Estimer à une heure le trajet entre Marseille à la presqu'île du Gaou s'avère nettement en deçà de la réalité, lorsqu'on doit monter la Gineste derrière un car de tourisme, se coltiner un papi sur la route du pas de belle-fille, circuler dans un .../...
...belle-fille, circuler dans un embouteillage dès l'entrée de
Six-fours, laisser sa voiture en vrac sur un trottoir (désigné comme un emplacement légal de parking par un agent de sécurité), s'entasser dans une navette qui mène à l'entréed'un chemin au bout duquel attendent dans un préfabriqué 3 exemplaires d'une décharge à signer pour prétendre avoir le droit de faire des photos.
Guidés par une mélodie mi-électronique mi-orientale, c'est avec près de trois quartsd'heure de retard que nous arrivons enfin sur les lieux du concert. La musique se tait et sur l'écran géant
Dafher Youssef en gros plan fait signe qu'il faut "couper", passant son index tendu sous sa gorge. Il débranche, sans claquement, lejack de ce qui semble être une sitar, et disparaît de l'écran, remplacé par le fond rouge du logo "I love Gaou".
La première partie ratée, il ne me resteplus qu'à essayer de trouver une place sur ce terrain déjà bien occupé et plus large que profond. Se caler au fond, contre le grillage ou contre un réverbère,reste tentant au vue de l'éloignement de la scène et des deux écrans géants qui la bordent,même si la disposition de ceux-ci laissent mécontents les plus petits qui ne les trouvent "pas assez hauts". La foule n'en finit plus d'affluer alors que les premières civières se fraient un chemin. Sur scène, d'immenses projecteurs en forme deséchoir de salon de coiffure, sont hissés à tours de manivelle au sommet de colonnes luminescentes rectangulaires. Le nouveau passage d'une civière est cette fois commentée d'un "c'est pas la chaleur !", chargé de sous-entendus, mais soulignantégalement qu'il ne fait effectivement pas chaud pour un soir de plein été, le
Mistral étant une fois de plus de la partie.
Il fait presque noir lorsqu'une voix off féminine et synthétique annonce : "le concert de ce soir estenregistré, retrouvez-le sur www..."
21h45 le son du doudouk perce le ronronnement des nappes insistantes des synthétiseurs. Sous la douche blanche duprojecteur,
Levon Minassian, seul, interprète un extrait de
passion, bande originale du film
la dernière tentantion du Christ, doublement récompensée par un
Grammy Award et un
Golden Globe. La mélodie s'estompealors pour laisser place aux battements et percussions de
The Rhythm of the Heat accompagnant l'entrée en scène de
Peter Gabriel et de ses musiciens. Dans L'ambiance haletante de ce titre qui ouvrait 24 ans plus tôt l'album live
plays live, on retrouve l'incroyable contraste d'une voix à la fois cassée, sur un texte à peine chantée, et éclatante sur des envolées aigües du chanteur. En contre-point,
Mélanie Gabriel, sa fille, assure les choeurs alors que
GedLynch, roulements battants, mène la tension du morceau à son sommet d'où il choit net.
Peter Gabriel enchaîne sur
On the Air, titre de 1978 plus pop, voire néo-progressif si l'on en juge par la ressemblance avec des compositions de
Derek Dick a.k.a
Fish au sein de
Marillion l'année suivante. Cette fois, le batteur use de ses charleys, et de là où je me trouve ils sonnent comme un sifflet de cocotte-minute, sonorité un peu désagréable mais largementcompensée par les glissés de basse de l'excellent
Tony Levin, dont je n'ai eu cesse d'entendre parler comme le loup blanc pour sa maîtrise du stick chapman. Suit
Intruder avec son rythme de batterie à l'effet "gated reverb" (utiliséabondamment par
Peter Gabriel, il consiste en un effet de réverbération qui s'interrompt brusquement), ses "hey,hey,hey", son thème un peu free, et, enrichissement live, ses craquements de cordes de guitares que l'on tend. Le côté épuré ettorturé du morceau a séduit, il y a quelques années, le trio déjanté
Primus qui le restitue fidèlement sur son album
Miscilleneous Debris.
Peter Gabriel, derrière son piano, chante, siffle avant de lancer le "I'm the intruder"final.
