Sefyu maintient l'esprit hardcore du rap français. Derrière la brutalité apparente des propos, on découvre une vraie finesse dans l'analyse, une conscience sociale et un second degré désarmant
Dernière actu : Au delà de l'hommage à Alain Bashung qui est devenu l'artiste le plus distingué par les Victoires de la Musique, les Victoires 2009 ont affiché un palmarès consensuel (c'est la règle du genre !).
On notera la Victoire de Camille, Artiste interprète féminine de l'année, en compétition avec Catherine Ringer, Anaïs actuellement en tournée (et qui s'est offerte une belle arrivée à cheval sur scène) et Yael Naim à l'affiche du Chorus Festival.
Martin Solveig obtient la Victoire des Musiques électroniques ou dance.
La Victoire de la "Révélation du public" a été gagné par Sefyu qui a gratifié le public du Zenith d'une belle prestation scénique. Sefyu actuellement en tournée était en compétition avec The DO, qui annonce une date à Bruxelles, Julien Doré et Pep's tous les 2 en tournée.
La Victoire de l’album Pop/Rock de l’année a été obtenu par Arthur H actuellement en concert dans toute la France.
La Victoire de l’album de Musiques Urbaines de l’année a été obtenu par Abd Al Malik qui est également en tournée.
Il était en compétition avec Grand Corps Malade, Kery James et Tunisiano tous les 3 annoncés sur scène dans les prochains mois.
Coté "musiques du monde", Rokia Traoré, également en concert en France, a été distinguée pour son album "Tchamantché".
La Victoire de la Chanson originale de l'année a été décerné à "Comme un manouche sans guitare" de Thomas Dutronc qui annonce une vingtaine de dates de concert.
En conclusion, on pourra saluer cette occasion de voir et d'écouter du Live en direct sur une grande chaîne de télévision accessible à tous, en saluant la performance qui consiste à enchaîner les prestations des artistes.
NTM + Sefyu - 3 Octobre 2008 - Le Dôme - Marseille
oh le rockeur, qu'est-ce que tu viens foutre à un concert de NTM !. Plus amusé que blasé, je rencarde le lascard que j'étais accro au son du 93 quand il écoutait encore Winnie l'ourson et qu'en 91 à Vitrolles, l'ambiance y était plus chaude (et le billet à 80 balles pour le concert avec IAM, la baston étant offerte). Lui est enthousiaste et moi .../... La suite
oh le rockeur, qu'est-ce que tu viens foutre à un concert de NTM !. Plus amusé que blasé, je rencarde le lascard que j'étais accro au son du 93 quand il écoutait encore Winnie l'ourson et qu'en 91 à Vitrolles, l'ambiance y était plus chaude (et le billet à 80 balles pour le concert avec IAM, la baston étant offerte). Lui est enthousiaste et moi plus circonspect, déjà que les papys d'IAM me font chier depuis quelques années, qu'est-ce que va donner cette reformation, surtout qu'à 45 euros, ça fait cher la nostalgie.
C'est donc avec un nouveau copain et des interrogations que j'entre dans le Dôme alors que la voix de Sefyu fait trembler les murs. Bon avouons le d'entrée, c'est vraiment pas ma came à la base, limite il me donne rapidement mal à la tronche le gars. Mais force est de constater que son crew est plutôt efficace sur scène. Grosse voix du lead, jeu de scène qui à la pêche et même si les coups de gun ça saoule vite, je ne fuis pas. Faut dire qu'il a quand même joué les titres les plus écoutables comme Molotov, la famille, ...
Première constatation le son est toujours aussi mauvais au Dôme (les basses saturent), et le public hip-hop roots n'est pas le même que celui de Marsatac, beaucoup plus de jogging et de métissage culturel ici. Comme quoi, il y a des racines communes.
