Groupe constitué autour d'un intérêt commun pour le rock, le jazz et surtout la liberté (en clair : de Tom Waits à Franck Zappa en passant par Mr Bungle ou Nino Rota), une sorte de fusion panoptique où le rock le plus punk rencontrent volontiers le jazz le plus délicat, jouant d'univers décalés et surprenants, d'improvisations déglinguées ou lyriques.
La journée commence très tôt pour moi vu que j’ai rendez-vous à Ensuès-la-Redonne avec Virgile Abela et Remy Decrouy les guitaristes du groupe ROSA, qui doivent faire leurs balances vers 10h au Moulin à Jazz, Vitrolles. Je n’insisterai pas sur ma session photo avec les pêcheurs en attendant le réveil des musiciens, étant arrivé trop tôt…
Le cadre du domaine de Fontblanche est totalement agréable vu que la scène est située en plein air dans un parc bordé de platanes. On est en été entourés de verdure dans le sud de la France, le cadre est donc forcément idyllique. Je fais la rencontre du nouveau bassiste Stéphane Diamantakiou qui remplace la contrebasse et Sylvain Thévenard l’ingé son. Arrivent également Emilie Lesbros la chanteuse et François Rossi le batteur. Les balances se passent bien jusqu’au moment où un grain de sable vient compliquer l’ambiance. Une personne de l’organisation vient leur expliquer que leur son est trop rock et leur rappelle qu’ici c’est un festival de jazz et qu’ils devraient donc modérer leur musique. J’avoue ne pas comprendre. Certes le son est rock, mais il n’est pas à plein volume. Bon, finalement, chacun passe les heures suivantes à oublier le stress et les doutes en allant à la plage (aïe ! les oursins…) ou à dormir.
Retour au domaine.
Les musiciens se préparent. Je découvre la pochette du prémix de leur album, qui est une photo que j’avais faite d’Emilie masquée à la Meson. Les bières sont fraîches, le temps passe, le stress monte. Je fais un tour dans le parc aux alentours de 20 h. Le soleil est encore haut. Je réalise qu’entre-temps les gens ont commencé à investir les lieux. Je suis attiré à la fois par des sons de fanfare et par l’odeur des grillades et découvre le groupe La Goutte au Nez qui ouvre la soirée. Les musiciens, au nombre de huit sont vêtus de rouge et de noir. Leur set est purement festif et mélange à la fois musiques traditionnelles et réarrangements modernes Ils débutent avec un son de didgeridoo fait avec un sousaphone et accompagné par une rythmique dub accomplie par les cuivres (trompette, sax, trombone), et rehaussé par des touches légères d’accordéon.
S’ensuivront chant au mégaphone, sirènes d’alarme, son funky. Puis un morceau oriental. Après un morceau de fanfare traditionnelle du type Nouvelle-Orléans, ils enchainent sur un reggae dont la rythmique est faite à l’accordéon (pas de guitare chez eux) qui n’est pas sans évoquer la musique de l’Armée des 12 Singes version reggae ! Ils continuent leur set devant les gens attablés avec encore des cris au mégaphone, puis de la musique juive, de la salsa. Donc une explosion totale de couleurs malgré la difficulté de jouer devant des gens qui ne pensent qu’à manger.
21h
Je rejoins le groupe Rosa et m’approche de la grande scène, pour l’instant vide de spectateurs. J’avoue que je suis intrigué et impatient de savoir comment ils vont gérer la remarque de la matinée sur leur son puissant. Les chaises se remplissent assez vite et je me demande quelle va être la réaction de l’auditoire. Le concert commence sous des applaudissements froids. J’ai l’adrénaline qui monte, près pour l’action, à l’affut des photos à prendre. Tout à coup grosse décharge sonore et je comprends qu’il s’agît du titre Stakaïvista, c’est-à-dire un morceau avec l’un des passages les plus rentre-dedans du groupe, histoire de montrer qu’ils jouent un mélange jazz-rock et qu’il n’est pas question de se compromettre pour faire plaisir à l’auditoire en édulcorant leur son.
Bien que le leitmotiv repris à la fin du morceau adoucit un peu l’atmosphère, j’avoue en rester médusé et à attendre la réaction du public qui vient de se prendre une grosse gifle en guise de bienvenue.
Il se passe une ou deux secondes de blanc sans réaction que je trouve très angoissantes mais finalement les gens applaudissent dans l’ensemble chaleureusement.
Le concert se poursuivra admirablement bien, les membres de Rosa sachant alterner des phases atmosphériques faites de nappes sonores puis des explosions déjantées où le groupe donne une base solide derrière Emilie Lesbros, lui permettant ainsi de se lâcher totalement. Car il faut dire qu’Emilie est vraiment en forme ce soir et subjugue le public par son chant lyrique mélodieux puis par ces phases baroques où la voix devient totalement hystérique.
Les titres de l’album s’enchaînent parfaitement et l’absence de saxophone ne gène en rien l’envolée du groupe. Petit plus pour le morceau Pigs II, digne successeur de quelque chef-d’oeuvre sortie des albums de King Crimson période Red,
avec sa basse obsédante, lente mais groovy et menaçante, et soutenue par une batterie jazzy et des crissements de guitare jusqu’à une explosion rock, suivie de l’ambiance bossa nova de Alakoliken (Pigs III) et des gazouillements d’Emilie.
