Indie pop, minimal et émouvant. Frais, doucement mélancolique, apaisé, envoûtant et inspiré, Let in the light est aussi le disque le plus accessible de Shannon Wright. Les arrangements, minimalistes mais classieux, mettent en effet parfaitement en valeur la voix, le songwriting et le jeu de piano et de guitare d'une artiste véritablement exceptionnelle.
Shannon Wright + Norfolk - 26 septembre 2007 - La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
Un concert incandescent pour Shannon Wright à la Coopérative de Mai... Accompagnée par une section rythmique ou en solo au piano puis à la guitare, la troublante américaine a propulsé le public .../...
Un concert incandescent pour Shannon Wright à la Coopérative de Mai… Accompagnée par une section rythmique ou en solo au piano puis à la guitare, la troublante américaine a propulsé le public dans son univers dès le début de son set envoûtant. Après, impossible de se défaire de ses morceaux émouvants, revêches et saisissants !
Norfolk
La soirée commence avec la première partie assurée par Norfolk, qui propose au public un concert sobre et sous influence Bruce Springsteen/Tom Petty. Guitare sèche, harmonica, voix rocailleuse, morceaux qui tiennent la route : tout cela est plutôt de bon aloi. Seuls défauts, sans doute dus au fait que le projet – courageux – est tout récent : le relatif manque d’originalité des titres et la longueur du set, qui peuvent rebuter les novices en matière de country folk.
Un grand moment avec Shannon Wright
Déjà presque une ancienne sur le circuit rock alternatif (dans lequel elle évolue depuis très longtemps), Shannon Wright a la chance de maîtriser la scène comme personne. Essentiellement grâce à ses chansons ultra marquantes – que leur tonalité soit rock ou pop/folk –, à sa présence magnétique et à sa voix versatile, toujours aussi impressionnante. Cela fait beaucoup de qualités… Et celles-ci suffisent amplement pour emporter le public dans un tourbillon d’émotions contrastées, malgré le manque de communication et parfois la difficulté à voir l’artiste, prostrée sur son piano (magique).
Le débat traditionnel entre les fans des morceaux calmes, ceux des parties plus électriques ou ceux des instants en solo est à notre avis complètement sans intérêt. Shannon Wright maîtrise en effet les trois exercices à la perfection, en évoluant toujours sur le fil du rasoir, avec sa voix (passant du murmure aux cris) ou ses instruments (piano caressé puis martelé ou guitare tour à tour lacérée et effleurée). Les moments où elle se présente seule face au public sont, bien sûr, exceptionnels d’intensité, mais la section rythmique discrète et souple qui soutient souvent ses efforts est irréprochable.
Difficile dans ces conditions de repartir déçu d’un concert de Shannon Wright ; le public de la Coopé semble totalement sous le charme à la fin de la prestation de son taciturne chou chou. Normal, avec un concert d’une heure quinze composé de morceaux tirés du dernier album en date – l’excellent Let in the light –, et de nombreux extraits des remarquables disques ayant émaillé sa discographie. Un grand moment !
Melchior Liboà + Sabo + Shannon Wright (Festival BàO) - 14 septembre 2007 - Espace Doun, Rognes Je dois avouer que ce soir là à l'espace Doun, je suis surtout venu voir Shannon Wright qui est venue présenter son superbe album Let in the right, pour moi un des meilleurs albums de cette année. .../...
Je dois avouer que ce soir là à l'espace Doun, je suis surtout venu voir Shannon Wright qui est venue présenter son superbe album Let in the right, pour moi un des meilleurs albums de cette année. J'ai quand même été agréablement surpris par les deux autres groupes de ce festival Bào : Melchior Liboa et Sabo.
Melchior liboa est le premier à se lancer, il est seul sur scène avec sa Gretsch pour jouer du blues-rock avec des textes en français souvent sombres et poétiques. Il me fait beaucoup penser à ces chanteurs de rock français torturés qui ont roulé leurs bosses un peu partout. Pas super original mais sympa finalement.
