellement que les oreilles nous sifflent, avant de transformer le chapiteau en un dance floor hystérique quand ... "il remet le son". Son premier tube Je vous emmerde, toujours sympathique avec une danseuse invitée, est enchaîné avec Borderline dont la version punk-rock furieuse nous laisse à nouveau sur le cul, déclenchant un énorme pogo... Désormais torse nu, exhibant fièrement ses épaules velues, la Secte humaine étant en slip vert et sous-pull collants roses, Katerine nous remet le son une dernière fois et nous quitte totalement épuisés, KO debout. Chapeau l'artiste !
Comme hier, on rentre donc à la maison avec un gimmick impossible à s'enlever de la tête (et "jeuuuuu ... coupe le son"), rigolant encore avec d'autres amis -eux aussi légèrement éméchés- de ces paroles débiles et jouissives (Pascal Nègre et Johnny, tu connais ? et tu dis Viiiii, et tu dis Aïïïï, et tu dis Piiii, Vi-aï-Piiiiiiiii...."). Allez, ça suffit les conneries, au lit tout le monde, demain on a rendez-vous avec les cadors du post-rock !
Après le feu d’artifice du premier jour et une nuit un peu courte, on se dit que la journée va être longue et rude ; il va en effet falloir choisir entre le foot (France - Brésil) et Morrissey, Camille & Pascals et Depeche Mode. Aie, aie, aie, quel choix cornélien ! Sans regrets, on rate un match mémorable pour assister à des concerts enthousiasmants, les yeux rivés sur scène en guettant les différentes annonces faites par les téléphones portables des membres du public. L’atmosphère de fête, déjà impressionnante à Belfort en temps normal, prend alors une nouvelle dimension, pour se transformer en communion totale sur la fin du set de Depeche Mode et sur la totalité du méga show de l’allumé de service, Philippe Katerine, littéralement en transe ! Et hop, voici la chronique du samedi 1er juillet 2006 aux Eurockéennes de Belfort…
Hushpuppies :
La journée démarre à fond, comme toujours avec les Hushpuppies, avec un set percutant et enthousiasmant des Perpignanais émigrés à Paris… De bons morceaux, une jolie reprise des inestimables Kinks (I’m not like everybody else), une attitude classieuse, un slam final du chanteur qui ruine sa jolie veste ceintrée et son impeccable foulard pour se donner à son public (très en joie à la fin du concert), les Hushpuppies provoquent l’hystérie générale, comme au Printemps de Bourges ! Les concerts en tête d’affiche dans les festivals ne sont plus très loin…
Teitur & Orchestre :
Malgré toute la bonne volonté du monde, et le talent de Teitur (qui avait donné un bon concert solo au festival Europavox), impossible d’apprécier la folk music du monsieur : entre les basses du sound system situé à l’entrée du site et les gueulantes risibles des charlots d'Enhancer sur la grande scène, on entend difficilement Teitur. Ou plutôt, on entend très bien ce qu’il joue mais, c’est un peu comme si sa musique intimiste était remixée façon dub/néo métal à dreadlocks, une véritable torture donc. La présence de l’Orchestre de Dole à ses côtés ajoutera encore au sentiment de gâchis…
I Love UFO :
Ce n’est pas le genre de problèmes qui risquent d’arriver aux trois Français d’I Love UFO : vu le volume sonore de leur prestation, impossible de les couvrir, sauf peut être en faisant décoller un avion juste à côté… Et encore ! L’effet que produit I Love UFO est tout simplement hallucinant ; dès les premières notes, on se laisse emporter par une déferlante de décibels vrillants. Ce divin raffut est provoqué - volontairement - par un chanteur/guitariste de feu, un bassiste ultra violent et un batteur déchaîné. On pense à Gun Club (cette voix incantatoire) jammant avec Sonic Youth (ce mur de guitare en fusion) et les Queens of The Stone Age (ces rythmiques énormes) : une sorte de rock bruitiste psychépathe. A rendre n’importe quel humain complètement maniaque. La preuve : AHHHHHHHHHHH !