Je passe ainsi mon temps à tourner dans tous les coins à la recherche de LA photo mais je prends également le temps de me laisser envahir par ces ambiances qui me subjuguent. Le groupe termine le concert en rappel en douceur avec le sensuel et entêtant My Fellow sous les applaudissements d’un public finalement conquis.
S’ensuit sur la même scène l’ Art Ensemble of Chicago qui vient exprès en Europe pour ce concert et repartira en avion très tôt à l’aube.
J’avoue être totalement ignorant et ne même pas connaitre le nom du groupe. Ce que j’ai appris tout au long de la journée c’est qu’ils sont vraiment attendus par le public. J’apprendrai par la suite par Uli Wolters qui me ramènera à Marseille que le groupe est mythique, et qu’ils s’agît de légendes vivantes, du moins pour les membres qui sont encore vivants, vu que le groupe a été créé dans les années 60, à une époque où leur musique représentait l’émancipation afro-américaine. En dehors de la musique et de la technicité (leur musique remontant aux racines du free-jazz), il y a donc un caractère politique et historique. Malheureusement, n’étant pas initié au Free, je ne ressentirai pas grand chose au cours de leur set certes prodigieux mais manquant de chaleur à mes oreilles. J’entends déjà les cris des mélomanes avertis, mais je le dis clairement, je n’y connais rien dans ce domaine musical. En voyant les papys, je m’attends à écouter une musique s’approchant du Buena Vista Social Club, mais, en fait, je me sens totalement largué par les quatre musiciens débarqués devant nous. Famadou Don Moye, toque musulmane et l’air serein aux percus et Roscoe Mitchell, chapeau du Mississippi sur la tête, au saxophone, sont les rescapés du groupe d’origine.. Quant à Harisson Bankhad, contrebasse, et Rasul Siddik, trompette, leur chapeau à l’italienne leur donne un côté frimeur. On est certes très loin des stéréotypes de radio. Ce qui semble être les trois premiers morceaux (à moins que ce soit la même suite)me paraissent totalement abstraits mais Harisson Bankhad marquera le public par son jeu hallucinant de part sa vitesse. Je me sens oppressé tellement la musique est extrême. Oui, il s’agît d’extrême car ses doigts ne semblent plus humains à frapper ainsi les cordes de la contrebasse.
Avis à messieurs les death-mettaleux qui prétendez écouter de la musique extrême, vous avez de la graine à prendre ! Roscoe Mitchell me fascine avec ses phrases complexes et l’improvisation de son jeu. Heureusement pour moi, la deuxième partie est moins improvisée. Voilà deux morceaux de jazz plus accessibles à mes oreilles, entrecoupés par un solo de congas fabuleux de Famadou Don Moye, rappelant que les racines du jazz sont bien afro-américaines. Et pour finir les papys nous livrent un rappel beaucoup plus groovy et chaleureux qui efface les souffrances de mon cerveau coincé dans la lessiveuse du début. Le concert fini, plusieurs minutes sont quand même nécessaires pour s’en remettre. D’ailleurs, la chronique tardera à être écrite à cause des émotions mitigées que j’ai ressenties mais également à cause de mon incompréhension face à leur mur sonore.
23h30
Il ne me reste plus qu’à vagabonder dans le parc vers la buvette pour délasser mon esprit. Il se trouve qu’il reste encore un groupe, le Leoquartet Joue Monk qui joue sur une toute petite scène à l’écart et comme son nom l’indique réarrange des morceaux de Thelonious Monk. Pendant la journée, je me suis demandé pourquoi la petite scène était active après la tête d’affiche. Mais après l’Art Ensemble, je comprends que nos oreilles ont besoin de douceur et de se reposer avec une musique d’ambiance. Du moins, c’est mon cas. Je me retrouve totalement vidé et incapable de me concentrer sur ce groupe, juste me laisser aller par l’ambiance avant le repos dans mon lit.
Technicolor Hobo + Rosa - 07 Juin 2007 - La Machine à coudre (Marseille) Je suis arrivé un peu en avance à la machine à coudre, ce qui m'a permis de rencontrer les membres de Technicolor Hobo, formation Anglo-americano-marseillaise... Le groupe initial (Guitare - chant / basse / batterie) existe depuis 2 ans, mais cela ne fait que 6 mois que le piano, la trompette et la clarinette les ont rejoins, on a du mal à le .../...
Je suis arrivé un peu en avance à la machine à coudre, ce qui m’a permis de rencontrer les membres de Technicolor Hobo, formation Anglo-americano-marseillaise… Le groupe initial (Guitare - chant / basse / batterie) existe depuis 2 ans, mais cela ne fait que 6 mois que le piano, la trompette et la clarinette les ont rejoins, on a du mal à le croire en les écoutant jouer…
Pat’, fondateur, auteur et compositeur du groupe m’expliquait qu’il voulait sortir du moule qu’on lui imposait à Londres : « Couplet-refrain-couplet-refrain », et m’a confié que le concert de ce soir laisserait une bonne place à l’impro.
