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Rufus Wainwright

Espace Julien - Marseille   14 novembre 2007

Bon concert

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    avant toute chose je tiens à présenter mes plus plates excuses, auprès de internautes et de l espace Julien, pour tant de retard dans la rédaction de cette chronique.
    Mais bon fallait bien que je rende compte de mon retard - déjà - le soir du concert.. .pas du manquer grand chose non plus ( 2 chansons au grand maxi )…
    La salle est comble et Rufus Wainwright déjà au piano…ce qui attire mon attention tout de suite, tant c'est frappant, c'est la singularité de cette voix, , que je rangerai pourtant dans les voix de baryton ( attention ne pas confondre avec celle de ténor.. ;hé oui savez la baryton c'est celui dans les opéras qui se dispute tout le temps la nana - la soprano - avec le ténor, et qui perd tout le temps. Prestige oblige ) tant elle est proche dans l'ornement du brio et de la délicatesse du ténor et de la puissance et de la profondeur de la basse…
    Ah oui fi que je prévienne, connais pas du tout l'œuvre du canadien mis à part la La complainte de la butte (une chanson popularisée par Cora Vaucaire en 1954, enregistrée par la vedette du soir pour le BO de Moulin Rouge de Baz Luhrman ) et sa participation à l album I’m a bird de l extraordinaire Antony and the Johnsons à la voix tout aussi singulière mais encore plus mystérieuse ( la vibration de sa voix capture l’oreille, captive le cœur, fend l’âme. A la fois aérienne et enveloppante, puissante et feutrée, la voix descend dans les graves, s’avance avec la force chaude et noire d’un chanteur de blues, de gospel ou de jazz, ou bien elle s’élève et plane dans les aigus. Dans le mouvement de sa voix qui s’élève pour dire le Mal (malheur, misère, mélancolie) la douceur advient comme un fruit paradoxal )
    Donc capté immédiatement par la charme velouté d une voix nonchalante, trainarde, chaude et travaillée même si d'une apparence limite j’m’en-foutiste et dans laquelle, j'aurais l'occasion de m'en rendre compte tout au long du concert, les femmes ( 3 mannequins à mes côtés…mais qui me sont tout à fait inconnues ) ne se laissent pas d'atteindre l’extase dans ses replis langoureux…
    Ensuite, quitte à prêter l'oreille, autant y aller jusqu au bout en essayant de savoir au service de quel paroles se range donc chaque déchirement lascif de cette voix dépouillée et sinueuse, voir de quel acabit sont fait ses textes…hé bien je dois vous avouer- de ce que j en ai compris - qu'ils sont quand même bien sentis, tristes mais néanmoins masqués par des touches ironiques ici ou là.
    Là où le bas blesse à mes oreilles c la musique. Pas tant qu'elle soit faite à grands coups de romantisme mielleux . Mais celui dont on m'avait tant vanté ( car qd même j'avais demandé autour de moi de quel bois était fait ce chanteur ) le sens mélodique m'en semble en être peu ou prou dépourvu. A tout le moins ces chansons intimistes dont il comblera l'audience durant toute la 1ère partie de la soirée, à vocation ( ou prétention ) mélancoliques sont très pauvres à mon sens. Je vois où il veut en venir mais je ne trouve pas qu'il parvienne à allier les vestiges de la séduction langoureuse et pudique d'antan avec la célérité et la folie de l'amour contemporain Seul la voix vient rehausser des partitions trop directes, ses chansons indolentes pour ne pas dire mortes… cette même 1ère partie ( bon zavez compris qu il y aura un entracte et que le gus se repointera pour une 2ème partie de soirée ) je je qualifierai d'anecdotique tant elle incline à l'indifférence, verra quand même mon attention se réveillait à deux reprises et deviner pour quoi ? des chansons plus alertes, plus virevoltantes, pleines d'entrain et d'allant, qui défrisent agréablement les poils des oreilles et qui, allez je le dis avant de me faire insulter par tous les inconditionnels du Gay Messiah, seront le prémisses de la 2ème partie.
    Tout au long de ce 1er jet, notre Rufus, très communicatif avec son public, sera tout de noir vêtu d’un costume de crooner avec une pointe d excentricité.