Morrissey :
Changement radical d’ambiance avec le set de Morrissey, en plein jour et devant un public de fans et de curieux… Avec son gang de musiciens anglo irlandais habillés comme lors des bals donnés dans les bases américaines après la deuxième guerre mondiale, l’ex chanteur des Smiths peut crooner à loisir, cabotiner avec son micro et affoler ses admirateurs des deux sexes avec ses poses suggestives. Le Mozz chante à la perfection les morceaux les plus marquants de son répertoire, et c’est un véritable régal, tout simplement. Les titres - soigneusement - sélectionnés tiennent la route, et provoquent même des frissons de bonheur ! Ah, ces mélodies superbes, ces morceaux ensorcelants entre pop et rock… En interprétant très peu de titres de son ancien groupe, The Smiths, Morrissey a enchanté son auditoire.
Camille & Pascals :
Racontée en direct live par le groupe japonais Pascals et la fée chantante française Camille, l’histoire en français et en japonais de Nohara a emmené loin, très loin, des rivages habituellement fréquentés dans notre beau pays… Quand des musiciens aventureux et drôles se mettent au service d’une vocaliste complètement partie dans son monde, cela aboutit à la création d’un univers onirique, fou, naïf et rafraîchissant. Ce spectacle mériterait de tourner en France et à l’étranger.
Depeche Mode :
Pendant que certains regardent la deuxième mi temps de France - Brésil, la majorité des festivaliers réunis à Belfort tient à assister au méga show des Anglais de Depeche Mode. Scénographie futuriste, vidéos torturées, look gohiques, Dave Gahan, Martin Gore et Andy Fletcher (accompagnés par un batteur et un pianiste) ont sorti le grand jeu et l’artillerie lourde. L’electro pop de DM est en effet plus musclée en live, et c’est une très bonne chose : les morceaux mémorables de la discographie du groupe (entrecoupés des sympathiques clones du dernier album) n’en ont que plus d’impact ! La voix puissante et marquante de Dave Gahan fait merveille ; les chœurs et les interventions guitaristiques de Martin Gore font un effet considérable ; pendant ce temps-là, Andy Fletcher envoie des bidouillages électroniques qui sont sa marque de fabrique ; et les musiciens additionnels font leur boulot comme il faut. Malgré le côté archi pro et réglé au millimètre, le show de Depeche Mode fonctionne à plein régime. On regrettera seulement les interventions incessantes de Mr. Gahan pour haranguer le public (déjà à fond !), le morceau dispensable de Martin Gore joué avec le groupe, mais, à part cela, le best of DM présenté sur scène nous a ravi. A l’heure actuelle, qui d’autre peut se permettre d’enchaîner autant de tubes aussi populaires qu’artistiquement réussis (Enjoy the silence, Shake the disease, Never let me down agin, Behind the wheel, Personal Jesus etc etc. ) une heure et demie durant ? Pas grand monde. Un large sourire aux lèvres (l’ambiance est ultra festive et triomphale pour Depeche mode), Dave Gahan conclut en hurlant « Vive la France et Allez les bleus ! », saluant ainsi la victoire de la France sur le Brésil. Une bien belle journée donc ce 1er juillet !
Katerine :
Et ce n’est pas Katerine et ses acolytes rebaptisés Les Raymond Domenech qui vont gâché la fête ! Comme à Rennes, Bourges et Clermont-Ferrand, la troupe branché sur le 220 volts a propulsé le chapiteau (plein à craquer!) dans la stratosphère, avec ses tubes funky punk irrésistibles. Comme le dit l’ami Philippe, « on est tous des Thierry Henry, répétez après moi : on est tous des Willy Sagnol, répétez après moi : on est tous des imbéciles ! » Certes, mais des imbéciles incroyablement heureux… Grâce au show aussi improbable que puissant de cette bande de fous furieux, boosté par des guitares en furie et des improvisations drolatiques (comme un morceau inédit intitulé « Et 1, et 1 et 1 - 0 ! »). Du grand art, ce concert de Katerine. Celui qui s’emmerde en présence de ce gars-là s’ennuiera toute sa vie… C’est sûr à 100% !
Pascals - 26 mars 2005 - La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
Joyeuses Pâques avec les Pascals !
En ce week-end pascal propice au recueillement dans les églises et aux overdoses d'œufs en chocolat, la Coopérative de Mai, dans le plus grand respect du .../...
