Seasick Steve, vos critiques de disques
Seasick Steve 
Ancien producteur et arrangeur de chansons, songwriter, guitariste de blues et de rock, Seasick Steve a connu un parcours plutôt atypique. Il s'est fait un nom à l'âge où certains se retirent. Car c'est seulement à 60 ans que Seasick Steve connaît le succès. Grâce au revival du blues, il se voit propulsé sur le devant de la scène et c'est ainsi qu'il s'impose au grand public avec ses albums Cheap (2005), Dog House Music (2007) et I Started Out With Nothin and I Still Got Most of it Left (2009). Nouvel album et concert en 2011 !
Plus d'info
Artiste : Seasick Steve Titre : Man From Another Time
Style : Jazz - Blues
Retour de Steven Gene Wold, also known as Seastick Steve ! Le barbu bluesman redneck à l'inamovible casquette John Deere (célèbre marque de tracteurs), tout épaté du succès qui lui est tombé dessus sur le tard vers 2006, enquille depuis des tournées internationales et environ un album par an. Il est vrai que malgré son blues relativement basique, sa faculté à composer des airs entraînants et addictifs l'aide bien à renverser les foules, par son charisme rigolo et son jeu fascinant en concert, et à composer des albums de blues comme Dog House Music, dont même votre iPod ne peut plus se défaire une fois qu'il y a goûté. Et une fois de plus, le dosage de toutes les émotions du blues est idéal ici.
On commence par un boogie furax, Diddley Bo, triple hommage à l'homonyme et acariâtre inventeur du rock, à sa chanson du même nom dont c'est un remix, et à l'instrument homonyme, guitare pour enfants à une corde bricolée avec une boîte à cigare et un manche à balai, que certains bluesmen chérissent toute leur vie. C'est méchamment groovy et appuyé sur un, voire deux percussionnistes de bon aloi : Seasick Steve a certes gagné avec le succès une meilleure production et des accompagnements plus riches. D'ailleurs, le cas échéant, il ne recule pas devant un rock'n'roll sudiste bien basique et toutes batteries dehors (That's all, quasiment du ZZ Top).
On peut néanmoins y préférer les morceaux où, comme au bon vieux temps, le pépère rejoue tout seul : il maltraite idéalement sa boite à cigares sur la fiévreuse Happy (to have a job), se fait au contraire geignard et touchant sur sa Banjo Song avec l'instrument ad hoc (à moins que ce ne soit un bricolage approchant, l'instrument sonnant quand même très "garage"). Il annonce parfois l'ustensile, comme sur le saignant et assez formidable Seasick Boogie qu'il exécute sur sa célèbre "Three Strings Trance Wonder", une guimbarde à trois cordes hors d'âge et pratiquement réduite à l'état d'ordure, mais dont on devine sans peine que c'est sa préférée entre toutes.
Cela étant il arrive quand même qu'il joue aussi par accident sur une vraie et belle guitare, et nous ensorcelle alors de sa belle voix chaude (Just because I can) d'une tonalité parfois proche de celle de Lou Reed (le slide de Dark nous emmène tout droit dans la brume électrique du bayou, quand la nuit tombe). Il place d'ailleurs sur chaque album une belle chanson d'amour, qu'il aime ensuite à conter en tête à tête à une belle fille montée sur scène ; le vieux dragueur devrait encore une fois faire des ravage avec la très enjouée My Home (Blue Eyes). Comme à l'accoutumée, on a droit aussi à une petite anecdote parlée (ici, un coup de fil un peu arrosé au producteur de l'album pour l'inviter à arroser l'album à l'autre bout du fil), et à une reprise languide et d'un classique absolu : I'm so Lonesome I Could Cry de Hank Williams. Fromage et dessert, de quoi tenir un an jusqu'au prochain !