Le groupe Sabo arrive ensuite et font dans un premier temps asseoir le public. J'avais hâte de les voir car je savais que le trio était composé de deux anciens membres du groupe Sloy. Le style de Sabo est radicalement différent de Sloy, on est ici plutôt dans de la chanson jazzy/Bossa un peu sixties avec des parties instrumentales. C'est assez surprenant mais très original, ca me fait beaucoup penser aux musiques de certains films des années 60 (genre celles de Michel Magne ) peut être à cause de la guitare lead qui sonne très Shadows. L'absence de batterie ne m'a pas gêné plus que ça. J'ai surtout aimé leur morceau Fatigue à Paris. Une bonne expérience…
Set list : Retour vers le sud, 260 jours de vent, 7h20, Fatigue a Paris, Le Train, Ami Amie, Souvenir de fevrier, La ultima, Requiem, Retrospective
Après un peu d'attente, Shannon Wright arrive enfin sur scène pour se mettre au piano (un superbe piano à queue d'ailleurs…). Elle n'a pas l'air à l'aise au début et le public qui n'est pas encore dans le concert ne l'aide pas beaucoup, ca braille beaucoup en musique de fond…Mais on sent de l'intensité dans sa voix et peu à peu la magie agit, Shannon Wright est de la trempe de Yann Tiersen et on sent qu'elle pourrait jouer des heures au piano sans nous lasser. Après trois morceaux au piano dont l'excellent Steadfat and true, elle prend sa guitare et est rejoint par un batteur et un bassiste tout droit sorti du pays Quaker, barbu et chevelu à souhait, un vrai choc visuel (merci d'ailleurs à Pirlouiiiit pour ses photos). Le concert monte alors en intensité avec pour commencer le superbe titre Don't you doubt me. Par rapport à ses albums, ici en concert, les morceaux sont nettement plus rageurs et viscérals que mélancoliques. Dommage que l'acoustique de la salle ne suive pas toujours… Shannon Wright n'a pas toujours l'air avec nous, plutôt concentrée dans sa musique, c'est difficile d'apercevoir ses yeux à travers ses cheveux et je ne parle même pas du bassiste qui souvent est caché derrière son impressionnante chevelure. Bizarrement je m'attendais à ce qu'elle joue davantage de morceaux de son dernier album mais le concert correspond plus à un mélange de plusieurs albums notamment Over the sun son précédent avec son excellent With closed eyes que j'attendais avec impatience en concert, un moment intense. Elle reviendra finalement seule pour un rappel (où elle nous fera grâce d'un sourire et d'un merci, whouahhh !) avec ses trois derniers morceaux, dont l'excellent Louise au piano. A voir absolument en concert…
Set list : Dirty facade, Hinterland, Steadfast & true / Don't you doubt, With closed eyes, Less than a moment, Plea, Within the guilt, Black with stray, If only we could, Fences / Louise, Birds, Avalanche
Je fais enfin connaissance avec cette salle dont la programmation est souvent alléchante. Très sympa, un petit bar au fond d'une salle voutée, pierres apparentes. Inutile d'arriver à l'avance, la salle n'ouvre qu'à l'heure indiquée sur le billet.
Je suis venu pour Shannon et je déteste déjà les deux groupes qui vont devoir me faire patienter. Melchior Liboà commence le show. Une petite ressemblance avec Jean-François Bizot (jeune) tant au niveau du physique que de la dégaine et de la passion qu'il dégage.
Il est tout seul sur scène avec sa guitare, mais sa loop-pedal (j'adore ça !) ajoute beaucoup de relief à sa musique. Au niveau des textes, ça fait très poète incompris (d'ailleurs, j'ai pas tout compris). Ma femme a trouvé ça misogyne, mais vous savez, les femmes... (Oops ! ça c'est misogyne).
Le garçon a eu du mérite de jouer dans une ambiance plutôt bruyante. Apparemment, il n'y avait pas eu de concert au Doun depuis un moment et les habitués avait beaucoup de choses à se dire autour d'une bière.
Arrive Sabo, trois fois plus nombreux. Du "Pop folk Lo-Fi, avec des airs de bossa" qu'ils disent sur le site. Je veux bien, mais la dose de bossa est infinitésimale (tant mieux, je suis pas fan). A droite, une bassiste très efficace.
Au centre, le guitariste qui chante en français lui aussi (là non plus, j'ai pas compris les paroles, mais c'est juste parce qu'il fallait tendre l'oreille, l'articulation n'étant pas parfaite). A gauche, le guitariste/synthé, qui a capté toute mon attention.
