L'hopital Caroline sur l'ile du Frioul se situe juste en face du vieux port. C'est dans les ruines en perpétuelle reconstruction que se tient chaque mois de juillet à Marseille les Nuits Caroline. Décor de rève entre mer, ciel et aridité de la roche battue par le mistral.
Sur scène,
Serge Tessot Gay pour une double ration de moments intenses.
1er acte. Les bras ballants, les yeux fermés ou regardant le ciel, il délivre d'une voix monocorde les terribles extraits du livre d'
Hyvernaud,
la peau sur les os, Traces de sang et de puanteur du séjour de 5 ans de l'écrivain dans les camps de la mort. Il est seul à déclamer ce texte sur une bande son de guitare et de furie...(C'est drôle de le voir sans guitare...). Impressionnant.
D'ailleurs, Dommage qu'il n'ait pas eu de musicien pour accompagner ce texte magnifique. Dans l'assistance, on regardait le ciel se coucher, gêné des mots que l'on entendait tant leur force, leur cruauté nous renvoyait à un état loin de l'humeur estival.
2e acte.PLus tard, il revient avec son pote syrien (désolé, mais il est tard et je ne connais pas la bonne orthographe de son nom). Le guitariste de
Noir Désir avec une maîtrise parfaite de son instrument et un joueur de Oud avec une maîtrise de son...Queneau en petite culotte quoi !...Un exercice de style qui nous plonge dans un dialogue entre instrument de la même origine (le Luth).
Les deux hommes ne se parlent pas, ce sont leur guitare qui s'en chargent. Et nous voilà plonger dans un univers onirique extatique. Là, on ne détourne pas le regard, on zieute les doigts de l'un et de l'autre qui font si vite sur le manche, on reste bouche bée devant cette étrange harmonie qui se noue entre les musiciens...Un moment exceptionnel qui nous fait un peu (beaucoup) penser aux ambiances déployées par
Godspeed You, black emperor !
Comme quoi, pas forcément besoin de paroles pour entraîner l'auditoire...D'ailleurs, on en a eu la preuve avant avec le gars de
Vibrion,
Fred, en solo. Seul aussi, avec sa gibson, son portable et ses insupportables textes...Là, on regardait dans le ciel devenu noir les avions passer...L'ennui assurément.
Photos Pirlouiiiit