Que ce soit avec Kat Onoma, en solo produit par Doctor L, avec Cadiot ou Bashung, Burger parcoure des territoires musicaux peu explorés dans un univers rock tout autant hypnotique qu'expérimental.
Rodolphe Burger / Marcel Kanche - 25 Avril 2008 - Cargo de Nuit - Arles Les musiciens de moyenne montagne
Soirée très attendue que ce vendredi 25 Avril 2008, et ce, à double titre. Déjà, j'allais découvrir sur scène un artiste plus tout jeune mais découvert très .../...
Soirée très attendue que ce vendredi 25 Avril 2008, et ce, à double titre. Déjà, j'allais découvrir sur scène un artiste plus tout jeune mais découvert très récemment… Enfin en ce qui me concerne, puisque je ne connais Marcel Kanche que depuis son avant-dernier album : "Vertiges des Lenteurs". Ensuite, j'allais revoir pour la énième fois Rodolphe Burger, le géant des Vosges, près de quinze ans après mon premier concert de Katonoma. Et pour couronner le tout, ces deux-là côtoient et collaborent à l'occasion avec les acteurs des meilleurs albums français de ces dernières années comme, entre autres, Alain Bashung !
Va Chevalier
Marcel Kanche, un jeune auteur compositeur inconnu ? Que nenni ! MONSIEUR Marcel Kanche habite la scène musicale depuis presque 30 ans. Et si je dis "Monsieur", c'est qu'au travers de groupes punks sophistiqués et expérimentaux (comme "Un Département"), il jouera avec Fred Frith, les Rita Mitsouko, ou encore Père Ubu… La légende raconte même qu'alors que lui et son groupe en assuraient la première partie, il vola la vedette, dans un club de New-York, à (excusez du peu) Alan Vega ! Et puis Marcel Kanche n'est pas totalement inconnu, puisque c'est lui qui a écrit le tubesque "Qui de nous deux" pour -M-.
De son magnifique et habité "Vertiges des lenteurs" sorti en 2005, et dans lequel on retrouve ses influences, ou les intonations de sa meute (Bashung, Gérard Manset, mais aussi Fred Frith ou Vega) on entendra aucun titre ce vendredi soir au Cargo de Nuit. Dommage : j'aurais souhaité ouïr "Petit grimpeur" ou "à l'orée de toi" en voyant le loup du Loir-et-Cher en chair et en os. La courte set-list de la soirée (première partie oblige) sera composée principalement de titres issus de son dernier album "Dog songe", plus sombre encore que le précédent, plus "intimiste".
Le résultat est un moment magnifique, qui prendra aux tripes les plus attentifs, donnera des frissons à l'homme endormi, et fera germer les larmes aux coins des yeux d'une jeune fille à côté de moi. Messe païenne, où les prières sont de splendides poèmes noirs, où les transitions sont des moments de sourires paternels ou amoureux du vieux loup à l'égard de ses musiciens (comme pour relâcher la tension qui plane pendant les chansons). Messe pendant laquelle ses paroles sont bues dans un "Vase d'or". Receuillement pendant lequel cet "ange déchu" nous porte sur ses "épaules nues" (sur "Y seras tu ?").
Marcel Kanche n'est pas un auteur facile. Il n'a jamais cherché à l'être, n'a jamais cherché le succès. Mais les méandres de sa route artistique l'ont sans doute menées là où il voulait : le loup solitaire est encore là après 30 ans de carrière intransigeante à la recherche d'une qualité qui s'entend tant dans la musique que dans ses splendides textes.
Ses concerts sont aussi habités que ses disques, et cette trop courte première partie ne donne qu'une envie : le revoir sur la longueur.
A noter que Kanche est accompagé par une famille de musiciens impeccables (Julien & Laurent lefèvre aux violon et violoncelle, Jef Morin à la guitares et Isabelle Lemaitre. K au chœur), et attentifs aux moindres mouvement de ses sourcils.
Un Nid ? Pour quoi faire ?