Ma théorie, c'est qu'il a dû commencer à apprendre à jouer de la guitare avec "Apache" des Shadows et qu'il adore ce morceau au point d'en mettre un bout dans tous ses solos. Sa guitare a un son entre celui des Shadows et de Chris Isaak et sa technique est très variée. Bref, j'ai adoré.
Après deux/trois branchements, Shannon Wright arrive sur scène et commence par trois morceaux au piano. Je nage dans le bonheur. Et puis arrivent deux magnifiques barbus qu'on aurait dit échappés d'un salon sur les logiciels libres. A en faire pâlir les ZZ Top !
Le batteur a fini la soirée dans un triste état, le bassiste beaucoup moins (il donne l'impression de dormir en jouant). Shannon a pris sa guitare. A partir de ce moment-là, le show est devenu plus musclé certes, mais le son saturé (peut-être étais-je trop près de la sono) et la virtuosité de Shannon est moins palpable à la guitare qu'au piano.
L'écoute de son dernier album m'avait laissé espérer plus de morceaux au piano. Pour le rappel, j'ai été comblé puisque les barbus sont allés se coucher pendant que Shannon nous gratifiait de trois merveilles
>> Réponse (le 16/09/2007 par francis) Effectivement,superbe soirée à Doun, même si le concert du lendemain s'est révélé encore meilleur, notamment grâce à des .../...La suite
Une journée un peu atypique (pour nous) au Printemps de Bourges, avec deux concerts relativement intimistes dans des salles composées exclusivement de places assisses : tout d'abord Motel Martel et Seb Martel + Shannon Wright, puis Pierre Lapointe + Brigitte Fontaine…
Motel Martel et Seb Martel :
Dans le superbe (et tout récent) Auditorium de Bourges, Seb Martel et son projet théâtral Motel Martel sont programmés – assez bizarrement – en première partie de Shannon Wright. Plutôt courageuse, mais très rapidement soporifique et maniérée, l’entreprise se révèle trop longue. Après une mini pièce de théâtre avec des acteurs interprétant leurs rôles dans la salle au milieu du public, Seb Martel et sa troupe viennent juste après sur scène jouer leurs morceaux lancinants, un peu trop lancinants d’ailleurs. Passé la surprise, on se rend compte que ce n’était pas forcément le meilleur contexte pour une telle représentation d’une heure trente. Ceux qui attendent impatiemment Mrs Wright sont contraints d’attendre, de préférence dehors pour la plupart…
Shannon Wright :
Malgré ce petit désagrément, le concert de Shannon Wright restera comme un moment extraordinaire. Comme toutes ses prestations scéniques d’ailleurs, serait-on tenté d’écrire… Car le set - axé sur son apaisé et captivant album Let in the light - met en valeur les deux facettes quasi schizophrénique de l’insaisissable Américaine : une partie piano/chant avec un backing band stoïque et parfait, et une session rock avec guitare électrique épileptique et section rythmique impeccable. Si les morceaux calmes sont époustouflants de classe, les titres plus virulents n’en sont pas moins excellents. Le mélange des deux au cours d’un même concert permet de reproduire un difficilement inoubiable passage dans les montagnes russes ; le paysages sonores très contrastés défilent à vitesse grand V, et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde… Malheureusement tout cela ne dure que moins d'une heure ; en plus de l’ordre d’apparition sur scène, il aurait fallu également inverser les temps de passage de Shannon Wright et Seb Martel. C’est un peu dommage, mais les 50 petites minutes du concert de la fragile jeune femme resteront longtemps en mémoire…
Pierre Lapointe :
Direction la Hune, pour le concert de la toujours déjantée (et pas si Conne que ça, malgré ce qu’elle affirme dans sa fameuse chanson… ) Brigitte Fontaine, avec Pierre Lapointe en première partie… Etrange personnage que ce Québecois, perpétuellement le cul entre deux chaises ; entre la variété de comédie musicale ringarde à la Michel Berger/Luc Plamandon et la pop luxuriante superbement orchestrée et aventureuse… Le résultat est bizarre, et fait passer par différents stades. Tout d’abord, le stade de la stupéfaction : en voyant ce chanteur micro en main, voix haut perchée, jambes un peu écartées, avec un accoutrement que n’aurait pas renié le jeune Daniel Balavoine dans la tristement célèbre Starmania, l’on se dit que la soirée commence mal. Surtout que notre jeune homme passe au piano pour quelques titres mielleux qui pourraient éventuellement s’ajouter au dramatique répertoire de Patrick Bruel. Pourtant malgré ce premier constat peu reluisant, on remarque ici ou là des refrains entraînants et percutants, des mélodies accrocheuses, des idées brillantes… Comme on dit, il y a un truc chez ce Pierre là, un chanteur sachant en plus être positivement hilarant dans ses discours entre les morceaux. Juste avant la fin de sa prestation et l’interprétation acclamée de son tube imparable, l’on se rend compte que, caché dans l’accoutrement d’un chanteur de variété, se cache en fait un amoureux fou de la pop qui rend heureux, un romantique échevelé à l’univers singulier et aux textes malins. A voir, pour se faire sa propre idée sur ce phénomène sacrément bipolaire.