Les lumières s'éteignent, éclairs et bruits d'orages sont projetés sur l'énorme écran, le logo Suprême NTM apparaît sous les acclamations. Et, comme on s'y attendait, c'est avec Seine-Saint-Denis Style qu'ils déboulent. Là, comment dire, c'est l'explosion. On connaît les titres par coeur, c'est quand même une partie de notre histoire. Et le deux lascards sur la scène partage une complicité non feinte et une joie certaine. Ouf, tout ça n'est pas qu'une histoire de thunes.
Ils enchaînent sur C'est clair... repris en coeur aussi. Je vais pas énumérer les titres, ils nous ont régalé d'un best of, de compos perso et de faces B. L'orgasme aura lieu sur Qu'est-ce qu'on attend pour foutre le feu avec, en intro, un speech d'une rare intelligence de Kool Shen en soutien aux grèvistes et mouvements sociaux. 20 ans après le morceau est toujours aussi pertinent et musicalement toujours aussi rageur. Raah putain c'est bon !
Bien evidemment on prendra aussi son pied sur Police même s'il n'est pas joué entier et Paris sous les bombes et C’est arrivé près d’chez toi. Ce n'est pas pour rien que NTM a marqué l'histoire du hip-hop. Le public est en transe et la communion avec le groupe n'est pas feinte. On est venue pour l'énergie et l'énergie est là. Je trouve Kool Shen impérial avec un flow de taré et une présence énorme. Joey Starr me semble moins présent mais avouons tout de même que le Jaguarr assure.
Ils en pourront s'empêcher de chambrer le public lorsque il ne crie pas assez, indiquant qu'ils ont du se tromper et que les endormis voulaient sûrement voir IAM. Bien évidement le chauvinisme se déclenche, sifflements, Paris, Paris, on t'enc... scandé par une bonne partie du public. Mais tout ça bon enfant. Si, si, je vous assure. le Joey très fier de son effet, lâchera des Paris est magique ! histoire d'en rajouter et finira avec un sourire narquois en répondant au poétique slogan marseillais un moi aussi je vous aime qui montre que le gars a de la répartie.
De Laisse pas traîner ton fils qui m'a toujours fais chier, aux deux versions de Pose ton gun en passant par un Dans ma benz avec Lord Kossity en guest et surtout un excellent Tout n'est pas si facile old school avec le vieux ghetto blaster en fond, ils ont fait la totale, rendant hystérique un public acquis.
A noter l'interlude assuré par Eklips, un beat-boxer des plus doué.
Au final, après 2 heure de sets, on ne peut qu'être satisfait. Bon ok, je peux faire le vieux con en comparant avec le concert de 91, largement au dessus, une claque à la fois musicale et physique, qui enracinait le son du 93 dans mon histoire musicale. Mais hier les deux vétérans ont réaffirmé qu'ils étaient bien là, avec une rage, une énergie et un plaisir qui ne leur fait pas défaut.
Et en sortant, j'ai vu dégun tirer la gueule, que des bananes sur les visages.
>> Réponse (le 06/10/2008 par Sami) Globalement du même avis, j'ai pas eu l'occasion de les voir à leur grande époque mais ce retour qui sentait un peu .../...La suite
Sefyu - Suis-je Le Gardien De Mon Frère ? par Philippe Le premier contact avec Sefyu, rappeur masqué du 9-3, est un poil rugueux : déflagrations, sirènes et tirs à l'arme lourde... En plus il a une grosse voix et un énorme accent postillonnant de caillera, de quoi convaincre n'importe quel auditeur inattentif qu'il pratique, .../... La suite
Le premier contact avec Sefyu, rappeur masqué du 9-3, est un poil rugueux : déflagrations, sirènes et tirs à l'arme lourde... En plus il a une grosse voix et un énorme accent postillonnant de caillera, de quoi convaincre n'importe quel auditeur inattentif qu'il pratique, forcément, un rap bas du front, agressif et destructeur. Pour aggraver son cas, il utilise diverses expressions incompréhensibles (pour l'étranger au 93) qui donnent a priori l'impression d'un langage crypté - pour le nain priapique à Rolex juché sur le tank femelle qui lui sert de ministre de l'intérieur, à n'en pas douter, ce type qui en plus cache généralement son visage, est un ultra-gauchiste, un suppôt d'Al-Qaeda, probablement les deux d'ailleurs, l'ennemi public n° 1 quoi !