En ce week-end pascal propice au recueillement dans les églises et aux overdoses d’œufs en chocolat, la Coopérative de Mai, dans le plus grand respect du calendrier religieux, avait choisi de programmer le groupe japonais Pascals. Malheureusement, le public n’a pas répondu présent, sans doute trop occupé à prier pour Jean-Paul 2, le prince Rainier ou… Jesus. Grossière erreur, la centaine de personnes ayant fait « l’effort » de se déplacer est repartie enchantée par la prestation réjouissante des Pascals. A la fin du concert, certains arboraient même des sourires de bienheureux, comme s’ils venaient d’assister à une apparition simultanée de La Vierge Marie et de… Dieu.
Des symphonies enfantines adressées au dieu Pascal Comelade
A moins d’être aveugle et sourd, difficile de rester de marbre devant une prestation aussi réussie : les treize Japonais produisent en effet une musique à la fois expérimentale, festive, mélancolique et enfantine, en proposant – ce qui ne gâche rien, au contraire – un véritable spectacle entre mime, comique et performance… Cette fanfare branquignolesque à tendance dangereusement cacophonique a la remarquable particularité d’utiliser les instruments de manière décalée (voire d’en inventer) pour créer des symphonies enfantines adressées au dieu Pascal Comelade (le nom du groupe vient de là). Pourtant, de prime abord, tout a l’air « normal », il y a un chef d’orchestre, une section de cordes (violons, violoncelle), des cuivres, un batteur, un percussionniste, un guitariste, un banjoiste. Mais dès le premier morceau, on remarque que la batterie est faite de bric et de broc, que le violoncelliste joue aussi de la scie musicale, que le percussionniste tape sur des jouets d’enfants, que le responsable du banjo joue du kazoo, que le leader de la troupe joue du mélodica de manière très originale…
Et ce n’est pas fini, entre deux discours désarmants de naïveté et de gentillesse (où l’on comprend mieux les problèmes rencontrés par Bill Murray dans le très beau film Lost in Translation), les pitreries se succèdent, toujours au service de la musique, de plus en plus bizarre et dissonante. Le clown du groupe joue maintenant avec un Donald Duck en plastique qui fait « pouet pouet » quand on appuie dessus, il exécute même un solo de chat en peluche, quand il ne se lance pas dans une rythmique avec deux trompettes en plastique à réserver aux moins de deux ans. Renforçant encore le côté onirique du spectacle des Pascals, il déambulera un peu plus tard en faisant sortir une nuée de bulles de savon de son clairon pour enfant. L’œuf de Pâques qui trône sur le devant de la scène n’en revient pas lui-même…
Concerto pour meuleuse et violoncelle…
Vers la fin du concert, le préposé au violoncelle (bouleversant) et à la scie musicale (magique) qui produit des sons superbes avec ses deux « outils de travail » décide de péter les plombs en beauté. Il retourne son instrument de prédilection et, un peu comme Thurston Moore triturant sa guitare avec un tournevis, il frotte la pointe en fer de son violoncelle avec un ustensile non identifié, donnant ainsi une touche métallique à notre troupe foutraque. Cerise sur la gâteau, en fin de morceau, il dégaine une meuleuse (oui, vous avez bien lu) et attaque le métal, produisant d’énormes gerbes d’étincelles… Pendant ce temps-là, notre ami sumo performer se lance dans un spectacle de mime – aussi émouvant qu’hilarant – avec un masque japonais et un ruban de scotch rouge. André Rieu, le Rondo Veneziano au grand complet et Herbert Von Karajan auraient farouchement désapprouvé cette mascarade, s’ils avaient pu être présents… Tant mieux. Le public, lui, répond au quart de tour à la musique des Pascals, autant qu’à leurs facéties. Les spectateurs se transforment même très souvent en danseurs hurlant leur joie d’être là. Rien de plus normal car les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas du tout, intégrant avec talents des influences aussi disparates (en apparence seulement) que les musiques tzigane, expérimentale, classique et concrète, le rock (rigolo), le jazz (barré), le reggae (égyptien), la country folk (western) et les œuvres (magiques) de Pascal Comelade et Jonathan Richman.