    Il est accompagné d'une dizaine de musicos qui ne donneront l étendue de leur potentiel qu en deuxième partie de soirée. L ensemble forme quand même un style certes plus contemporain dans les tenues mais pas loin du Big Bazar de Fugain…sans être des virtuoses, il est évident qu ils apportent bp aux morceaux et feront étalage de leur polyvalence ( je pense notamment aux choristes qui non seulement soutiennent parfaitement vocalement Rufus mais qui plus est auront toute une panoplie d instruments à vent quand pour l un d entre eux il n ira pas au piano ).
    Non y a pas à dire Rufus c bien entouré.
    A ce propos, on m avait également mis en garde devant l opulence de sa musique souvent targuée d outrancière, mais cette fois-ci je peux vous affirmer point de gros gâteau musical plein de crème, rapidement écœurant. Rufus ne cédera pas au pompier ( sans jeu de mots ), il a vraisemblablement calmé , si j en crois la description qu on m en avait donnée, ses pulsions d arrangements baroque et se sera cantonner à des arrangements pop très agréables quand il ne fera pas dans l intimiste, l épuré, ( même si j ai quasi pas trouvé un seul morceau, à la configuration voix-piano, émouvant ( ou en tout cas que par bribes donc bien trop peu ) .
    Et donc pour cette 2ème partie de show c est un canadien habillé façon tyrolien qui se produira sous les feux de la rampe…et il ouvrira quasi avec un voyage dans une série d instantanés de Judy Garland ( savez la nana du Magicien d Oz ). Au début de ce pot pourri, on se dit que l’aura tragique de Garland est l’écrin rêvé pour l’organe de Wainwright…certes les inflexions seront lancinantes, au désarroi et ironiques mais il manquera comme un soupçon de quelque chose, un fragment d’infime, une odeur de sainteté, une fragrance d’absolu qui auraient fini de m’ emporter définitivement.
    En attendant comme je l ai écrit plus haut, le piano habile répondra parfaitement aux guitares saccadées et électriques dans des pop songs aux mélodies altières, simples mais nuancées ( vous me suivez ? ), et où un usage dynamique de l’ensemble des instruments rendra les arrangements pertinents et les changements de thème bien fluides.
    Le concert me devient de plus en plus sympathique. D autant plus que Rufus est très volubile, jusqu à raconter une blague ( allez je vous la fais : c un jour un curé qui se balade près d une rivière, quand il aperçoit au loin une prostituée portant un t-shirt avec écrit JESUS. Il va à sa rencontre et l interpelle « ma fille, vous ne pouvez décemment porter un tel t-shirt, c un blasphème de mal porter le nom de JESUS » et la prostituée « ah bon ? comment ? mais je pensais qu il y avait écrit « je suce » ). Et c vrai que c était assez marrant de la voir enchaîner sans transition sur un morceau grave après une grosse déconnade avec le public.
    Grâce à un montage vidéo réussi ( ou un truc comme ça pas été très attentif là pour le coup )de Rufus sur YouTube, une marseillaise aura l insigne honneur d avoir décroché comme récompense de monter sur scène le temps d une chanson. La marseillaise, dont je m excuse mais après tout ce temps ( et oui je sais je suis qu un chacal ) j’ai oublié le prénom, s en sortira haut la main par son aisance, elle dansera et en fait récitera le passage parlé d une chanson ( désolé connais pas les titres de Wainwright ).
    Viens alors l heure des rappels. Rufus débarque, seul , en peignoir. Il se retranche dans la simplicité : Le silence, un piano, quelques accords sobres, une voix et le tour est joué. Et puis, viens un grand moment, l’assistance éberluée à tout d’abord le privilège de voir le peignoir tombé nous dévoilant un canadien habillé façon Liza Minnelli ( la fille de Judy Garland )dans New York-New York , bas noir, veste noire et la troupe qui reviendra en danseurs tout de noir vêtus. Tout ce beau monde se lance dans une chorégraphie improbable de cabaret, mais fort drôle pour conclure en beauté.
    En dépit d’un début musical laborieux, pas de doute possible le charme du canadien fonctionne et , qu'il fasse dans la mélancolie ou dans l’exubérance , carrément à plein régime pour le reste du public .
    De ce que j en ai vu je peux déduire que nous avons affaire à un chanteur au romantisme ( pas abouti ) homosexuel ( puisque certaines de ses chansons le revendiquent ) avec non l intention de provoquer ( même si sa plume est audacieuse, corrosive et revendicative ) mais bien de charmer ( contact avec le public et lyrisme camouflé sous des références symbolistes ou de contes de fée ). Et bien plus à l aise dans la charme entraînant.

    le 04/12/2007
    Signature :
    Eric B
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