Devendra Banhart Band
Pour la soirée d’ouverture de la partie dédiée aux musiques actuelles du festival de Sédières, il ne fallait pas arriver en retard : la tête d’affiche,
Devendra Banhart, étant programmée en tout début de soirée. Le brillant (et prolifique) songwriter américain n’a eu aucun problème à convaincre le public - un peu clairsemé malheureusement - de ses multiples talents (écriture de morceaux superbes, chant habité, jeu de guitare rustique à souhait). Entouré par un bon groupe de baba cools (deux guitares, batterie, basse, orgue), Devendra Banhart chante avec ce trémolo si particulier qui est sa signature. Notre homme semble ravi d’être sur scène dans ce qui ressemble pour lui à une église, il s’autorise même un verre de vin rouge et parle entre les morceaux pour mettre un peu de « liant ». Grand seigneur, il laisse même ses deux guitaristes au look hippie/bohème pousser la chansonnette. Pour un peu, on se croirait en Inde (ou en Californie) en 1970 dans une communauté de routards assis autour d'un feu pour écouter
George Harrison chanter… Au cours du set du Devendra Banhart Band, les ambiances varient agréablement : les morceaux sonnent folk/rock, rhythm and blues, soul ou country/pop. Grâce à son charisme incroyable, Mr Banhart tient parfaitement son public en haleine. Celui-ci semble fasciné par sa présence, étrange et androgyne. Si certaines fans regrettent la barbe qui couvrait son visage il y a peu, ce nouveau look lui donne un visage encore plus ambigu : un mélange fascinant entre
Ian Astbury (ex
The Cult et maintenant remplaçant de feu
Jim Morrisson chez les
Doors),
Charles Manson (un songwriter prometteur ayant dérapé dans le crime) et une femme andalouse ou indienne… Comme la voix évolue entre un timbre masculin et des tonalités féminines, on a souvent l’impression d’avoir plusieurs personnes en face de soi. Le concert se poursuit sans anicroches avec quelques reprises bien senties : une de Lauryn Hill des Fugees (et de Charles Manson de The Charles Mansons dixit Devandra) et une cover d’un excellent titre de
Canned Heat. Le morceau joué en rappel par le leader du Band est tout simplement renversant ; quelques arpèges de guitare et cette voix si troublante suffisent à donner des frissons pour un bon moment…
Mugison
Mugison : voilà un Islandais extrêmement (c’est le cas de le dire) original ! Commencé par un concours de larsens, poursuivi par une série de comptines électro folk rock bien trash et traversé par des morceaux folk ‘n pop très beaux, son concert fut une ébouriffante expérience sonore. Ce jeune homme un peu enrobé ayant un sévère péte au casque, a prouvé en une heure chrono qu’il était parfaitement possible de cacher dans la même enveloppe corporelle un
Thom Yorke débarrassé de se ses tics (la voix de
Mugison évoque celle du chanteur de
Radiohead sur les titres les plus calmes), un
Tom Waits branché sur le 220 volts (quand il hurle comme un damné avec une voix d’outre tombe) et une sorte d’
Elvis des fjords ayant une furieuse envie de ne pas de mourir (quand il roucoule une chanson d’amour avec sa fiancée). Si vous ajoutez à cela un jeu de guitare très particulier - entre sonorités folk, gros son rock et basse -, des samples et parties de boîte à rythme surprenants et une quantité non négligeable de grossièretés ou non sens gueulés dans le micro (il fait hurler « Putain de merde » au public pour le sampler et le repasser en boucle, classe !), vous obtenez un concert très original, parfois un peu déroutant mais sans aucun doute marquant… La preuve : quand, après le concert,
Mugison passe au milieu du public pour vendre ses disques, ils sont nombreux à craquer pour ses albums (les deux pour la modique somme de 20 euros).
Bang Gang
Peu après, c’est au tour d’un autre groupe en provenance du pays des geysers de fouler les planches de salle de spectacle du Château de Sédières :
Bang Gang, le projet tout droit sorti du cerveau perpétuellement en ébullition de
Bardi Johannsson. Celui-ci arrive à la fin du premier morceau, l’excellentissime
Inside, pour bien montrer à l’assistance que le lider maximo, c’est lui. Sa présence, mi inquiétante (cette tête de psychopathe premier de la classe devenu misanthrope après avoir subi des brimades de la part de ses petits camarades), mi drolatique (ces discours gratinés en français :
« On va foutre la merde à Sédières ! » ;
« Vous buvez beaucoup, demain vous aurez mal au cœur et vous vomirez dans la fosse septique ou les égouts… » ;
« Je suis Johnny Hallyday, et là, c’est Jane Birkin. ») se révèle proche de celle d’un fantomatique
Brian Wilson , véritable chef d’orchestre mais musicien intermittent : au début, l’homme n’assure que de très discrets choeurs et joue peu de guitare… Les morceaux trip hop (on pense souvent à
Massive Attack) sont portés par la voix évanescente de la chanteuse du groupe et par les jolies envolées planantes du combo islandais. Tout ceci est relevé de temps à autres par des guitares furieuses venant durcir le popos. Malgré cela, après l’interprétation parfaite du slow gorgé de cordes
Follow (qui évoque fortement le titre
The power of love de…
Frankie Goes To Hollywood) et une version superbement lancinante de
Stop in the name of love des
Supremes - toutes deux présentes sur l'excellent album
Something wrong -, on sent la monotonie s’installer, à cause du chant monocorde de la vocaliste et du son souvent trop propre. C’est le moment que choisit
Bardi Johannsson pour habiter ses morceaux avec son chant d’ange déchu (aux ailes dangereusement froissées) et des influences plus folk (
Forward and reverse) ou rock (
Find what you get). Pour prolonger ces moments en apesanteur, on aurait aimé que
Keren Ann viennent reformer
Lady & Bird avec son acolyte ou simplement chanter en duo le magistral
Forward and reverse… Mais malgré cette absence (prévisible), la prestation de
Bang Gang en Corrèze a permis de voler intérieurement au dessus des forêts et lacs de ce superbe département, grâce aux œuvres de Mr. Johannsson...
Raul Paz
Pour clôturer cette soirée éclectique intitulée « entre la glace et le feu », le Cubain
Raul Paz avait pour mission de faire danser tout le monde, ce qui fut le cas des aficionados de ce musicien ayant une forte envie de percer en France. Pour les autres - non amateurs des rythmes chauds de la salsa -, le caractère très pro de l’interprétation et les textes trop cliché (« revolucion, marijuana » etc etc) étaient une excellente occasion de garder des forces pour la soirée, copieuse, prévue le
lendemain…
A lire également : les chroniques sur les autres concerts de l'édition
2005 du festival de Sédières, ainsi que celles des années
2002 et
2004.
Sites Internet :
www.sedieres.fr,
www.xlrecordings.com/devendrabanhart,
www.banggang.net,
www.mugison.com,
www.naive.fr.