Feuilles à la main, le chanteur prend la parole en français, chose qu'il répètera tout au long du concert. Il nous explique qu'étant donné que legroupe n'a pas d'actualité musicale récente (les rumeurs annoncent un nouvel opus,
I/O, pour 2008), le répertoire de ce soir est le fruit du choix de ses e-fans via un plébiscite sur
Internet. Il est bon de rappeler que l'utilisation dece medium est loin d'être un coup d'essai pour
Peter Gabriel : en 1999 il était l'un des créateurs du système de téléchargement de musique
OD2 (On Demand Distribution) mis à mal aujourd'hui par
itunes, et qu'il a ensuite créé
We7, dont la sortie a été annoncée cette année, système dans lequel l'insertion contreversée des DRM est remplacée par une publicité en début du titre téléchargé.
Les musiciens reprennent avec
D.I.Y, morceau pop-rock 70's où chacun scande "di-aï-ouaï" tous les 5 temps et pour lequel
Tony Levin s'est saisi de sonstick chapman. Véritable saut quantitatif dans le temps avec
Steam faisant suite à un préambule énigmatique pour ceux qui comme moi ignore la traduction de ce mot,où qui n'auraient aucune notion de physique-chimie : "ici on à l'eau et lachaleur". Steam signifie vapeur en anglais. Chanson dans la veine de
Sledgehammer, elle conjugue les sons de la guitare funky de
David Rhodes, aux sonorités des tubes de
INXS, et les cuivres soul, assurés ce soir par
RichardEvans face à son écran d'ordinateur. L'entrain du morceau ne met guère de temps à faire lever les mains du public devant
Peter Gabriel qui arpente la scène et lâche ses célèbres "haaa" aigüs (bien qu'ils semblent les retenir à l'écoute del'original)."Les relations homme/femme", "Adam et Eve", sont les termes choisis par le chanteur pour présenter
Blood of Eden. Arpège de guitare et son de cornemuse plongent les musiciens dans la chaleur écarlate de l'éclairage des colonnes duqui les entourent. La douceur des harmonies du refrain dans le duo des
Gabriel est transcendé par la voix de la jeune
Melanie qui remplace magnifiquement celle de
Sinead O'Connor.
Burn You Up, Burn You Down dans un élanrythm'n'blues donne une nouvelle occasion à
Tony Levin d'opter pour une basse se présentant sous la forme d'un unique manche sans corps. Vient ensuite
No Self-Control : quelques notes de xylophone de
Richard Evans sur les sons deboîte à rythmes soutenus par les percussions de
Ged Lynch, puis les "ha-ha-ha"
Bee-Gees-like des choeurs qui donnent la réplique au chanteur sur "no self-control".
Peter Gabriel se lance alors dans une nomination élogieuse de ses musiciens, à commencer par "un grand talent clavier et grande voix",
Angie Pollack quim'était restée cachée jusqu'à maintenant, ou que j'ai du confondre avec
Melanie Gabriel au moment de ses passages sur les écrans géants ! "grand musicien" pour le multi-instrumentaliste
Richard Evans et "le maitre du son" pour leguitariste
David Rhodes,à moins que ce ne soit l'inverse...Aucun doute par contre pour "à la basse et à la moustache", dont cette caractéristique physionomique me fait penser aux personnages syldaves de
Tintin.
Après cet interlude, le concert repart sous les "go,go,go !" du chanteur pour son premier succès solo :
Solsburry hill. Ce titre, dans lequel
PeterGabriel évoque son départ du groupe
Genesis et qui peut rappeler une fois de plus des interprétations ultèrieures de
Fish, affiche le noyau dur historique du groupe, composé du chanteur, du guitariste et du bassiste tournant toustrois dans une gigue.
Peter Gabriel demande ensuite à sa fille de "chanter pour lui", sur
Mother of violence. Accompagnée par son père au piano,
Melanie Gabriel d'une voix intelligible aux intonations de
Sheryl Crowinterprète ce morceau couronné d'un "papa est fier".
Peter Gabriel évoque alors la tentative d'assassinat du Gouverneur
George Wallace del'
Alabama en 1972 et le journal intime de son auteur,
Diary of assassin, qui ont inspiré sa chanson
Family Snapshot, et qui ont également inspiré le réalisateur
Martin Scorsese pour son film
taxi driver. Le morceauau tempérement progressif est d'abord commencé par
Peter Gabriel seul au piano, rejoint par
Tony Levin et ses excellentes parties de basse fretless, et soutenu à la voix par
Melanie Gabriel. Les rythmes et percussions africainesde
Lay Your Hands on Me dévoilent le côté world music du compositeur.
