Low
Low n’avait pas la partie facile en ce 14 juillet à Nîmes. Devant un public acquit à la cause Radiohead dont la moitié au moins ne s’intéressait pas le moins du monde à lui, le quatuor mixte Anglais peinait à emballer les Arénes.
La musique de Low (surtout sur scène) s’écoute la nuit, les yeux fermés, pas comme ce fut le cas, en plein jour, isolé dans un bruit de fond incessant. Par moments, ils parvinrent à franchir la barrière qui les séparait du public, avec une paire de titres plus rythmés faisant penser à des REM pop, ou par l’intermédiaire d’explosion électrique dont ils ont le secret.
Low livra un set délicat et cours dont on ne se permettra pas de juger. A revoir pour plus d’informations.
Radiohead
Thom Yorke est un extra-terrestre. Radiohead son vaisseau spatial. En vingt-trois titres, le quintuor d’Oxford va montrer à un public acquit qu’ils n’ont pas d’équivalent dans le monde de la musique. Aucun autre groupe ne peut à ce point posséder une inventivité débordante sur disque, une capacité à écrire des titres oscillants entre beauté pure et déconstruction de la pop et faire de ce mélange complexe un concert formidable et parfait en tous points.
Dans les magnifiques Arênes de Nîmes, sous une lune qui vieille sur eux comme sur ses propres enfants, Radiohead livrera une prestation énorme de plus d’une heure et demie durant laquelle ils écrémeront leur discographie (hormis le dispensable Pablo honey) de long en large.
En nous livrant un set parfois expérimental entrecoupé de titres plus classiques dont les versions subiront quelques retouches, ils contenteront l’ensemble de leur public. Et si on devait mettre un bémol à notre encensement, ce serait sur ce point, cette tendance parfois à l’incohérence des titres (kid A suivi de My iron lung par exemple) les obligeant à un grand écart pas toujours bienvenue. Hormis ce point de détail (au vu de la longueur du set) rien d’autre à redire de peu positif.
Après une entrée en matière qui dessine les contours du concert à venir c’est-à-dire le dernier single There there (meilleur sur scène que sur disque) enchaîné avec 2+2=5 (aussi magistral) suivi d’un superbe Lucky. Le neuf et l’ancien. Le moderne et le classique. Le labyrinthe et sa porte de sortie.
Thom Yorke est un extra-terrestre. Tant par sa voie hors de toute réalité, par ses danses totalement hors du tempo, du rythme, il marque son territoire, se situant à la fois en dehors des chansons et totalement en adéquation avec leurs structures internes aux contours flous.
Radiohead est son vaisseau, capable de l’accompagner en permanence aussi loin qu’il le désire (« Kid A », « Sail to the moon ») ou de se poser en sa compagnie pour un pur moment de pop électrique (« The tourist ») ou de songwriting pur et précieux (« Exit music », « No surprises »).
Attention pas question ici, de déconnecter Radiohead de son leader charismatique car si sans Thom Yorke, Radiohead n’existerait pas, sans Radiohead, Thom Yorke serait un terrien comme les autres. Sans le jeu de guitares des multi-instrumentistes en chef, sans cette section rythmique capable de donner cet aspect décousu, Radiohead ne décollerait pas. L’extraterrestre a besoin de son vaisseau pour prouver son existence et paraître devant nous en maître de cérémonie hors normes.
Pour la troisième fois que je vois Radiohead sur scène (Montpellier pour Pablo Honey, Frejus après OK Computer et Nîmes aujourd’hui), force est de reconnaître qu’ils ne cessent d’avancer et qu’ils possèdent d’inépuisables réserves.
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