Et pourtant au détour de Sans Plomb 93, l'humour noir du refrain fait mouche : Dans les cités, y'a des gangsta', Dans l'gouvernement, y'a des gangsta'... On a des gueules trop cramées, d'après les médias... Comme Vladimir Poutine, le gangsta'... !. Drôle et plutôt malin, car Youssouf Soukouna n'est pas la moitié d'un con ! Suis-je le gardien de mon frère ?, à la ligne mélodique assez classieuse (comme pas mal d'autres titres de ce disque d'ailleurs), retrace ensuite avec finesse la fatalité qu'a un jeune sans repères à suivre les traces de son grand frère, et si possible le dépasser dans la délinquance, envisagée d'abord ici comme une forme d'accomplissement possible dans le nihilisme. Percutant !
Dans le même genre, Au pays du Zahef dont chaque rime se termine par un bruit de gun qu'on arme, où il constate avec dépit que tout peut finalement se régler aujourd'hui avec un calibre. Certes tout ceci a un côté un peu anachronique : on pensait être passé aux rappeurs qui réparent et proposent (Keny Arkana, Abd al Malik, M.A.P....), on a parfois l'impression d'entendre du NTM radoté, avec des Faits divers hélas mille fois répétés... mais bon, le monde change, le pays vote à droite et (donc) la banlieue reste toujours sur la touche : il n'est pas inutile qu'un témoin remue la merde et continue à appuyer là où ça fait mal. Pour citer Nicolas Gogol : "Ne t'en prends pas au miroir si tu as la gueule de travers"...
Plus constructif, C'est pas parce que démonte l'ensemble des idées reçues qui rendent les gens cons, de part et d'autre des frontières invisibles de la banlieue, des uniformes de la cité ou de la police, de l'argent, du parloir, des religions... Dans un autre style, Le journal, ou la défiance générale des jeunes gens vis-à-vis des médias, ou 3e guerre, qui dit l'ingratitude de la France vis-à-vis des travailleurs immigrés dans les années 60. Bref Sefyu a envie de tout péter certes, mais aussi une conscience aigüe des sources du mal. Il est d'autant plus crédible dans ce rôle de porte-voix qu'il a longtemps été travailleur social : il assume son rôle de grand frère, fumasse mais jamais misérabiliste ni auto-destructeur, et qui rend un fier hommage à son auditoire de supposés délinquants (Mon Public).
Pas évident malgré tout d'écouter l'album en une fois, un peu comme pour le formidable Gare au Jaguar de Joeystarr il y a quelques années : à force de se prendre des coups de boule, on finit par tomber à la renverse. L'homme à la voix de photocopieuse en bourrage vient d'ailleurs déclamer avec lui un nouveau Seine St Denis style, incompréhensible mais très énervé. Et puis certains arrangements R'n'B ne sont pas géniaux (enfin, on aime pas le R'n'B en général) : My life tout comme Vis ma vie, qui racontent pourtant de façon très évocatrice en 5 minutes l'adolescence d'un kid d'Aulnay-sous-Bois.
Quoi qu'il en soit sur l'ensemble, une production soignée et ses textes profondément mal-élevés et conscients, font de Suis-je le gardien de mon frère ? un salutaire coup de boule rotatif, probablement l'album rap français de l'année 2009 ! Et de Sefyu un grand-frère pas pire qu'un autre pour guider les petits agités qui composent son public - petits agités au sens Béruriéen du terme : pas une menace, juste une énergie certes incontrôlable mais fondamentalement positive... L'insurrection qui vient, en somme, hein Michèle ?
(2009)