Rhaah, brothers n'sistas, le beau disque de soul moderne que voilà ! Charlie Ray Wiggins, plus connu sous le nom de Raphael Saadiq, crooner filiforme à grosses lunettes noires, semble y jaillir à l'instant d'un téléviseur des année 50. Et cependant en ancien bassiste de Prince, à .../...

Rhaah, brothers n'sistas, le beau disque de soul moderne que voilà ! Charlie Ray Wiggins, plus connu sous le nom de
Raphael Saadiq, crooner filiforme à grosses lunettes noires, semble y jaillir à l'instant d'un téléviseur des année 50. Et cependant en ancien bassiste de Prince, à 45 ans et quelque et déjà auteur de deux albums de soul rétro, il n'est pas un perdreau de l'année.
Avec ce
Stone Rollin, il a toutefois ouvert assez nettement le champ : il a en effet réussi à y doser parfaitement, dans de la soul/r'n'b old school, des éléments de pop, de rock et de hip hop très actuels. Du coup, à la différence de ses non moins admirables contemporains (
Amy Winehouse, Cee-lo Green), il apparaît plus volontiers armé d'une guitare que d'un simple sourire de crooner - malgré que sa belle voix chaude rappelle celle des plus grands,
Stevie Wonder en tête (il a d'ailleurs déjà chanté avec lui aussi)...
En trois titres, il règle la question des nécessaires titres-qui-bougent.
Heart Attack est ainsi une belle cavalcade d'entrée, et
Radio en est le tube soul-rock instantané, de facture classique mais irrésistible : à moins de souffrir de paralysie, vous devriez y entendre vos genoux, puis vos dents s'entrechoquer dès la 21ème seconde... Autre petite bombe, le survolté dixieland de
Daydreams, qui doit être fabuleux en live, à condition que les choristes, qu'on imagine à l'oreille aussi belles que des
Supremes en goguette, fassent bien partie de la fête...
Mais là n'est même pas l'intérêt principal du disque, puisque chacun sait que la soul est d'abord une musique... sexuelle ! Or si l'on ne trouve plus de slows ici comme sur le précédent
The Way I see It (2008) pour danser serré-serré, il y a toutefois toujours (et c'est sans doute encore
plus chaud), le titre
Stone Rollin, dont la
vidéo est proprement torride : on visualise littéralement la température monter dans la pièce pendant le morceau, au fur et à mesure que la Créature se rapproche du chanteur... les vibrantes
Good Man ou
The Answer semblent également inciter au réchauffement mutuel des corps impatients - comment résister à l'appel d'une telle voix que celle de Mr
Saadiq, non de Zeus, mais ce serait de la torture, non ?
Troisième aspect du disque,
Raphaël Saadiq vit quand même au 21ième siècle, et il ne l'oublie pas :
Over You développe une complainte voix-flute traversière sur un beat totalement... hip-hop, un peu comme sur la déjà classique
Just don't, où sa voix fait encore merveille, plaquée sur de vieux sons de synthétiseurs salaces. Et pourtant les amateurs de soul non trafiquées seront quand même servis, par exemple avec
Movin down the Line, ou avec l'admirable ampleur pop vintage de
Go to Hell - il ne manque sans doute pas un instrument, un ampli ou un micro d'époque pour obtenir un tel son
Tamla/Motown-like...
Bref, un tel emballage, pour une telle musique, ne pourra que vous faire baver et trépigner dans l'attente des
concerts de l'été...
(Columbia/Sony, 2011)