Homme d'un autre temps ? Certes il surjoue peut-être un peu son côté "hobo" (mais enfin, clochard céleste, il l'a quand même été pour de vrai dans sa jeunesse, contrairement au cacophonique playboy Charlie Winston) et peut-être même son côté "vieux" (ses 70 ans à peine en font un galopin comparé au nonagénaire et toujours vert T-Model Ford), mais enfin son air de nain de jardin malicieux sur la pochette montre bien qu'il ne pense pas un mot du refrain Don'tcha have anything better to do, than listen to a Man from another time ? : il sait très bien qu'il nous tient au creux de la main, Seasick Steve, et compte bien continuer à s'amuser de ses instruments volontairement pourraves et DIY pour continuer à nous régaler les oreilles et nous faire frétiller les genoux. Le blues n'est toujours pas entré au musée, il inspire toujours et fait toujours danser ? Bo Diddley qui méprisait furieusement tous les autres bluesmen, en particulier les blancs, doit s'en retourner de rage dans sa tombe ! Tant pis pour lui, tant mieux pour nous.
(2009)
Signature : Philippe
Envoyer un message à Philippe
Page Web Conseillée : www.liveinmarseille.com
Style : Jazz - Blues
Retour de Steven Gene Wold, also known as Seastick Steve ! Le barbu bluesman redneck à l'inamovible casquette John Deere (célèbre marque de tracteurs), tout épaté du succès qui lui est tombé dessus sur le tard vers 2006, enquille depuis des tournées internationales et environ un album par an. Il est vrai que malgré son blues relativement basique, sa faculté à composer des airs entraînants et addictifs l'aide bien à renverser les foules, par son charisme rigolo et son jeu fascinant en concert, et à composer des albums de blues comme Dog House Music, dont même votre iPod ne peut plus se défaire une fois qu'il y a goûté. Et une fois de plus, le dosage de toutes les émotions du blues est idéal ici.On commence par un boogie furax, Diddley Bo, triple hommage à l'homonyme et acariâtre inventeur du rock, à sa chanson du même nom dont c'est un remix, et à l'instrument homonyme, guitare pour enfants à une corde bricolée avec une boîte à cigare et un manche à balai, que certains bluesmen chérissent toute leur vie. C'est méchamment groovy et appuyé sur un, voire deux percussionnistes de bon aloi : Seasick Steve a certes gagné avec le succès une meilleure production et des accompagnements plus riches. D'ailleurs, le cas échéant, il ne recule pas devant un rock'n'roll sudiste bien basique et toutes batteries dehors (That's all, quasiment du ZZ Top).
On peut néanmoins y préférer les morceaux où, comme au bon vieux temps, le pépère rejoue tout seul : il maltraite idéalement sa boite à cigares sur la fiévreuse Happy (to have a job), se fait au contraire geignard et touchant sur sa Banjo Song avec l'instrument ad hoc (à moins que ce ne soit un bricolage approchant, l'instrument sonnant quand même très "garage"). Il annonce parfois l'ustensile, comme sur le saignant et assez formidable Seasick Boogie qu'il exécute sur sa célèbre "Three Strings Trance Wonder", une guimbarde à trois cordes hors d'âge et pratiquement réduite à l'état d'ordure, mais dont on devine sans peine que c'est sa préférée entre toutes.
Cela étant il arrive quand même qu'il joue aussi par accident sur une vraie et belle guitare, et nous ensorcelle alors de sa belle voix chaude (Just because I can) d'une tonalité parfois proche de celle de Lou Reed (le slide de Dark nous emmène tout droit dans la brume électrique du bayou, quand la nuit tombe). Il place d'ailleurs sur chaque album une belle chanson d'amour, qu'il aime ensuite à conter en tête à tête à une belle fille montée sur scène ; le vieux dragueur devrait encore une fois faire des ravage avec la très enjouée My Home (Blue Eyes). Comme à l'accoutumée, on a droit aussi à une petite anecdote parlée (ici, un coup de fil un peu arrosé au producteur de l'album pour l'inviter à arroser l'album à l'autre bout du fil), et à une reprise languide et d'un classique absolu : I'm so Lonesome I Could Cry de Hank Williams. Fromage et dessert, de quoi tenir un an jusqu'au prochain !