Des étincelles plein les yeux et les oreilles…
Après un rappel d’anthologie où ils disent Abiento à tout le monde, la fin du concert laisse le public avec des étincelles plein les yeux et les oreilles (pas seulement à cause de notre hurluberlu métallurgiste), le cœur rempli d’allégresse et les jambes en compote. Une nouvelles fois, les Pascals ont prouvé qu’ils étaient grands, très grands. Et ce n'est pas le solo de banjo proprement hallucinant auquel l'assistance médusée assiste en guise de final qui me fera mentir... Après ces intants incroyables, une impression irréelle domine : celle d’avoir assisté au spectacle féerique d’une bande de doux rêveurs n’hésitant pas à laisser parler leurs âmes d’enfants… Drôle, émouvant, surprenant, le show des Pascals fait partie de ces moments où l’on se dit que sans la musique, on s’emmerderait fermement sur cette Terre. Joyeuses Pâques !
A lire également : la chronique du concert donné par les Pascals au festival les Efferv’Essonne en 2003 et la critique du dernier disque de l’orchestre japonais déjanté.
Retour sur les éditions 2003 et 2002 du festival Les Efferv'Essonne à Villebon-sur-Yvette... L'année 2003 a vu le festival prendre une dimension supplémentaire grâce à une programmation axée sur les qualités artistiques plutôt que sur les ventes d'albums. Le public a donc pu communier avec des artistes établis mais pas putassiers (Bashung, Ibrahim Ferrer du Buena Vista Social Club, Murat, Les Wampas...) tout en découvrant de jeunes talents comme Laetitia Sheriff ou Bikini Machine et des ovnis enthousiasmants comme les Pascals et Señor Coconut... Vivement 2004 !
Pascals (Les EffervEssonne 2003) - 22 novembre 2003 - Effer’Magic, Villebon-sur-Yvette (91)
En deux temps trois mouvements, les Pascals ont enchanté l'Effer'Magic avec leur musique à la fois expérimentale, émouvante et... festive ! L'orchestre iconoclaste japonais avait fait le .../...
En deux temps trois mouvements, les Pascals ont enchanté l’Effer’Magic avec leur musique à la fois expérimentale, émouvante et… festive ! L’orchestre iconoclaste japonais avait fait le déplacement aux Efferv’Essonne en formation complète : violons, sifflets, violoncelle, kazoo, ukulélé, percussions, mini trompette, accordéon, guitares etc.
La troupe bigarrée est tellement nombreuse sur scène que certains musiciens empiètent sur l’espace normalement réservé au public… Celui-ci leur laisse bien volontiers la place car les membres du groupe semblent prendre un incroyable plaisir à interpréter sur scène les morceaux de Pascal Comelade ou leurs propres compositions… Chaque titre regorge de petites trouvailles sonores, les Pascals ont le sens du détail qui tue ! Cela donne vraiment un côté captivant à leurs concerts débridés. Le public, abasourdi, cherche sans cesse à savoir quel musicien produit ce son si particulier et avec quel instrument…
La réponse de l’assistance est à la hauteur de l’énergie et de l’inventivité déployées sur scène… En quelques morceaux à peine, la salle, qui attend pourtant le concert des Wampas, est sous le charme de ce groupe exotique et excentrique. Seuls quelques indécrottables fans de Didier W. restent assis sans prêter attention au spectacle qui se déroule sur scène, bravo pour l’ouverture d’esprit !
Loin de ces considérations, le « chef d’orchestre » (à bonnet péruvien) exhorte sa troupe à péter les plombs avec force sourires et gesticulations hilarantes. Tout à coup, il se lance même dans une sorte de long cri primal absolument désopilant. S’il donne le « la », il n’a vraiment pas à encourager son ami le Sumo musicien qui arbore une perruque fluo du meilleur effet. Celui-ci a fait le déplacement pour faire le pitre et rendre les gens heureux. Impossible de détourner son regard une seconde devant autant de facéties mises au service d’une musique aussi jubilatoire ; la quasi intégralité du public ne peut s’empêcher de sourire béatement et d’encourager bruyamment les Pascals.
Juste avant de quitter les planches, les Pascals reprennent un morceau déchirant de leur inspirateur. Quelques secondes après avoir été agité par des rires en cascade, l’Effer’Magic se retrouve plongé dans une profonde mélancolie, et l’on se dit qu’il y a effectivement quelque chose de magique là-dessous !
Les Pascals maîtrisent parfaitement L’argot du bruit, la langue chère à Monsieur Comelade… Mais, loin de se cantonner à la simple reproduction, les bienheureux Japonais rajoutent des expressions bien à eux pour créer leurs propres mini symphonies. Les Pascals présentent sur scène une des expériences musicales les plus fascinantes à vivre…