En arrivant dans la grande salle de la Coopérative de Mai copieusement garnie, les spectateurs sont accueillis par la voix spectrale de
Johnny Cash. Une personne (très) bien intentionnée a pris soin de passer
American 4 : The man comes around, le remarquable album sorti un an avant la mort de l’homme en noir. L’écoute de ces morceaux est tout simplement un moment déchirant qu’on souhaiterait prolonger.
La musique de
Johnny Cash s’estompe pour laisser place à la première partie de
Raphaël :
Nicolas Driot - alias
Kandid - et ses musiciens. Les premières démos de
Kandid sont très prometteuses, on voulait donc découvrir le groupe sur scène… Après une longue et captivante introduction réalisée par la violoncelliste,
Kandid se lance dans une rythmique sautillante à la guitare sèche en total contraste avec le violoncelle. Il interprète cette chanson en français avec une voix très convaincante… Le public venu pour faire un triomphe à
Raphaël semble immédiatement conquis ; il tape dans ses mains, applaudit chaleureusement et soutient ce jeune songwriter partagé entre Manchester et Clermont-Ferrand. Les interventions du bassiste et de la violoncelliste étant pleines d’à propos et de sobriété, les morceaux et la voix de
Kandid bénéficient d’un parfait écrin pour s’épanouir… On découvre donc les deux facettes du personnage : la première s'inscrit dans la tradition "chanson française enlevée", la deuxième se situe dans la droite ligne de la pop anglaise mélancolique à la
Radiohead. Aussi à l’aise en français qu’en anglais, capable de créer des ambiances variées,
Kandid ne devrait pas tarder à percer, surtout s’il multiplie les concerts réussis comme celui-ci….
Après quelques nouveaux morceaux de
Johnny Cash,
Raphaël, l’idole des jeunes (au même titre que
Saez,
Lorie,
Kyo,
Alizée ou
Indochine... ) fait son apparition sous les cris stridents des jeunes filles… Curieusement, les quelques personnes qui se racontaient bruyamment leur semaine - sans doute passionnante… - pendant le concert de
Kandid se taisent immédiatement pour écouter la star qui passe à la radio…
Dès les premières syllabes expulsées plaintivement de la cage thoracique du jeune homme androgyne, on pense à l’exécrable
Damien Saez, en (très) légèrement mieux… Car
Raphaël est moins maniéré et possède un contact plus sympathique avec le public, ce qui n’est pas très difficile... Par contre, l’ami de
Jean-Louis Aubert commet d’entrée la faute en déclarant :
« C’est la première fois qu’on vient ici, on est super contents, on n’a jamais eu des loges grandes comme celles-là. » Le compositeur de
Sur la route a la mémoire courte, il s’était en effet déjà produit ici-même avant
Frank Black en mars 2001, une performance à oublier très vite il est vrai...
Si
Raphaël est en progrès par rapport à son premier album, on ne peut pas dire que son nouvel effort (
La réalité) restera comme une des meilleures choses entendues cette année, ce concert non plus d’ailleurs… Tout ceci est un petit peu trop consensuel, gentillet et propre à déclencher les fantasmes adolescents.
Raphaël raconte ses expériences de jeunesse soi-disant tourmentée dans ses chansons, c’est sans doute ce qui touche ses jeunes fans, pas plus dérangés que ça par le côté dramatiquement premier degré de ses souvenirs. Mais contrairement à l’auteur de
Jeune et con,
Raphaël sait s'y prendre intelligemment, il présente avec aplomb ses morceaux et inclut à son set quelques reprises bien senties pour se donner une crédibilité rock. C’est ainsi que
Speed of life, un instrumental extrait de l’album
Low de
David Bowie, et
New-York telephone conversation, tout droit sorti du
Transformer de
Lou Reed, sont interprétés, dans une quasi-indifférence toutefois. Les gens sont principalement là pour entendre
Sur la route na na na gnan gnan. Leurs vœux sont exaucés en rappel, le concert se terminant par une reprise de
La teigne de
Renaud, une nouvelle tentative de
Raphaël pour nous dire à quel point il était rebelle dans sa jeunesse, il y a bien longtemps...
Site Internet de
Kandid :
www.kandid-music.com