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Cinematic Orchestra, Buck 65, Naab, Clotaire K, Rubin Steiner Quartet...(Marsatac 2003)

Espace St Jean J4, Marseille   7, 8 et 9 Aout 2003

Concert à ne pas manquer

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    Jeudi

    Sur la grande scène c'est Cinematic Orchestra qui commence en distillant sa musique grand angle alors que le soleil se couche, c'est très calme, parfait à l'heure de l'apéro. La chanteuse présente au départ apporte une touche soul bienvenue alors que les instrumentaux lorgnent souvent vers le jazz et les musiques de film.

    Ca ne marche pas à tous les coups (certaines improvisations donnaient la désagrable impression que le groupe répétait devant nous) mais leur musique qui à mon avis s'apprécie plus sur disque que "live", est souvent recherchée, reveuse et presque dansante par moments.

    L'autre scène qui a une vue superbe sur la mer et Notre Dame de la Garde (certes le festival devait se dérouler au palais Longchamps mais on ne perd pas au change dans un tel cadre) est placée sous le signe du hip hop avec pour commencer deux groupes du label New Yorkais Wax Poetic.
    Le duo Equilibrium d'abord qui porte bien son nom tant les deux homeboys amateur de blunts sont agiles pour placer leur tchatche sur tout types d'instrus et mettent rapidement le public dans leur poche avec des poses et morceaux sympas mais un peu cliché ("roll that shit, light that shit, smoke that shit" ce genre).
    Quelques morceaux après la scène est envahie des rappeurs plus inspirés de Dujeous, accompagnés de leurs musiciens pour un show old school de haute volée, avec des mélodies tubeques comme sur le morceau "All mc's" et une présence scènique remarquable.
    L'apport de "vrais" instruments comme la batterie, la basse et la trompette séduit et fait penser à The Roots, l'experimentation en moins quand même.

    Pour un rap plus novateur, on peut compter sur le Canadien Buck 65, un des secrets les mieux cachés du rap indépendant de ces dernières années, et qui n'a pas perdu de son originalité depuis que son album "Square" est sorti sur une major.
    Il se présente sur scène tout seul comme un grand (il l'est d'ailleurs, très grand même) et impressionne d'emblée avec une voix eraillée très atypique entre Tricky et Tom Waits et un style bien à lui, bien maitrisé contrairement à ce que le coté artisanal du concert pourrait suggérer de prime abord.
    En plus de rapper avec une gestuelle proche du mime marrante et utile pour les non bilingues, il s'avère redoutable aux scratches ce qui rend ses compositions abstraites très vivantes.
    Pas mal d'humour ("Retrouvez moi en Septembre à Star Academy !") et une certaine audace qui l'autorise à reprendre un morceau folk de Woody Guthrie qui n'a aucun rapport à priori avec du hip hop. En jouant ainsi avec les étiquettes, cet artiste d'Halifax s'est taillé un succès plus que merité.

    Vendredi

    Affluence plutôt faible le lendemain, peut être à cause du retour de l'OM ou du plateau affriolant de l'after (payante, grr) et c'est bien dommage pour le collectif parisien Naab qui commence son concert devant une poignée de festivaliers. Leur musique est plaisante, sorte de trip hop oriental à la Nitin Sawhney avec de pas mal de musiciens, dont un agile joueur de tablas et un clavieriste/ambianceur dont la ressemblance avec Ramzy (de Eric et Ramzy) peut amuser, épatant quand il fait le beatbox humain, moins convaincant quand il s'essaie à un ragga assez poussif.
    Il y avait également un chanteur particulièrement envoutant sur certains morceaux en Arabe et au final on passe avec eux un moment de dépaysement bienvenu.

    Peu après les dj du label Strut déçoivent, autant leur compils sont canons ("Grass Roots" et "Disco Not Disco" par exemple), autant ils se révèlent assez laborieux derrière leurs platines. Les morceaux choisis, allant du funk au rap en passant par la house, sont bons mais pas très bien enchainés et du coup l'ensemble peine à décoller.

    Tout le contraire du talentueux Cedric Benoit aka Cedr'x d'Avignon qui, accompagné d'un accolyte, a bluffé son monde avec un set electro redoutable, plus d'une heure et demie sans jamais faire tomber la pression, moi je dis bravo. Le public dechainé a également apprécié les clins d'oeil rock avec des versions vocodorisées de "Smells like teen spirit" ou "J'aime regarder les mecs".

    Ils seront suivis par le montpellierain Clotaire K. dont le mélange de rap et de musique libanaise, son pays d'origine, évoque un croisement entre Asian Dub Foundation (pour le metissage) et Assassin (pour la rage froide). Il est accompagné d'un mc aussi hargneux que lui, d'un batteur, bassiste et dj qui lance des instrus percutantes et originales. Un artiste complet capable de reprendre (avec un oud) l'immense Oum Kalsoum, rapper en 3 langues (anglais, français et arabe, qui dit mieux ?) et faire à la fois danser et passer un message sur des morceaux comme "Maqam", "Beyrouth ecoeurante" ou le tubeque "Ya saryan" reconnu par beaucoup vu qu'il était sur une compil d'un celèbre magazine. Définitivement la révélation de ce 2ème soir.

    Samedi

    Pas grand chose à dire sur la selection sans faute de goût de Dj Morpheus, l'ame des compils Freezone et des Transmusicales, si ce n'est que c'était programmé un peu trop tôt pour que la sauce prenne pleinement.

    Comme je me suis debrouillé pour rater chacune de ses (nombreuses) prestations cette année, Marsatac fut l'occasion de découvrir en live Jamalski ce toaster New Yorkais très présent en Europe, qui était ce soir avec les djs du collectif Mars Exist.
    Bien que je ne sois pas un grand amateur de drum'n'bass je dois avouer que j'ai pris une belle claque ! Un flow implacable sur des rhytmiques tapageuses et sophistiquées, et une très bonne communication avec le public qu'il n'hésite pas à rejoindre en déscendant tranquille de la scène et en gueulant "Fuck George Bush", bon esprit donc.

    Bonne surprise que le concert de Rubin Steiner Quartet, très bonne même puisque c'est à mon avis le groupe le plus marquant de la soirée. Une écoute distraite de ses albums pouvait faire craindre un set planplan pour amateur de musique lounge mais il n'est est rien, avec un joueur de trombone, un autre à la contrebasse, un vj qui projettait des visuels épatant et lui même avec ses machines et son ventilateur (il a tout compris lui) ce cocktail jazz/hip hop/electro était mélodique, remuant, plein de bonnes idées. Typiquement le genre d'artistes à découvrir sur scène pour mieux apprécier les disques ensuite. Chapeau bas.

    Le dj set de Richard Dorfmeister et son projet Tosca sera forcément moins palpitant, même si musicalement ça tenanit largement la route et qu'il y avait un drôle de gugusse qui invitait des charmantes demoiselles à monter sur scène bouger du popotin sur l'electro dub du Viennois, avec là aussi des très beaux visuels sur l'écran en forme de M comme Marsatac, dont la 5ème édition se sera globalement bien passé et aura été riche en découvertes.

    le 10/08/2003
    Signature :
    Sami
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