Il est temps, fin 2009, de développer enfin une réflexion sociologique digne de ce nom pour analyser le phénomène abusivement dénommé "baby-rock" par de vieux chroniqueurs blasés vers 2005-2006. Certes tout a déjà été fait en rock et en particulier ce que font les Plastiscines .../...

Il est temps, fin 2009, de développer enfin une réflexion sociologique digne de ce nom pour analyser le phénomène abusivement dénommé "baby-rock" par de vieux chroniqueurs blasés vers 2005-2006. Certes tout a déjà été fait en rock et en particulier ce que font les
Plastiscines (genre pop, sautillant et girly) mais hey, on ne peut pas demander aux gamins d'aujourd'hui de plébisciter des vieillardes sous ce simple prétexte ! Ils ne vont quand même pas réclamer les
Bangles qui ont sorti
Walk like an Egyptian avant leur naissance, ou vouloir voir les filles des
B 52's,
L 7 ou les
Runaways, qui pourraient être leurs grand-mères... Tout au plus accepteront-ils la fréquentation des
Donnas, des minettes de 4 à 5 ans de plus que les Plastiscines, presque aussi mimi et un poil plus heavy/biker dans leur son. De même pour les filles de 15 ans, logiquement folles des
BB Brunes, tout comme leurs grand-mères anglaises, pile au même âge, mouillaient leur culotte devant les Beatles... Elles non plus n'ont pas envie de s'extasier sur des vieux chnoques comme Dave Grohl, Josh Homme ou papy Rotten, c'est bien naturel... Soyons déjà contents de nous retrouver de temps en temps en communion avec ces jeunes merdeuses et merdeux, bavant tous ensemble de plaisir sur les mêmes
Allison et Jack, rares performers rock assez matures et assez sexy à la fois pour faire l'unanimité...
Ben ouais, vous qui avez 25 ans ou plus, faut vous y faire. Les plus jeunes que nous, eux aussi, veulent voir de la belle et jeune fille chanter du pop-rock, c'est bien naturel. Et pour le coup, les
Plastiscines font parfaitement l'affaire, toniques, persévérantes et motivées à défaut d'être géniales. D'autres réclament bien du jeune con boutonneux pour jouer du punk-rock dans des caves marseillaises, clermontoises ou parisiennes, et peu importent qu'ils ne fassent finalement que recuisiner la sauce énergique et brouillonne qu'avaient produit Iggy Pop ou Joey Ramone à leur âge...
Car même devenu vieux (chacun met le curseur où il veut), être fan de rock, c'est finalement comme être fan de polar ou de film de zombies : le style est archi-balisé, c'est entendu (tu m'étonnes, avec trois intruments, autant de rythmes et à peine plus d'accords...), l'âge d'or en est passé il y a 30 ou 40 ans, on est d'accord, et pourtant il suffit de quelques nouvelles têtes, d'une ou deux variantes minimes, d'une nouvelle énergie vierge de toute honte et parfois de toute culture, pour que le fanatique y retrouve sa petite came, sa madeleine, son plaisir même pas particulièrement coupable. Etait-ce vraiment la peine d'appeler ça "baby-rock" pour se donner une contenance ? Non. Et donc, le con-cept définitivement anéanti, bonne chose de faite... revoici les
Plastiscines !
Deux ans après avoir disparu aux USA, retour des 3 filles à frange avec une énième batteuse (leur meilleure à ce jour), et un album au son 100 % US. Où en était-on déjà, avec cette charmante comète de la galaxie médiatico-parisienne, hautement suspecte dès l'autre côté du périph' ? Reprenons nos chroniques. En 2007, à l'occasion d'un premier LP logiquement nommé
LP 1, on avait conclu à une très inégale prestation studio avec quelques réussites - mention "doit faire ses preuves sur les planches"... Epreuve réussie quelques semaines plus tard lors d'un
concert carré et bien mené, où les filles l'avaient emporté au finish avec une énergie modeste et rageuse, les dents serrées sous la mèche, foutant le feu au public et sonnant finalement 2 fois mieux en live qu'en disque... On reste donc objectivement sur une bonne impression, n'en déplaise aux grincheux.
Autre observation spécifique à leur parcours de
frenchies aux States : les anglophones nous submergent chaque semaine d'un nouveau gang de 4 joli(e)s minet(te)s ou de nerds qui font de l'électro-pop standard avec des paroles parfaitement débiles, mais on ne s'en rend simplement pas compte à cause de la barrière du langage. Pourquoi ne leur ferait-on pas le même coup avec les chansons des
Plastiscines, aux paroles bien aussi banales (
Another Kiss) ou au sens mi-abscons, mi-cucul (
Camera) ? Surtout qu'il n'y a aucune raison, même de ce côté-ci de l'Atlantique, de bouder les mini-hits bien torchés que sont
I Could Rob You, accent français au couteau mais rythmique soutenue,
Barcelona et son orchestration disco-pop sympa, ou
Bitch qui est la plus basiquement plaisante, la plus
Donnas-like du lot et (donc) la plus réussie à notre goût...
Pour le reste on retrouve ici des tentatives plus ou moins heureuses, où l'on peut aussi sauver
From friends to lovers pour la reverb vocale et ce son des States qu'on ne sait juste pas faire ici, signaler que
Time to Leave vaut bien les saloperies prétentieuses que vendent les
Killers par bateaux entiers, que l'exercice du slow (
I am Down) ou de la balade en français (
Coney Island) reste nettement mieux réussi par les donzelles que par n'importe quelle truie de la Star'ac ou pire, par le tragique très-vieux-jeune
Nikola Sirkis. On peut aussi passer sur leurs gamineries dignes de
Lio grande époque, qui plairont exclusivement aux jeunes filles (
Pas Avec Toi) : le titre est sûrement là uniquement pour que celles-ci n'empêchent pas leurs copains d'aller voir les
Plastiscines... Puisque pour conclure, et ne me dites pas que j'aurais aussi pu ne dire que ça au lieu de philosopher des plombes (eh oh, vous avez déjà lu du Greil Marcus ?) : les
Plastiscines sont avant tout, contenant et contenu, un très chouette groupe de scène !
Alors les vieux, allez donc les voir
en vrai avant de me conspuer, je sais que les jeunes les plus avisés ont déjà leurs places.
(2009)