Seconde partie, seconde expectative. La dernière fois que j'ai vu Rodolphe Burger, c'était pour un concert à Cavaillon (le 13 Mai 2005), concert qu'il avait donné suite à une résidence (avec Johan Guillon de Ez3keil, Lionel Pierres, Dgiz et son comparse Olivier Cadiot). Concert mélangeant savamment musique électronique, slam, et rock, concert durant lequel avait été interprété pour la première fois le remarquable "Un Nid ?" (qui a été composé pendant la résidence à Cavaillon), dernier titre du dernier album de Burger : "No Sport".
Burger est sans aucun doute aussi intransigeant que Kanche, menant sa barque rock sans concession depuis les débuts de sa Dernière Bande : Katonoma et leur premier album "Cupid" en 1988. Elu "plus grand groupe de rock du monde" par la presse française lors de la sortie de "Stock Phrases" en 90, Katonoma et Burger souffriront (?) d'une étiquette "intello" qui ne leur permettra pas d'atteindre les sommets annoncés. Mais Katonoma reste effectivement (jusqu'en 2004, année de la séparation) un des plus grands groupes de rock du monde, ce qui leur assure un public fidèle depuis les débuts.
Le travail de Burger (et des autres ex-membres du groupe) en solo (il faut écouter aussi les splendides opus de "l'amiral" Philippe Poirier) ne fait que renforcer cette affirmation péremptoire. À la manière d'un Raymond Depardon et de ses Profils paysans, Burger explore depuis des années la musique française, concevant des albums ethnologiques (samplant, par exemple des voix de "gens du cru") avec son compagnon de route, l'écrivain Olivier Cadiot : "Welche, On n'est pas des indiens, c'est dommage" dans une vallée des Vosges, "Hotel Robinson" sur l'île de Batz, ou "Before Bach" en compagnie d'Erik Marchand. Mais Burger est aussi l'auteur de trois albums solo "Cheval Mouvement", "Meteor Show" et le récent "No Sport" aussi différents que captivants, mêlant des influences originelles (le Velvet Underground) à ses rencontres électroniques (Doctor L.), inventant une musique originale, quintessence de la musique pop-rock-blues, accompagnée de textes originaux de haute volée, ou extérieurs et triés sur le volet.
En plus de ces qualités créatives indéniables, Rodolphe Burger est sur scène tout ce qu'on peut attendre d'un interprète de son acabit, et même plus. Car outre sa voix et sa présence (des yeux perçants de la couleur de la ligne bleue des Vosges et un physique de dernier ours de la même chaîne de "moyenne montagne"), il accompagne ses textes et ses compositions avec un jeu de guitare que l'on peut qualifier de GUITAR HEROesque.
Si on a déjà eu une guitare dans les mains, quand on a déjà essayé de faire trois accords, ou tenté un arpège, voir Rodolphe Burger jouer provoque un sentiment d'incompréhension total. Il fait partie de ces guitaristes qui donnent l'impression d'être plusieurs sur scène. Le tout avec une apparente économie de moyens, une efficacité terrible, et une aisance qui peut faire penser que les différentes guitares qu'il utilise (j'en ai compté six) sont des excroissances de ses bras.
Burger commence son set assis (comme à l'habitude pour cette tournée 2008), enchaînant cinq des six premiers titres de son dernier album. Assis, certes… Mais plein d'énergie tout de même, emplissant à la seconde où il commence, la salle du Cargo de Nuit du son si particulier dont il enrobe ses guitares. "Avance, avance, oui, un peu par là, tourne toi[…] ne bouge plus, voilà… voilà, c'est toi" sont les premiers mots qu'il chante. Et effectivement, on ne bouge plus, absorbé que nous sommes par sa voix, sa guitare, la batterie d'Alberto Malo et la basse de Julien Perraudeau.
Suivent les superbes "Elle est pas belle ma chérie ?", "Rattlesnake" et "Vicky". Extrait :
L'amusante "Je tourne", est suivie par les duos avec Rachi Taha ("Arabecedaire") et James Blood Ulmer ("Marie") dont les présences sont assurées grâce à l'inséparable sampler de Burger.
