Peter Von Poehl - Baroudeur fragile
Le suédois
Peter Von Poehl a attendu la trentaine pour sortir son premier album
« Going to where the tea trees are ». L’attente valait la peine, ce disque est une perle de folk, song writing où les morceaux accrochent dès la première écoute pour ensuite devenir entêtants et jamais nous quitter. Avant ce disque il avait fait le baroudeur déménageant sans cesse et travaillant auprès de
Burgalat, Houellebecq, AS Dragon, Lio ou encore
Delerm. Parcours chargé qui donne à ce personnage attachant une ampleur et une épaisseur que nous avons été heureux de percer en interview.
C’est la deuxième fois que je croise ta route, la première fois c’était en 1999 tu étais musicien de Michel Houellebecq.
Oui on avait enregistré avec
Bertrand Burgalat l’album de
Michel Houellebecq à la va-vite. Moi je m’étais improvisé ingénieur du son. Pour la tournée,
Burgalat et
Eiffel (NDLR : Groupe qui jouait alors pour le label
Tricatel de
Burgalat) étaient pris par leurs trucs, je me suis donc retrouvé tout seul. J’ai fait des auditions, on a formé un groupe et ce groupe est devenu le backing band officiel de
Tricatel. Ensuite ce groupe est devenu
AS Dragon, peu de temps après que je les ai quittés.
Tu as quitté ce projet pour te consacrer à l’écriture de ton album ?
A ce moment là, en septembre 2001 j’étais a New York, ce n’était pas un très bon moment pour être là-bas. Je travaillais surtout sur des projets en tant que réalisateur ou compositeur (Pour
Lio, Vincent Delerm…) c’était la suite du projet avec
Bertrand Burgalat.
N’y avait-il pas une frustration à être dans l’ombre ?
Au contraire, j’étais très content de faire ça. J’avais déjà enregistré quelques-uns de mes propres morceaux il y a quelques années, ce n’était pas une expérience géniale, j’avais complètement laissé tomber en me disant : je ne veux plus jamais faire ça. Au bout d’un moment en 2004 je me suis dit que ça n’allait pas d’avoir laissé les chansons dans un tiroir, qu’il fallait les enregistrer, ce qui a été fait en 2006. Ça a été très long car je les réecrivais tout le temps, je refaisais les arrangements 150 000 fois.
Ton album nous a surpris, vu ton parcours on pouvait s’attendre à des trucs plus pêchus ou easy listening.
J’ai une relation particulière avec mon pays, moi qui n’aime pas particulièrement voyager j’ai beaucoup bougé. Ca fait très longtemps que je ne vis plus en Suède même si je paye encore mes impôts là bas. Le disque parle un peu de ma situation étrange, c’est un peu des contes de voyages. Le choix des instruments s’est fait en fonction de ça, les cuivres c’est parce que l’Armée du salut était très présente quand j’étais petit, l’harmonium on l’utilisait à l’école. Mais je ne suis pas sur que se soit réussi car les suédois trouvent que ça ne sonne pas du tout suédois
Est ce que tes collaborations ont influencé l’écriture de ton album ?
Oui énormément. Par exemple j’ai travaillé avec
Marie Modiano, j’adore ce qu'elle fait , notamment ses textes et du coup elle a fait beaucoup de textes pour mon album.
Tu as mis longtemps à sortir ton album ce sont les DJ’s qui ont insisté pour qu’il paraisse enfin ?
Oui les dj’s voulaient avoir un support pour pouvoir le jouer davantage. A ce moment là je n’avais pas beaucoup d’argent, j’ai donc sorti un simple 45 tours. Un DJ’s de
Radio Nova l’a joué, les auditeurs on réagi en téléphonant pour le ré-entendre et du coup il passait tout le temps sur Radio nova. Pour moi c’était suicidaire comme stratégie car je n’avais rien à vendre derrière mais j’aime bien ce coté éphémère. Je voyais sur internet, sur le blog que les gens voulaient le trouver en peer to peer mais il n’existait pas
Il y a eu une bonne réaction publique en France comment ça se passe dans les autres pays ?
Je suis ma propre maison de disque c’est à la fois génial et très long. L’album commence juste à sortir dans beaucoup de pays, il est sorti au Etats-Unis il y a quelques jours en Juillet 2008, deux ans après la France.
Je voulais que mon disque soit sorti en France par
"Tôt ou tard" et dans tout le reste de l’Europe par un autre label. Seulement comme on n’a pas réussi à nous mettre d’accord le disque n’est sorti au début qu’en France, même en Suède on ne pouvait pas le trouver. Ca a pris du temps à récupérer. Le disque n’est sorti en Angleterre qu’à l’automne 2007
Tu travailles sur la suite ?
Oui mais c’est compliqué. J’ai écrit les morceaux tout seul à la guitare et comme je tourne constamment en groupe les morceaux prennent une autre forme, je les vois autrement et du coup je les réecris. Je trouve cette expérience vachement bien. J’ai fait une semaine de résidence artistique à la Maroquinerie pour travailler, ça a été super bien
Travailler en groupe influe donc sur ton écriture ?
Oui ça joue. Sur le premier j’étais a Berlin j’étais très organisé, je faisais du footing le matin et travaillais chez l’Italien l’après midi. Là je tourne sans cesse, les morceaux sont donc écrits à la guitare car c’est l’instrument que j’ai avec moi dans les loges. Je pense que si les nouveaux morceaux ont un côté plus rock ça a un rapport avec ça
Il y a une démo du morceau Near the End of The World qui circule sur Internet ?
Oui mais le morceau n’est pas fini, je l’aime pas comme ça je vais le réenregistrer
Tu as eu la chance de jouer en première partie de Brian Wilson.
Oui c’est incroyable. C’est une grosse idole. Il est très gentil, très poli.
Propos recueillis par
Simon Pégurier &
Alain Hamila.
Photos de
Philippe lors de son très beau
concert au
Poste à Galène en 2007.
Une interview
www.loreillequigratte.com