Brigitte Fontaine :
Un peu plus tard dans la soirée, une autre grande malade souffrant de schizophrénie chronique fait son apparition sur scène… C’est Brigitte Fontaine et son cirque musical hésitant entre rock dangereusement barré et chanson foldingue. Toujours égale à elle même, c'est-à-dire je m’en foutiste, provocatrice, peu habituée à chanter juste, et volontairement crâneuse, Brigitte a une fois de plus permis à son public d’oublier son quotidien en créant de toutes pièces un monde à part, entre poésie surréaliste, critique acerbe de la société de consommation et délires psychotiquement oniriques. Outre la présence du fidèle Areski Belkacem (en clown, percussionniste, chauffeur de salle et chef d’orchestre de bal), l’apport de Yann Péchin, mercenaire/guitariste ayant officié aussi aux côtés de Miossec, Bashung et Thiéfaine semble être une bonne idée. Au début. Sur les tournées précédentes, l’absence de guitare électrique se faisait en effet parfois cruellement sentir. Le problème, c’est que notre homme en fait des tonnes comme à son habitude et en met partout en faisant le beau dans son pantalon de cuir, en plus… Entre interventions distordues et dissonantes bienvenues et branlage stérile de manche, Yann Péchin hésite. C’est un peu bête, mais Brigitte Fontaine est là pour faire oublier tout ça avec son répertoire hallucinant et ses facéties drolatiques. Quelques morceaux dispensables et quelques moment rares plus tard, il est temps de faire revenir Pierre Lapointe sur scène pour un duo sur le fil du soir et émouvant sur La symphonie pastorale. Après les rappels (avec le traditionnel « L’amour c’est du pipeau , c’est bon pour les gogos ! »), en sortant de la salle ravi, on se dit en soi même que cette équilibriste géniale de Brigitte Fontaine a décidément plus d’un tour dans son sac fourre tout…
Troisième (et dernière) journée des 26èmes rencontres Trans Musicales de Rennes
Le troisième jour d’un festival voit souvent arriver des festivaliers sur les rotules, avec de vilaines cernes sous les yeux et une démarche traînante. Nous faisons partie de ceux-là, avouons le… Mais quoi de mieux pour se « reposer » qu’un concert dans une petite salle intimiste ? Ça tombe bien, le théâtre l’Aire Libre - situé à deux pas du Parc des Expos où se tiennent les Trans Musicales - abrite en ce samedi l’une des trois prestations exclusives de Yann Tiersen & Shannon Wright, une occasion rêvée de démarrer la soirée en douceur… avant de repartir arpenter les grands halls de l’aéroport de Rennes.