"Marie" est une adaptation (pour les paroles en français) de "Take a message to Mary", chantée en son temps par Bob Dylan, et reprise par Katonoma sur leur premier album. Sur celle-ci, c'est le quatrième changement de guitare… enfin guitare, c'est un bien grand mot quand on voit l'objet : une basse électroacoustique au corps de violon transformée en guitare-cithare à trois cordes. Le côté bricolé de l'instrument n'a cependant pour égal que la maestria avec laquelle Burger joue (une fois de plus), sortant de cette "chose" un son qui vient du fin fond de la Louisiane, paré de la touche Burger.
Burger est debout pour prendre sa guitare mythique (une forme de Telecaster, mais une lutherie entièrement métallique) et chanter "Un nid?", sur laquelle on ne peut plus s'empêcher de bouger, en tout cas moi (le rythme est entêtant). Il restera debout jusqu'à la fin du concert qui s'achèvera par "Ensemble", potentiel tube de gauche : "ensemble non, ensemble tout, n'est pas possible. Ensemble oui, mais sans toi, si possible".
Trois chansons pour les rappels : "Billy The Kid" (chanson éponyme du troisième album de Katonoma) , "Moonshiner" (reprise de Dylan, également, présente sur son avant-dernier album, "Meteor Show"), puis "Ethics of love" (il me semble) pour conclure…
Voir Rodolphe Burger sur scène pour la dixième fois est toujours un plaisir, tant ses performances sur scène sont différentes et de qualité. Le voir pour la première fois doit être carrément impressionnant. Il a encore quelques date de programmées cette année, donc celle du 12 Juin à L'Alhambra de Paris… Courrez-y ! Réagir à cette critique
>> Réponse (le 28/04/2008 par Francis) Très belle critique de l'ami Phil.
Un bémol, toutefois, à ce concert: le prix plus que prohibitif de ce concert. 23 .../...La suite
Rodolphe Burger + Usthiax - 28 Mars 2008 - Theatre Denis - Hyeres VAR La soirée, au THEATRE DENIS de Hyères (83),presque plein, aurait pu être cosy et intimiste dans ces fauteuils rouges de cette petite salle théâtrale, c'était mal connaître le pouvoir des guitares .../...
La soirée, au THEATRE DENIS de Hyères (83),presque plein, aurait pu être cosy et intimiste dans ces fauteuils rouges de cette petite salle théâtrale, c'était mal connaître le pouvoir des guitares ...
En première partie, Marcel KANCHE était attendu et c'est USTHIAX qui le remplace au pied levé.Le jeune homme seul avec sa guitare chante 6 ou 7 titres, sans trac apparent, à l'aise devant le public, déjà très pro. Les textes sont précis, poétiques et plus humoristiques que sombres et torturés, la voix entre Manset et Cabrel (sans l'accent), cela s'écoute bien volontiers et c'est une très bonne surprise! Le public apprécie , et lui aussi!
Après une bière au bar et ou) une cigarette (dehors, cette question!) le concert reprend.
Les musiciens s'installent. Alberto MALO,(batteur de Tété, Erik Truffaz ...) chemise entre-ouverte sous gilet de batteur (pourquoi les batteurs aiment ils tant les petits gilets?) prend place. Julien PERRAUDEAU,(membre du groupe Diving with Andy) costard cravate très classe, se pose devant son clavier, il alternera avec une basse, durant le concert.
Le colosse Rodolphe BURGER surgit tel un viking-roots,cheveux un peu longs, tee shirt manches longues, jean "used" argenté .
Un siège l'attend,il attrape sa première guitare (son roady aura du boulot tout le long de la soirée, le bougre adore en changer à chaque titre) et enchainer plusieurs titres, assis, en faisant danser sa jambe gauche (est ce un signe?), le corps en dit autant que ses textes, sublimes; sa voix émeut par sa tonalité grave, le phrasé plus récitant que chanté ajoute à son pouvoir lancinant!
Un peu crispé et traqueur au début, "son" public (quelques jeunes cependant...) le met tout de suite à l'aise, et le charme opère très vite.
Les titres s'enchaînent, "Avance" clavier + batterie, "Elle est pas belle ma chérie?" basse + batterie, "Rattlesnake" , "my toyota est fantastique" (titre approximatif), "vicky" clavier +batterie, "Arabécédaire" avec la voix de Rachid Taha, et une mention spéciale pour "Marie" avec la voix de James Blood Ulmeret et surtout une guitare-cithare bricolé à 3 cordes , ambiance très blues malien. La salle est conquise et l'ambiance électrique.
