China Moses & Raphaël Lemonnier - 26 janvier 2010 - Théâtre Armand - Salon de Provence Les lumières du Théâtre Armand se tamisent. Des bandes sons d'époque sont diffusées. L'époque, ce sont les années 55/63, lorsque Dinah Washington était au sommet de son art. China Moses et Raphaël Lemonnier se sont découvert une passion commune pour The Queen Of The Blues et poursuivent sur scène l'hommage rendu sur l'album This One's For Dinah. .../... La suite
...l'album This One's For Dinah. China avait 6 ans lorsqu'elle a découvert Washington en fouillant dans les disques cachés par sa grand-mère qui trouvait les paroles trop suggestives.
Un début en douceur : Fine Fine Daddy, Mad About The Boy et Is You Or IsYou Ain't My Baby sont agrémentés d'une rythmique (Fabien Marcoz / contrebasse, Jean-Pierre Derouard / batterie) pensée pour mettre en valeur la sensuelle voix de China.
Sensuelle et passionnée : elle se délecte à nous raconter la vie de Dinah (7 maris, 2 fils, 200 enregistrements...) mais aussi quelquesanecdotes (16 manteaux de vison, plein d'amants dont Quincy Jones).
Les transitions pourraient être un poil plus concises : son aparté / truc entre filles sur l'attente du coup de fil après un rendez-vous galant et la métaphore du contrebassiste comparé à unepaire de chaussures m'ont paru interminables. En même temps, je ne peux pas comprendre, je suis un mec. Toujours est-il que ladite paire de chaussures a réalisé juste après cette digression un fort beau solo.
Arrive alors Daniel Huck dont j'ai déjà dit du bien ici. Son saxo alto apporte d'abord une couche de tendresse supplémentaire sur Cry Me A River. China ne voulait pas ajouter son nom a l'impressionnante liste d'interprètes renommées (dont sa mère Dee DeeBridgewater) de cette pièce. Mais l'originalité de l'arrangement de Raphaël Lemonnier a réussi à la convaincre pour notre plus grand plaisir.
La bonhomie du saxophoniste et son naturel facétieux rejaillissent sur le quintet. La complicité entre lesmusiciens, leur joie de jouer ensemble, déjà évidentes dans les premiers titres sont à présent décuplées. China : "Je kiffe les musiciens avec qui je joue !" ; Daniel : "J'ai connu des patrons pires !"
Les anecdotes continuent (paroles du titre hommageDinah's Blues écrites par China Moses dix minutes avant l'enregistrement sur une composition de Raphaël qu'elle avait depuis des mois), probablement romancées pour certaines (Dinah montant par erreur dans un bus psychiatrique), les performances s'enchaînent : variété dans le solo de Jean-Pierre Derouard laisséseul avec sa batterie cinq minutes durant, scat de Daniel Huck acclamé comme il se doit par la salle à tel point qu'il a dû le bisser, performance vocale de China sur le merveilleux Resolution Blues aidée par un verre de whisky ("Il y a des moments où on est obligé de boire" dit-elle).
Je garde pour la finl'exceptionnel Fat Daddy avec son prodigieux swing, les pitreries de Daniel Huck et la danse endiablée de China pendant les brillants soli de saxo et de piano.
Ils nous saluent après What A Difference A Day Makes. "On s'est régalé"disent-ils. Nous aussi. De plus, l'accueil et l'acoustique de ce Théâtre Armand sont parfaits. Dommage que sa programmation ne laisse pas davantage de place au jazz... et que le bar n'ait pas été ouvert.
Evil Gal Blues est joué en rappel. La boucle est bouclée. Il s'agit là du premier single enregistré par DinahWashington alors qu'elle n'avait que 19 ans. Le blues distillé par le quintet s'est emparé de la ville tout entière : une fine pellicule blanche recouvre ses trottoirs...