Yann Tiersen & Shannon Wright
Programmée à 19 h, trois jours de suite, la courte série de concerts très attendus de Yann Tiersen et Shannon Wright avait l’attrait d’être unique… Souhaitons que la réussite de ces prestations permette au duo de partir en tournée ensemble, mais rien n’est moins sûr, compte tenu d’emplois du temps chargés des deux côtés…
En écoutant le magnifique album commun de Yann et Shannon, on se disait que ce serait un petit plus de les voir tous les deux en même temps sur une scène, pour vérifier si la bouleversante communion entre les deux musiciens fonctionnait aussi en direct. Notre vœu est exaucé ce samedi 4 décembre vers 19 heures quand le duo foule la scène de L’Aire Libre, accompagné par un batteur et un bassiste. Dès l’intro instrumentale, superbe, on constate que les rapports entre les deux timides protagonistes ne se sont pas « réchauffés » : Yann est au piano, Shannon est à l’orgue électrique et … ils se tournent le dos ! Au cours de ce très beau concert d’un peu plus d’une heure, ils ne se regarderont que très furtivement et n’échangeront qu’un seul sourire à la fin, question de pudeur et de concentration sans doute… Comme prévu, les changements d’instruments se multiplient - Miss Wright alterne entre le micro, la guitare et l’orgue, tandis que Monsieur Tiersen s’empare du violon, joue du Marimba, du piano, de l’orgue, de l’accordéon, de la guitare -, et le public a presque le souffle coupé devant tant de beauté… Les fans de l’auteur de la BO d’Amélie Poulain reconnaissent ici et là quelques bribes de l’univers désuet et émouvant de Tiersen, les aficionados de Shannon Wright apprécient sa voix tranchante et puisante autant que son jeu de guitare sec. L’alchimie entre les deux se produit devant nos yeux ébahis (parfois fermés ou… humides), comme par magie. Le plus surprenant dans cet exercice fusionnel de haute voltige c’est que l’Américaine joue des parties de piano qu’on attribuait au Français, quand peu de temps après, celui-ci extirpe de sa Telecaster des notes dissonantes qu’on pensait provenir du jeu de son acolyte. Sur le fil du rasoir, toujours dans un recueillement poignant, le concert voit se succéder nombre d’instants précieux qu’on gardera bien soigneusement en mémoire… Le duo avec Tiersen à l’accordéon et Wright au chant étant un de ceux là ; Pale white, la dernière chanson de l’album, également. Après une heure de va et vient entre ballades tourmentées et violentes décharges d’émotions rock - les deux saluées par des applaudissements reconnaissants du public -, le spectacle prend fin avec un morceau de Tiersen seul au violon. Malgré le rappel très chaleureux, les artistes ne reviendront que pour saluer collectivement, le sourire aux lèvres. A la fin, on se retrouve presque orphelin de cette musique, seules restent en tête des images et des notes étourdissantes. C'est déjà beaucoup.
Santa Cruz
Tellement conquis par le concert de 19 heures, on ne veut plus quitter l’Aire Libre… Pourquoi ne pas profiter de notre présence ici pour assister à la prestation du groupe français Santa Cruz prévue à 21 heures dans la grande salle du théâtre ? Dès le premier morceau de ce collectif fans d’Americana et de folk rock, on se félicite chaudement d’être restés. On a en effet la délicieuse impression d’assister à un concert commun de Calexico et Lambchop, les voix des deux chanteurs guitaristes rappelant pour l’un celle de Joey Burns, pour l’autre celle de Kurt Wagner. A cette classe vocale, s’ajoute une instrumentation fournie et roots (pedal steel guitar, orgue électrique, guitares sèches et électriques etc) et d’irréprochables compositions (traversées par le rock des grands espaces américains, la folk music US et une pincée expérimentalo post rock jazzy) qui viennent corroborer la thèse du groupe promis à un bel avenir… Dans l’écrin chaleureux de l’Aire libre, Santa Cruz dévoilera longuement ses chansons très bien écrites devant un public calme, mais conquis. Petit cadeau bienvenu, Pascal Humbert (de Sixteen Horsepower) et Billy Conway (ex Mophine) viendront apporter leurs contributions réussies à la contrebasse et à la batterie… Que dire de plus ? On souhaite bonne route à cet excellent groupe, en espérant recroiser sa route très rapidement !