Au milieu du concert, Monsieur BURGER déploie tout son corps, se dresse sur ses jambes prêt à bondir, le niveau monte d'un cran, "Le nid ?", puis "This lane" (titre encore plus approximatif), "Ensemble" très applaudit et apothéose rockissime sur "I love you Billy the kid" (approximatif) avec USTHIAX revenu faire le boeuf!
Rideau!
Premier rappel, USTHIAX est encore là, deux filles visiblement invitées, montent sur scène pour faire les choristes sur "Elle est pas belle ma chérie" et enchaînent sur "Old Man".
Re- rideau! La salle est debout , en redemande, et les musiciens ne se font pas trop prier.
Second rappel, le dernier morceau (je n'ai pas le nom ) dure au moins 12mn, long , rock à souhait.... qu'est ce que c'est bon!!!
Qui a dit "has been"? Un MONSIEUR qui tient la route, ça OUI! Réagir à cette critique
Rodolphe Burger … un nom que j’ai beaucoup entendu mais que je ne connaissais pas, même si je dois avoir son premier album solo quelque part. Je sais que c’est l’ancien chanteur de Kat Onoma mais ça ne m’aide pas plus car eux non plus je ne les connaissais pas (et ce n’est pas le disque que j’ai d’eux mi live / mi interview je crois qui m’a donné envie de creuser la chose).
Et ce soir si il n’avait pas été accompagné de Usthiax je n’aurais sûrement pas fait le déplacement. Usthiax un des quelques « beaux gosses » soutenus par le Moulin, dont le premier album me plait beaucoup (même si je n’ai toujours pas réussi à la chroniquer) et que je rate régulièrement … ce soir ne fera malheureusement pas exception.
Lorsque j’arriverai du Moulin après m’être régalé du set de Cap’tain Carnasse et sa Momie et moins du début de celui des Wriggles, non seulement usthiax a fini mais même Karpienia amorce la fin de sont set. Je les ai déjà vu quelques fois (dont au début quand ils s’appelait trio Carpienia), mais c’est la première que je les vois avec le nouveau percussionniste Thomas Bourgeois qui vient donc compléter le duo composé de Samuel Karpienia et de Daniel Gaglione tous deux à la mandole et au chant.
J’ai cru déceler une certaine tension pendant le concert entre les deux d’ailleurs qui a exploser à la fin d’un long instrumental bien rock de façon positive puisque les deux se sont jetés l’un sur l’autre ! Musicalement c’est toujours aussi passionnel. Soit on rentre dedans, soit pas du tout (désolé pour cette lapalissade). Personnellement je rentre plus facilement lors de leurs instrumentaux endiablés, où ils s’excitent vraiment sur leurs mandoles. Ils quitteront la scène quelques morceaux après que je sois arrivé.
Puis on attendra un bon moment que les ingénieurs de Rodlphe Burger installent tout le matériel et se débarrasse d’un espèce de larsen tenace … et il fera son entrée en scène, accompagné de deux musiciens. Un batteur et un clavier/basse/guitare selon les morceaux. Je dois avouer que quand j’ai vu cet immense gaillard (qui morphologiquement a un petit côté de Bertrand Cantat) avec ses yeux bleus, son pantalon gris métallisé, et son côté un peu dans la lune ça m’a intrigué.
Je mettrai cependant un moment a rentrer dans son univers. Il fera tout le début du concert assis sur son tabouret, à osciller, se pencher à droite à gauche, se retourner, remuer les jambes lentement … genre pas tranquille (ou pas bien assis). Les morceaux sont longs, prennent leur temps pour avancer, les paroles sont minimalistement poétiques … surréalistes …
“ma Toyota est fantastique, elle roule, elle chante, elle … ” répété en boucle, ou encore « Billy the Kid … I love you » a moitié chanté et samplé … les paroles ne semblent être qu’un prétexte pour poser un peu plus explicitement une ambiance mi torturée mi flottante …Je me rends bien compte que je ce j’écris là n’a pas beaucoup de sens, mais c’est à l’image de ce que j’ia vu / ressenti.