Homme d'un autre temps ? Certes il surjoue peut-être un peu son côté "hobo" (mais enfin, clochard céleste, il l'a quand même été pour de vrai dans sa jeunesse, contrairement au cacophonique playboy Charlie Winston) et peut-être même son côté "vieux" (ses 70 ans à peine en font un galopin comparé au nonagénaire et toujours vert T-Model Ford), mais enfin son air de nain de jardin malicieux sur la pochette montre bien qu'il ne pense pas un mot du refrain Don'tcha have anything better to do, than listen to a Man from another time ? : il sait très bien qu'il nous tient au creux de la main, Seasick Steve, et compte bien continuer à s'amuser de ses instruments volontairement pourraves et DIY pour continuer à nous régaler les oreilles et nous faire frétiller les genoux. Le blues n'est toujours pas entré au musée, il inspire toujours et fait toujours danser ? Bo Diddley qui méprisait furieusement tous les autres bluesmen, en particulier les blancs, doit s'en retourner de rage dans sa tombe ! Tant pis pour lui, tant mieux pour nous.
(2009)
Signature : Philippe
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Page Web Conseillée : www.liveinmarseille.com
Artiste : Seasick Steve Titre : Dog House Music
Style : Jazz - Blues
A l'heure où un jeune homme appelé Charlie Winston s'apprête à faire fortune avec la sympathique chanson Like a Hobo (l'avenir nous dira s'il en a un ou si c'est un one hit wonder), il convient de rendre justice à un vrai hobo historique - selon la définition du mot, un travailleur saisonnier vagabond aux USA... Seasick Steve, bluesman barbu sexagénaire en salopette, furieusement sympathique et drôle de son état ! Découvert par hasard aux Eurocks 2008 où il avait absolument charmé son assistance pourtant crevée et sous une pluie hargneuse, le bonhomme représente une occasion historique au nom de tous les siens : voici un bluesman oublié ou méconnu, en tout cas à réhabiliter, qui est encore assez jeune pour jouir d'un succès qui mérite de ne pas être posthume !
Dont ceci est certes l'avant dernier album, mais avec au moins un titre authentique (a priori plus que le pré-cité, écrit par un anglais) et un tube potentiel : Hobo Low, où il raconte précisément la vie de vagabond qu'il fut dans sa jeunesse ! Autre tube potentiel, la séminale et remuante Dog House Boogie, jouée à n'en pas douter avec sa "3 Strings Trance Wonder", bricolage maison de pedal steel certifié "diy". Non pas qu'il ait un talent particulièrement marquant : il sait simplement tirer des blues authentiques et classes d'instruments improbables qu'il qualifie avec raisons d'old pieces of shit. Guitares pourraves, ou objets approchants à base de planches et de fils de fer, qui sonnent à peine comme des poële à frire tendus de boyaux de chat (Save me). Mais dont il tire toute l'essence du blues de la Louisiane, des mélodies sans chichis tout juste parsemées, accidentellement, de quelques beats pour emballer les chansons (sur scène, il est accompagné d'un batteur).
Non pas qu'il ait une voix furieusement éraillée, à vrai dire elle est même plutôt claire quoique grave, un peu dans le genre Lou Reed en somme : en s'accrochant un peu on arrive même à comprendre de quoi il parle. Non pas davantage que ses chansons soient incroyables : Seasick Steve chante juste sa jeunesse envolée, sa vie souvent merdique, ses chiens disparus, les hauts et les bas (Things go Up), l'amour pour des garces (Shirley Lou)... Lymphatique ou gentiment groovy (My Donny, digne du Ben Harper des débuts), selon l'humeur. Sans haine contre le sort mais pour l'exorciser : la définition du blues en somme !
