C'est le trio belge Sharko qui débute la première soirée des Volcaniques de Mars 2002... Le concert commence par un morceau très calme mais, par la suite, le groupe - et surtout son chanteur - fera preuve de tout son pétillant dynamisme. Alors que ses acolytes, un excellent guitariste créant des atmosphères planantes et un batteur appliqué, sont d’un flegme tout britannique, David Bartholomé est constamment survolté derrière son micro. Il parle français sans accent particulier mais, comme Zop Hopop, il a un don pour tenir des propos hilarants et se comporter de manière pour le moins originale. Par exemple, lors d’une chanson avec des chœurs d’enfants enregistrés (« Clash P »), il fait parler une chaussure (on a l’impression que c’est elle qui fait les chœurs) puis il se déshabille et fait parler son pull, son t-shirt Star Academy, son pantalon, ses chaussettes, puis il finit en caleçon sur le bar et exécute une danse de la pluie pour rejoindre la scène. Mais questcequecestquecetruc ? Il se rhabille en chantant et enchaîne. Musicalement parlant, Sharko produit un pop/rock empreint de trip-hop et de rock planant. Notre hurluberlu strip-teaseur joue de la basse et chante avec talent, son timbre de voix évoquant le Sting énervé de Police. Une chanson interprétée ce soir ressemblera d’ailleurs à du Police Belge, et lors d’un medley ils joueront même quelques notes de « Can’t stand losing you ». Le groupe semble donc assumer la référence sans aucun complexe. La présentation des musiciens, moment éprouvant en général, devient une sorte de happening : le chanteur présente ses camarades, façon speaker de boxe à Las Vegas, en essayant de les placer auprès de la gent féminine auvergnate à grand coups de « Il est sexy, il mesure 1 mètre 70 pour 50 kilos etc. »
Grâce aux samples, au jeu de guitare original, et aux sons de basse couvrant un large palette, la musique de Sharko sort du lot et paraît promise à un bel avenir. Les titres « I went down » et « Ema (boom boom) » sont en effet des tubes potentiels. Les amateurs de pop doivent absolument écouter « Meeuws 2 », le premier album de cette bande de zigotos talentueux, sinon ils passeront à côté de quelque chose...
Après le festival réalisé par la première partie, Morning Star, avec sa musique assez calme, avait une tâche ardue pour convaincre le public, joyeusement énervé par Sharko. Jesse D. Vernon chante en effet de manière assez feutrée, il est soutenu aux chœurs par une batteuse, une bassiste et le talentueux multi instrumentiste (flûte, guitare, vibraphone, tambourin) de Ben's Symphonic Orchestra. On remarque également un remarquable joueur d’orgue électrique produisant des sons divins avec son instrument, on se croirait sur un album de Portishead... Il y a un petit quelque chose de Calexico chez Morning Star : certaines ambiances sont « Western ». Leur style est laid-back, ils ne se pressent vraiment pas : c’est seulement lors des rappels que le rythme s’accélérera. Cette voix presque murmurée, ces harmonies vocales beachboysiennes, ces sons vintage, s’ils ne sont pas recommandés pour se défouler, sont très propices à la rêverie. Le jeu de guitare de Jesse Vernon - sur une guitare classique ou avec une Stratocaster - est très subtil, il joue la plupart du temps des rythmiques mais part brusquement dans des solos avec pédale Wah-Wah dignes du grand Jimi Hendrix. Il exécute ça en toute décontraction et le plus simplement du monde sans prendre des poses de guitar hero. le chanteur/guitariste parlera d'ailleurs brièvement de ses idoles (Hendrix donc, Tim Buckley et Carlos Santana) et leur dédicacera une élégie commencée a capella avec tout le groupe regroupé autour de la batterie.
Un seul défaut chez morning Star : le chanteur répète sans cesse le nom du groupe entre les chansons, c’est un peu exaspérant, on croirait entendre la version molle d’un discours de rappeur hurlant sans cesse le nom de son posse. En plus, il y a une magnifique chanson dont le nom est… « Morning star », on ressort donc de l’Espace Couriat avec ces deux mots dans la tête mais aussi avec les délicieuses mélodies de ce groupe très cool. Si on ne fréquente pas les concerts ayant lieu lors de rassemblements de motards ou les grands messes du heavy metal, l’album « A place in the dust » permet de passer 40 minutes dans les nuages, tout comme les concerts de Morning Star...