Assis pendant tout le début du concert il se servira pas mal de ses pédales et des guitares qu’on lui amènera ainsi que d’une machine posée sur la table à côté de lui permettant de lancer tout un tas de samples vocaux, qui utilisera avec ou à la place de sa voix. La façon dont il jonglera avec (entre sa guitare et la machine), demandant une précision et une rapidité qui contraste avec l’apparente nonchalance / lenteur de ses mouvements montrera une très grande maîtrise.
Si pendant tout le début je serai un peu perplexe, comme on peut l’être devant une peinture d’art contemporain … me demandant si je ne devrais pas rentrer chez moi pour me coucher, je en regretterai pas d’être resté car au bout d’un moment (en gros à partir du moment où il s’est mis debout) ça a vraiment commencé à me plaire.
Sourire en coin entre les morceaux, quelques échanges avec le public pour notamment rappeler qu’on lui avait rappelé qu’il avait inauguré le Cabaret Aléatoire il y a quelques années (mais qu’il avait oublié). Quelques mots sur Sam aussi …
Je profiterai du début du (premier) rappel pour m’éclipser, complètement emballé et conquis par ce chanteur dont j’aurais certainement eu beaucoup plus de mal à apprécier la musique si je m’étais arrêté à sa simple discographie, que je me sens prête maintenant à redécouvrir. En tout cas une fois de plus je suis bien content de m’être un peu forcé et d’avoir dépassé ma première impression …
Rodolphe Burger + Marcel Kanche - 5 mars 2008 - La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand Soirée classieuse à la Coopé avec Marcel Kanche et Rodolphe Burger, deux artistes français aux univers singuliers : jamais très loin de Serge Gainsbourg mais toujours à mille lieux des sentiers .../...
Soirée classieuse à la Coopé avec Marcel Kanche et Rodolphe Burger, deux artistes français aux univers singuliers : jamais très loin de Serge Gainsbourg mais toujours à mille lieux des sentiers battus...
Marcel Kanche :
Le spectacle commence avec une heure de concert de Marcel Kanche et de ses excellents musiciens (chœurs, violon, violoncelle, guitare électrique... ). La noirceur du premier morceau – interprété au piano par Monsieur Kanche – a de quoi donner le tournis... L'auditeur hésite un instant à plonger dans l'océan de noirceur que les musiciens et leur leader créent de toutes pièces avec talent, avant de se laisser aller corps et âme dans cette musique étrangement rock, violemment sombre et ces textes sacrément bien écrits. La voix grave (qui évoque parfois Alain Bashung), les textes ultra désespérés et les arrangements minimalistes et originaux (entre rock et chanson habitée par des chœurs féminins envoutants) tranchent avec la chanson française d'aujourd'hui : c'est véritablement enivrant de se laisser submerger par les morceaux pleins d'aspérités et de vécu de Marcel Kanche. Et même si le chanteur fait mine de se pendre avec sa corde de guitare cassée, ça ne donne pas du tout envie d'en finir avec la vie. Au contraire ! C'est le désir de connaitre un peu mieux le monde poétique de cet auteur unique et intransigeant qui prévaut à la fin de ce concert très marquant.
Rodolphe Burger :
Quand Rodolphe Burger apparaît avec ses deux précieux musiciens (basse/machines et batterie), la soirée prend tout à coup une direction world/blues/rock. Armé de ses guitares délivrant des sons blues, noise ou planants, et de son micro, l'ex Kat Onoma démontre en un clin d'œil l'étendue de ses talents de guitariste et de chanteur. Les textes parlés - aussi corrosifs et philosophiques - évoquent d'une voix Gainsbourienne des sujets poétiquement ancrés dans le réel. Le road movie musical que propose Rodolphe Burger permet au public d'embarquer à destination d'un univers entre blues aride à la Ali Farka Touré, rock planant à la Kat Onoma et électro world stupéfiant... Au fil des morceaux, l'effet se révèle saisissant : impossible de décrocher une seule seconde, tant l'intensité des titres (majoritairement extraits du troublant album No Sport) ne se dément pas. Jusqu'à la fin du concert, avec en point d'orgue des rappels très réussis, le public reste délicieusement bloqué dans les atmosphères cultivées par un artiste en pleine possession de ses moyens de storyteller/chaman musical. C'est avec des étoiles plein les yeux, des rêves éveillés plein la tête et le sentiment prégnant d'avoir voyagé autour du globe que Rodolphe Burger laisse son public, aux anges.