Le vrai, le plus simple et le plus dépaysant (aller simple pour le bayou, et le noir et blanc), celui du prophète Robert Johnson, bluesman noir mort à 27 ans pour avoir vendu son âme au diable, tel certain prophète mort à 33 ans et qui lui aussi, avait réussi à lancer une religion, mais en venant son âme à dieu... Le blues de tous les one men band du monde, celui du Petit Vaudou ou du Légendaire Homme Tigre ! La production de Dog House Music est à l'image du personnage, nonchalante et agréable : pas mal de digressions comme cette émouvante histoire de clébard finale de près de 10 minutes - le chien est le meilleur ami du clochard céleste... Une vraie tranche de vie qui vous donnera immanquablement l'envie de vous asseoir sous un arbre, au bord de la rivière, une bière éventée à la main, pour laisser courir le monde à sa perte. Car comme disait Oscar, le travail acharné n'est que le refuge des gens qui n'ont rien d'autre à faire...
(2009)
Signature : Philippe
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Style : Jazz - Blues
A l'heure où un jeune homme appelé Charlie Winston s'apprête à faire fortune avec la sympathique chanson Like a Hobo (l'avenir nous dira s'il en a un ou si c'est un one hit wonder), il convient de rendre justice à un vrai hobo historique - selon la définition du mot, un travailleur saisonnier vagabond aux USA... Seasick Steve, bluesman barbu sexagénaire en salopette, furieusement sympathique et drôle de son état ! Découvert par hasard aux Eurocks 2008 où il avait absolument charmé son assistance pourtant crevée et sous une pluie hargneuse, le bonhomme représente une occasion historique au nom de tous les siens : voici un bluesman oublié ou méconnu, en tout cas à réhabiliter, qui est encore assez jeune pour jouir d'un succès qui mérite de ne pas être posthume !Dont ceci est certes l'avant dernier album, mais avec au moins un titre authentique (a priori plus que le pré-cité, écrit par un anglais) et un tube potentiel : Hobo Low, où il raconte précisément la vie de vagabond qu'il fut dans sa jeunesse ! Autre tube potentiel, la séminale et remuante Dog House Boogie, jouée à n'en pas douter avec sa "3 Strings Trance Wonder", bricolage maison de pedal steel certifié "diy". Non pas qu'il ait un talent particulièrement marquant : il sait simplement tirer des blues authentiques et classes d'instruments improbables qu'il qualifie avec raisons d'old pieces of shit. Guitares pourraves, ou objets approchants à base de planches et de fils de fer, qui sonnent à peine comme des poële à frire tendus de boyaux de chat (Save me). Mais dont il tire toute l'essence du blues de la Louisiane, des mélodies sans chichis tout juste parsemées, accidentellement, de quelques beats pour emballer les chansons (sur scène, il est accompagné d'un batteur).
Non pas qu'il ait une voix furieusement éraillée, à vrai dire elle est même plutôt claire quoique grave, un peu dans le genre Lou Reed en somme : en s'accrochant un peu on arrive même à comprendre de quoi il parle. Non pas davantage que ses chansons soient incroyables : Seasick Steve chante juste sa jeunesse envolée, sa vie souvent merdique, ses chiens disparus, les hauts et les bas (Things go Up), l'amour pour des garces (Shirley Lou)... Lymphatique ou gentiment groovy (My Donny, digne du Ben Harper des débuts), selon l'humeur. Sans haine contre le sort mais pour l'exorciser : la définition du blues en somme !
Le vrai, le plus simple et le plus dépaysant (aller simple pour le bayou, et le noir et blanc), celui du prophète Robert Johnson, bluesman noir mort à 27 ans pour avoir vendu son âme au diable, tel certain prophète mort à 33 ans et qui lui aussi, avait réussi à lancer une religion, mais en venant son âme à dieu... Le blues de tous les one men band du monde, celui du Petit Vaudou ou du Légendaire Homme Tigre ! La production de Dog House Music est à l'image du personnage, nonchalante et agréable : pas mal de digressions comme cette émouvante histoire de clébard finale de près de 10 minutes - le chien est le meilleur ami du clochard céleste... Une vraie tranche de vie qui vous donnera immanquablement l'envie de vous asseoir sous un arbre, au bord de la rivière, une bière éventée à la main, pour laisser courir le monde à sa perte. Car comme disait Oscar, le travail acharné n'est que le refuge des gens qui n'ont rien d'autre à faire...
(2009)
Signature : Philippe
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