Il est très difficile de ranger Technicolor Hobo dans une "catégorie" car ils prennent un malin plaisir à mélanger les styles musicaux, il passe d’un rock planant à des sons plus jazzy, de guitare blues à des trompettes hurlantes : un pur régal …
Cela vient peut-être du fait que tout le groupe participe à "la mise en musique" des morceaux qu’apporte Pat’ et surtout que chacun a des influences différentes, notamment pour la pianiste qui a une culture plus classique.
Technicolor Hobo a tout pour plaire au plus grand nombre : des bons titres, des arrangements de folies (j’adore la trompette), de l’énergie sur scène, le seul regret que j’ai, c’est qu’il n’ait pas joué plus longtemps…
Passons maintenant à Rosa : quatre mecs et une fille.
Les débuts furent un peu laborieux à cause d’un problème de jack (mais tout cela s’est fait dans la bonne humeur générale), le guitariste a dû courir vite fait en coulisse pour en chercher un qui fonctionnait.
Après deux morceaux la chanteuse enlève ses chaussures, il faut se mettre à sa place (et à la place de toutes les filles) ça ne doit pas être facile de passer un concert sur des talons.
La chanteuse (qui me fait un peu penser à Nina Hagen), habillée d’une robe en papier essaye de nous initier à une nouvelle langue, une langue à base de cris et de gémissements accompagnée d’un rock efficace et énergique, utilisant toutes sortes de sonorités (moins jazzy que prévu).
Au final, une très bonne soirée passée à la Machine à coudre, deux groupes qui assurent vraiment, dommage qu’il n’y ait pas eu assez de monde pour maintenir l’ambiance.
Rosa - 12 avril 2007 - Machine à Coudre - Marseille
Après un concert bien sympathique au Poste à Galène avec Hey Gravity je manque de rater la rue Jean Roque (sous la pluie les vieux vélos ça freine beaucoup moins bien) mais finis quand même par arriver à la Machine à Coudre. Bien évidemment j'ai encore raté Technicolor Hobo ... désolé. Par contre Rosa n'a pas encore attaqué. Je croise quelques .../...
Après un concert bien sympathique au Poste à Galène avec Hey Gravity je manque de rater la rue Jean Roque (sous la pluie les vieux vélos ça freine beaucoup moins bien) mais finis quand même par arriver à la Machine à Coudre. Bien évidemment j’ai encore raté Technicolor Hobo … désolé. Par contre Rosa n’a pas encore attaqué. Je croise quelques têtes familières (dont deux Farouch(e) Zoé) et me cale sur le côté gauche de la scène.
Les musiciens prennent place : 2 guitaristes, un batteur et un bassiste. Tout ce que je sais d’eux c’est que c’est plutôt jazz … Il attaque avec un morceau assez rythmé, mais mon attention est gênée par une fille dans le public qui fait des grands signes derrière son masque italien genre commedia dell'arte … y a de ces fêlés je vous jure … Cela dit ça va assez bien avec la musique …
Quand elle montera sur scène je réaliserai qu’il y avait en effet un pied de micro (et un micro) qui attendaient seuls au milieu. Toujours cachée derrière son masque elle se met à pousser des petits cris plus qu’à chanter, mais ça va merveilleusement bien avec la musique. Visuellement et musicalement très sympa. Elle finira par l’enlever (il doit faire chaud là-dessous) à la fin du morceau.
En effet on peut dire que Rosa joue « jazz » (ou en tout cas l’idée que j’en ai), car ça joue bien, plutôt calme et plein de contre temps, break ou je ne sais pas quoi, de changements de rythmes etc … Par moments on a l’impression que chacun joue dans son coin et pourtant ça reste fluide.
Le chant de celle qui me fait un peu penser à Karine Viard (en plus jolie) colle très bien à la musique. Assez souvent il s’agit d’ailleurs de petits cris, d’onomatopées ou de langage imaginaire … sinon c’est de l’anglais avec plus ou moins d’accent français. Lorsqu’elle ne chante pas elle danse avec ses pieds (un peu) ou avec ses bras (surtout).
Elle, et tout le groupe d’ailleurs, finira par me faire penser à Homosuperior mais en moins agressif, en plus fluide. Je penserai aussi à Melc (que j’aimerais d’ailleurs beaucoup revoir un jour – le concert à l’Epicerie commence à dater).
Jazz certes, mais avec de bons passages bien péchus, limite (post) rock … à la Shirka, ou même Clogs pendant lesquels, bien que n’étant pas musicien, je serai impressionner par leur jeu (notamment le batteur). Alors que je commençait à fatiguer et a me dire que demain j’avais cours, ils annoncent le dernier morceau. Je reste donc … écoute même le rappel depuis le bar où je me suis retrouvé à discuter avec la courageuse boss du futur Z (salle de concert qui vient d’ouvrir en Ardèche).
Ravi d’avoir enfin vu Rosa (une bien belle découverte !) et un peu déçu de ne pas avoir pu découvrir Technicolor Hobo, mais on ne peut malheureusement pas être partout en même temps …