Première journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes
Les Trans Musicales fêtaient cette année leur 26ème édition, et honte à nous, nous n’y étions encore jamais allés. Fort heureusement, cette énorme lacune allait être réparée cette année avec trois jours de concerts idylliques passés dans la belle ville de Rennes. Il y aura toujours des nostalgiques de la formule précédente - que nous n’avons pas connue donc -, qui avait lieu en centre ville sur plusieurs sites disséminés dans la cité. Il est vrai qu’il n’est pas très glamour de prendre une navette pour aller sur le site du Parc des Expositions de Rennes - situé hors de la ville près de l’aéroport -, mais une fois sur place, les éventuelles réticences s’évanouissent rapidement. Certes l’endroit est immense et un peu impersonnel mais l’accueil du festival est convivial (beaucoup moins fliqué qu’aux Eurockéennes) et le sens de la fête des Bretons fait plaisir à voir… Les trois gigantesques halls couverts (et chauffés) ont été décorés avec inventivité et goût, une attention particulière a été portée sur les éclairages (absolument superbes), ce qui donne à l'ensemble un aspect plus humain… Tout cela permet au fan de musique curieux et non sectaire de s’approcher du bonheur total. Même s’il n’y a « que » 6000 personnes le premier jour pour une programmation entièrement tournée vers la découverte, on se croirait presque à Benicassim ou à Belfort, en constatant l’incroyable diversité musicale proposée sur un lieu unique… Seul le froid qui s’abat sur le public lors des trajets (très courts) entre les trois halls rappelle que nous sommes en décembre et pas en été.
Kaizers Orchestra
La soirée commence pour nous au hall 9 où une fanfare hors du commun prend d’assaut l’immense scène devant une assistance réduite, mais très enthousiaste et avide de nouveauté. La salle - qui sera envahie le lendemain par plus de 10 000 fans des Beastie Boys - sonne un peu creux mais le son n’est pas aussi ignoble qu’on aurait pu le croire, il est même correct. Chaque membre du Kaizers Orchestra s’emploie à en faire le plus possible pour créer une ambiance de fête, et ça marche : le public répond présent. La musique de cette bande d’hurluberlus norvégiens voit se télescoper frontalement un rock dissonant et bruitiste avec des emprunts réjouissants aux fanfares tziganes ultra festives (même si elles se produisent lors d’un enterrement). Avec une contrebasse, des guitares, des bidons industriels, des claviers joués par un musicien en masque à gaz et des rythmes originaux, ce groupe réussit à faire voyager dans un paysage à la fois industriel, dansant et expérimental : un exploit ! Grâce à un enthousiasme très communicatif et à une belle série de morceaux à la fois remuants, drôles et dérangeants, le Kaizers Orchestra a fait très forte impression.