Modey Lemon
Le retour au Parc des Expos dans le Hall 4 s’effectue dans un déluge de larsens : le groupe américain Modey Lemon vient de prendre d’assaut la scène, à la hussarde… Et ça fait mal, très mal ! Les sommations d’usage ne sont même pas faites ; le trio survolté tire dans le tas dès les premières mesures. Et c’est une délicieuse bouillie électronico punk rock qui s’abat sur le public, tétanisé de bonheur. Sur scène, c’est un peu comme si le Jon Spencer Blues Explosion recevait le renfort conjoint de Sonic Youth et Black Sabbath, ainsi que d’une armée de Moog fracassés (et autres boucles soniques vrillantes). Le résultat de cette violente débauche d’énergie dissonante n’est ni plus ni moins qu’un cataclysme sonore ! Chaque musicien est ultra concentré sur sa mission : le guitariste chanteur bidouilleur enchaîne sans compter sa peine riffs punk/blues, hurlements et bruits divers, l'électronicien/guitariste déclenche des vagues immodérément distordues, enfin last but not least, le batteur fait le spectacle en cognant sa batterie minimaliste comme un malade mental. On n’avait pas vu un bourreau des fûts aussi délicieusement primaire depuis le forcené des Soledad Brothers à Bourges en 2003. Un concentré de punk n’ blues (sauvagement maltraité à grands coups de boucles soniques) est disponible sur l’incandescent hymne au bruit qu’est l’album Thunder + Lightning de Modey Lemon… Cet objet est réservé à un public averti, ne venez pas vous plaindre après d’avoir mal aux oreilles !
Kraftwerk
Cela fait un certain temps déjà qu’on rêvait de voir le mythique groupe allemand Kraftwerk sur une scène… Et là, miracle, la dernière date de la tournée 2004 des hommes robots a pour cadre les Trans Musicales de Rennes. Le public, assez jeune, est venu pour découvrir les précurseurs des musiques électroniques en espérant danser frénétiquement… C’est oublier un peu vite que malgré deux ou trois montées en puissance propices à ce genre d’exercice, la musique de Kraftwerk est avant tout une électro pop à tendance hypnotique.
Le rideau s’ouvre sur quatre hommes statiques postés derrière des ordinateurs portables, le premier titre joué est Man machine, une longue plongée synthétique dans les méandres des cerveaux fascinés par les robots du groupe de Düsseldorf. Malgré une musique aux sonorités assez datées (les sons de claviers ultra cheap et certaines boucles), la puissance du light show et des visuels projetés sur une immense écran en fond de scène - absolument scotchants - permet de rentrer dans le concert… Le coté répétitif des slogans (semble-t-il chantés en direct), de la musique et des projections agit comme une drogue : l’auditeur/spectateur se retrouve perdu dans l’univers fascinant de Kraftwerk… Quelques éclairs de lucidité lui permette tout de même de constater que les variations relativement récentes sur le Tour de France ne sont pas l’acmé du travail de Kraftwerk, mais là encore le tourbillon visuel/musical fait son effet. Puis le voyage se poursuit sur les autoroutes et les chemins de fer des années 70 eu Europe : Autobahn et Trans Europe Express arrivent à point nommé pour relancer la machine à faire planer, toujours alimentée placidement par nos quatre musiciens/figurants…
Conformément à nos prévisions c’est le titre Radioactivity qui se révèle être le plus marquant de la soirée : ce morceau - sans doute un des plus brillants jamais composé - est une véritable plongée en apnée dans l’univers inquiétant et toxique de Kraftwerk. Les bruitages stridents, les panneaux clignotants terrifiants, la mélodie entêtante, l’atmosphère oppressante : tout contribue à faire chavirer l’assistance dans un agréable cauchemar. Après, les considérations sur le thème de l’ordinateur (Computer world, Pocket calculator) paraissent un peu moins fascinantes et pertinentes en 2004. Mais il reste malgré tout l’apparition des robots animés sur le titre Robots, l’effet produit, même s’il est attendu, est saisissant car les mannequins articulés qui remplacent leurs maîtres - partis en coulisse - ont leurs traits et semblent réellement vivants… On ressort donc du hall 9 tout étourdi par le méga show de Kraftwerk. La mélodie insidieuse de Radioactivity nous poursuivra pour le restant de la nuit.
Les Rencontres Trans Musicales 2004 nous laisseront un excellent souvenir ; elles auront permis de découvrir de nombreux artistes dans des styles remarquablement variés, tout en assistant aux concerts de quelques têtes d’affiche ne se vautrant pas dans la facilité. Mais il y a quand même un petit problème : les prochaines années, il sera désormais excessivement difficile de se passer du pèlerinage hivernal à Rennes.
A lire également : les comptes rendus des soirées du jeudi et du vendredi aux Trans Musicales 2004.