Big Time "chanson devenue générique (chanson officielle) de la W.W.E (World Wrestling Entertainment)", agite les colonnes lumineuses transformées en véritablesvu-mètres multicolores, et submerge la prequ'île de son groove puissant. Puis sur les grosses caisses font vibrer
Secret world sur une instrumentation épurée, les claquements de mains prenant le relais pour faire tourner
PeterGabriel,tambourin à la main, et
David Rhodes. À la fin du morceau, après une relance de guitare électrique, c'est sur la scène et dans le public que tout le monde saute à pieds joints. Enfin, comme pour conclure,
Peter Gabrielannonce "il est temps pour" :
Signal to noise. Commencée par des chants arabisants de la choriste, ce morceau est sans doute le plus envoutant de la soirée, un morceau dégageant une atmosphère palpable portée par des nappes de violons, hachéespar des pulsations de batterie. Pendant les dernières minutes les musiciens se retirent un à un, ne laissant plus que
Ged Lynch maintenir les ultimes souffles du morceau.
23h20 Au rappel du public répond un rythme de charleys. Suivent alors grosse caisse et claquement de main de
Peter Gabriel contre le micro en guise de caisseclaire. Enfin le thème au succès planétaire de
Sledgehammer retentit, avec sa guitare funky, flûte de pan (synthétique ce soir) et un son de clavier original pour ce soir (sorte d'orgue hammond) et l'exultation de tout un public. Le bonheur neserait pas total sans la danse dont les 3 compères ont la recette : quelques pas lents en avant en cassant les genoux, retour rapide en arrière, et répéter le tout ad lib (ou presque). Ambiance moins explosive avec
In your eyes, bien que
Peter Gabriel ait choisit de commencer cette ballade avec un duo comique avec
Tony Levin qui s'évertue à répéter un "in your eyes" d'une voix mélodieuse mais définitivement trop grave. Finalement le bassiste s'en tiendra à son rôled'instrumentiste...et de danseur, un peu plus loin, dans le morceau, avec un nouveau pas de danse, latéral cette fois, avec
Peter Gabriel et
David Rhodes. Dans le public, on reprend les "ho-ho-ho" en agitant les bras. Le chanteurtermine en désignant chaque musicien d'un jet d'index;
Richard Evans ainsi pointé tient dans ses mains une petite guitare électrique de la taille d'un youkulélé.
23h35 le ronronnement des nappes d'introduction ont ressurgi sur fond de scène vide.
Peter Gabriel revient saluer la mémoire de
Steven Biko et de "tous les hommes et les femmes qui se lèvent pour leur peuple" avant d'interpréter
Biko. Cette chanson ne rappelle pas simplement l'intérêt du chanteur pour la wold music, mais surtout son engagement dans les causes humanitaires (une semaineplus tôt, le 18 Juillet,
Nelson Mandela annonçait à l'occasion de son 89ème anniversaire la création d'un groupe de
Elders (les anciens, les sages) impulsé par le chanteur dans la fin des années 90 et dont il sera l'un des financeurs).C'est de nouveau sous les "ho-ho-ho" que
Peter Gabriel quitte la scène le poing levé.
Un jour artificiel se refait, le logo "I love Gaou" remplit à nouveau les deux écrans. La voix synthétique renouvelle son message "le concert de cesoir est enregistré, retrouvez-le sur www..." (peut-être a-t-il été enregistré par l'autre fille du chanteur, comme ce fut le cas pour le dernier DVD), et ajoute comme s'il s'agissait d'un débarquement : "Nous espérons que vous avez aimé lespectacle".
J'écoute les commentaires autour de moi à propos du concert : beaucoup sont contents d'avoir entendus ce mélange de veilles chansons etd'autres plus récentes, d'autres ont retrouvé des sonorités d'artistes aussi divers que
Mike Oldfield ou
Johnny Clegg...
Peter Gabriel fait partie de cette poignée d'artistes (comme
David Bowie,
Sting,...) qui a su,au travers d'une longue carrière (40 ans depuis les débuts dans
Genesis en 1967), renouveller son style, se poser en précurseur, élargir son panel artistique, s'impliquer dans le monde qui l'entoure. En venant le voir à ce concert, jem'attendais à assister à un show, à la lecture de plusieurs critiques, et ce sont ces 30 dernières années qui ont défilé devant mes oreilles, en 2 heures de concert, au travers du kaléïdoscope de ce musicien accompli, acteur de sa profession, acteurde ces dernières décennies...
2h30 c'est le prix à payer pour retourner à Marseille depuis un lieu paradisiaque mais qui se situe dans un cul-de-sac...
Photos
YLF pour wwww.liveinmarseille.com
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