Power Solo
Comme le groupe de rock danois, Power Solo, capable de provoquer des danses de Saint-Gui en début de soirée dans un Hall 5 peu rempli avec son psycho punk rock servi très chaud… La formule est simple mais ultra efficace : deux guitaristes (jumeaux semble-t-il) au physique à la fois inquiétant et surprenant délivrent moult riffs de garage/surf/blues/punk rouillés et distordus, le tout mis en rythme violemment par un batteur pas maladroit. Les morceaux donnent envie de bouger à la manière d’un décérébré, un peu comme ceux des inimitables (et increvables) Cramps. L’attitude - un peu hallucinée - des deux guitaristes et leurs morceaux qui mélangent habilement les différentes musiques rock underground des sixties ont donné une seule envie : les revoir très rapidement…
Trachenburg Family Slideshow Players
Il faudra également revoir (mais dans une salle plus intimiste) l’incroyable Trachenburg Family Slideshow Players qui en a sans doute surpris plus d’un dans le Hall 5. Dans la famille Trachenburg, le Papa joue de la guitare, chante comme il peu et raconte sa vie entre les morceaux, la Maman fait quelques chœurs et passe des diapos d’entreprise des seventies tandis que la petite fille de onze ans essaye de jouer de la batterie en rythme en déclamant quelques mots avec sa voix délicieusement naïve… Les morceaux se ressemblent tous, ils ont un côté folk pop assez commun, mais la manière (très improbable) avec laquelle ils sont interprétés (voire massacrés en règle) les rend originaux et marquants. Ils sont en effet très courts, totalement sans queue ni tête : un joyeux « n’importe quoi » les traverse immanquablement. Les textes pro végétarien reprennent quant à eux les slogans (aussi hilarants que sinistrement décalés) figurant sur les diapositives… On n’avait déjà pas très envie de s’empiffrer de hamburgers manufacturés mais là, c’est décidé : notre avenir proche se situe dans une communauté où l’on vit de salade, de steaks végétariens bio, d’amour et d’eau fraîche, avec les courtes chansons de Trachenburg Family Slideshow Players en bande son…
The Infadels
Sur la grande scène du Hall 9 superbement éclairée, The Infadels a offert une prestation gorgée d’énergie mais manquant quand même un peu d’âme… Certes l’électro rock groove proposé par les Anglais est dansant et bien exécuté mais le côté mécanique ultra huilé du show fait un peu retomber le soufflet. Si l’on se trémousse immanquablement sur la musique de The Infadels, on ne ressent pas le souffle de l’inédit et de la prise de risque scénique. On voit très clairement que The Infadels se rêvent superstars mondiales avant l’heure ; le chanteur se comporte d’ailleurs comme tel : un roadie lui apporte et lui reprend sa guitare presque à chaque morceau… alors qu’elle est posée deux mètres derrière lui ! La voix très soul est aussi pour beaucoup dans la relative déception, son côté formaté F.M. commerciale est quand même légèrement décevant dans un lieu comme les Trans Musicales de Rennes…
Hush Puppies
Les Hush Puppies commencent à se faire un petit nom dans le milieu du rock made in France, si l’on en juge par leur prestation sur la scène du Hall 4, c’est entièrement mérité… Ces gars là ont la classe, jusque dans leur manière de s’habiller (ils savent que ça fait craquer les filles !) ; ils n’auront de cesse de prouver leur amour immodéré pour la glorieuse période des Mods anglais… Comme les mélodies sont sauvagement relevées par des guitares abrasives et un orgue Hammond chaleureux, les Hush Puppies sonnent finalement assez actuels dans leur « passéisme ». Leur musique produit un effet percutant et frais assez réjouissant et ce n’est pas un morceau en français au texte macho assez dispensable qui nous fera changer d’avis ! Ce concert débordant d’une énergie assez sexuelle (pour ceux à qui le rock donne des envies lubriques) se termine d’ailleurs par une imitation - criante de vérité - d’un orgasme féminin par le batteur. C’est bien ce qu’on pensait : les prestations scéniques des Hush Puppies sont jouissives…
Carbon Silicon
Le remplacement de Marilyn Manson par le projet de l’ex ClashMick Jones pouvait être une bonne idée, en tous cas, il témoignait d’une volonté de découverte assez réconfortante. Las, malgré la joie de voir l’icône rock Mick Jones sur scène et quelques bonnes intros, il faut reconnaître que Carbon Silicon est un groupe très dispensable… L’ex guitariste/chanteur des Clash chante assez mal, (on le savait déjà, et ça ne nous dérangeait aucunement), il se charge d’exécuter de bons riffs punk (c’est normal et réjouissant) mais, et c’est là que le bât blesse, dès la moitié des morceaux, il se lance dans des solos bavards et tombant à plat... Le batteur, qui ressemble à Michel Polnareff vieux (le pauvre… ) joue sur une ignoble batterie synthétique sonnant comme une casserole, ce qui n’arrange rien… Certes cette bande de préretraités semble prendre son pied sur scène, mais le public, lui, fait la grimace puis décide d’aller voir ailleurs ce qu’il se passe.. et on ne peut pas lui donner tort !
Gomm
Le groupe lillois Gomm a par contre pleinement convaincu avec un set en forme de boulet de canon. Une chanteuse/organiste aussi blonde que douée pour un chant éthéré à la Kim Gordon, un incroyable batteur/chanteur, une guitare férue de dissonances en tous genres (à la Sonic Youth), des lignes de basse que l’on ne peut s’empêcher de suivre : Gomm produit une musique aux confins du rock bruitiste, du punk, du trip hop bizarroïde et du rock planant lysergique… A notre grande surprise, ce grand fourre tout insensé se révèle d’une imparable cohérence, la brûlante prestation du combo (visiblement ravi de jouer aux Trans) nous a fait un effet trippant très addictif : pour éviter le manque, il va falloir rapidement trouver une autre dose de cette musique.
The Rakes
Cette soirée, décidément très réussie, se poursuit avec un concert irrésistible d’une bande de gamins anglais ayant choisi de s’appeler The Rakes… On remarque immédiatement que le batteur, impeccablement martial sur ses fûts, est un sosie du chanteur de Franz Ferdinand (coupe de cheveux et accoutrement), mais aussi que les danses quasi épileptiques et la voix grave du chanteur évoquent l’inoubliable Ian Curtis de Joy Division… The Rakes est-il pour autant uniquement un groupe surfant sur l’engouement actuel pour le post punk ? Non, car si on sent que ces très jeunes musiciens anglais - enthousiastes et souriants - ont beaucoup écouté cette période marquante de la musique de leur pays, la relecture qu’il en propose est imparable. L’énergie glaciale qui se dégage de la musique de The Rakes est carrément hallucinante ! Les rythmiques frénétiquement martelées encouragent le guitariste à mouliner comme un dingue des riffs que l’assistance, aux anges, prend littéralement en pleine gueule. La vue de ces quatre fous furieux en train de se jeter partout n’est rien de moins qu’une invitation à l’hystérie collective. Malgré une voix sous mixée à certains moments et des morceaux parfois trop proches les uns des autres, un sentiment de bonheur nous envahit, presque à notre insu. Et nous ne sommes pas les seuls à ressentir cela, la réponse du public est à la hauteur de l’énergie déployée sur les planches : la salle est en ébullition. On remarque même un petit homme grisonnant qui trépigne avec un sourire d’enfant émerveillé sur les lèvres, il s’agit de Jean-Louis Brossard, le programmateur des Trans Musicales. Peu de temps après, à la fin de la brillante et prometteuse démonstration des Londoniens, l’homme montera carrément sur scène pour demander si le public en veut encore… Devant la réponse unanimement positive, The Rakes rejoue un de ses morceaux les plus marquants, avec encore plus de hargne, comme si c’était humainement possible. Autant le dire dès à présent, on ne connaît pas le titre de cette bombe, mais c’est un tube imparable qui sera bientôt sut toutes les lèvres… et sur lequel danseront les filles (et les garçons) !
Rodolphe Burger & Erik Marchand
Il commence à se faire tard, mais on se doit de jeter une oreille attentive au nouveau projet du toujours fascinant Rodolphe Burger, désormais ex Kat Onoma… Il est accompagné par le chanteur Erik Marchand, une sorte de cow boy chantant en breton (ou en roumain sur un morceau). Au début, n’étant pas fan de ce type de chant aux allures de couinements, sa voix nous interloque et gâche un peu le plaisir provoqué par les guitares aux effets hallucinogènes de Rodophe Burger, l’oud oriental et la rythmique aux confins du rock, de la musique traditionnelle et de la world music. Puis, Rodolphe Burger prend de plus en plus de place avec sa belle voix grave, le chant incantatoire de son acolyte apporte une touche surprenante pas désagréable et l’on reste scotché devant ce projet aventureux.
Fatigué mais heureux, on regagne le centre de Rennes en se disant que la première journée des 26ème Trans Musicales méritait bien les 6 heures de trajet, même si elle ne comportait aucune tête d’affiche. La réputation de festival défricheur des Trans n’était donc pas usurpée… Vivement le deuxième acte, demain !
A lire également : les comptes rendus des soirées du vendredi et du samedi aux Trans Musicales 2004.