
Les
Têtes Raides, depuis quinze ans qu'ils tournent, c'est le genre de groupe que tout le monde a vu au moins une fois (à moins d'avoir moins de 16 ans)... La théatralité et la qualité de leurs spectacles sont bien connus, et toute la chanson française sait ce qu'elle leur doit ; la question n'est donc plus de les voir, mais juste de les revoir avec plaisir, comme de vieux potes de passage.

Une expérience perso parmi d'autres : les
Têtes Raides jouant
unplugged en pleine tempête aux Eurockéennes (où on leur avait coupé l'électricité sur scène). Ou encore une agréable conversation avec le très sympathique
Grégoire, chauve saxophoniste, à la fin d'un concert intimiste à la Gare de Coustellet (84).

5 ans après les avoir vus ici-même (j'ai zappé le KO social et je boycotte le Dock des Suds avec ou sans toit), les revoici donc et entre temps ils ont au moins fait trois albums que je connais mal. Quel malheur d'être largué avec les Têtes alors que je pouvais chanter
Mange tes Morts ou
Le bout du Toit en entier à l'époque ! Enfin je les connais assez pour savoir qu'ils refont du rock, plus précisément du punk-musette, comme à leurs débuts, ce qui me convient aussi bien que leurs chansons douces-amères des années 90.

Ayant raté le concert, semble-t-il microscopique (puisque fini à 20 h 50) des sympathiques
Musard (déjà chroniqués largement par ailleurs), on entre tout de suite dans le vif du sujet. Je n'ai pas tout reconnu sur le moment mais j'ai pu attraper une playlist (cf infra) pour reconstituer l'affaire.

Première bonne nouvelle sur
Fragile : en plus de la bande habituelle, l'excellent
Scott Taylor est à la manoeuvre à la trompette, et il y a un type au trombone qui pourrait très bien avoir été celui de la
Mano, une kind of légende quoi !!

Dès la deuxième chanson,
Christian Olivier prend la guitare et c'est une Gibson SG, la guitare de flambeurs et des Dieux, et clame
Je voudrais pas crever de sa voix sépulcrale avant l'enchaînement sur la
Gueule du loup, chanson bouleversante sur un texte de
Kateb Yacine, faisant le parallèle entre la répression de la manif algérienne de 61 et celle de la Commune de Paris. Et puis vient un
Gino frissonnant, pétaradant et fantastique comme dans mon souvenir.

C'est l'avantage quand on a une dizaine de bons albums à son actif : un récital aux petits oignons. Un coup on tape dans du très vieux :
L'oraison (de Fleur de Yeux) puis on en prend une nouvelle, la très punk
Constipé que je ne crois pas connaître.
L'as-tu vu et sa boule à facette magnifique me disent déjà plus, je suis à nouveau largué avec le speech sur le Texas (
We gonna love Me) et redécouvre
Qu'est-ce qu'on se fait chier qui permet au chanteur d'esquisser une petite danse indienne, ou les rigolos
Zanimos.

Mais attention, faudrait pas prendre les
Têtes Raides pour des gentils ! Car la charge punk-musette est alors sonnée :
Civili et
Journal ("Allez les Enfants, tuez vos parents !"). Et puis l'émotion brute de
Vendue au diable, le rire aux larmes de
Zigo (où je me dis que je pourrais, que je devrais même sérieusement envisager de réécouter l'intégrale du groupe).

Retour aux nouveautés avec le fabuleux et lancinant
Raccourci (quasiment du
Nick Cave) et puis
La Force (qui sonne effectivement très
The Ex avec qui ils l'ont enregistrée). Premier rappel, déjà, à 1 h 20 ? Auraient-ils vieilli, les papes de la chanson française néo-réaliste ?

Ben non, ils reviennent et nous refoutent une couche d'émotion brute avec le
Café de la Marine (
Emily pour les intimes) : petite pensée pour mon ami Nicolas qui la chantait en live et qui vient d'être papa (on avait un groupe, j'étais à l'accordéon et on jouait dans la rue, toute une époque) ! Et puis justement voilà 4 minuscules qui sont accueillis : c'est les p'tits
Patalos (soit divers rejetons du groupe) qui débarquent sur scène... Si les filles semblent s'amuser, il me semble que l'un des garçons est un peu effaré, il en oublie de chanter le pôvre...

L'assez bordélique
Vaille que Vaille laisse place à l'indispensable
Ginette et sa loupiote volante (que tout le monde avait déjà repéré, planquée là-haut comme toujours), la salle chavire de bonheur et de valse en guingette. La ginette finira coincée dans un projo tout là-haut, déclenchant l'hilarité générale...

Deuxième rappel avec le célèbre et très beau poème de
Philippe Soupault (hum ...merci Google) :
Georgia qui, on ne sait comment, débouche sur ce titre phéonménal,
L'iditenté (où l'on ne peut pas ne pas penser à un taulard célèbre, qui a lui aussi beaucoup fait pour le rock français) et puis la jolie
Saint-Vincent qui est devenue un grand classique, elle aussi. Le groupe quitte la scène sous un tonnerre d'applaudissement et ca fait bizarre : on a déjà eu deux rappels mais c'est une fin un peu frustrante, musicalement trop calme.

Mais en fait c'est qu'il y a aussi un troisième rappel (on va finir par rater le métro là non ?), avec la célébrissime
Lesson number 6 (les aventures de Brian and Jenny in the garden), une tradition immémorielle en live, et puis
Le Phare pour conclure dans l'allégresse sur un air de pipeau. Au final et comme ça a toujours été le cas : un concert généreux, drôle, enjoué, délicieusement poétique et furieusement rock-n-roll... Plus de deux heures de concert, voilà une vraie prestation dont tous ces groupes de rock anglais qu'on vient voir ici devraient s'inspirer !
Ca fait tellement longtemps qu'ils assurent, nous font rire et pleurer, retournent (sur) toutes les scènes de l'Hexagone... qu'au fond moi je me vois bien vieillir avec les
Têtes Raides - et si possible aussi bien qu'eux ! A la prochaine alors ?
Playlist :
Fragile
Houba
Vian
Dans la gueule du loup
Gino
L'Oraison
Constipe
Latuvu
We gonna love me
Qu'est-e qu'on s'fait chier
Z'animos
Civili
Journal
Vendue au diable
Zigo
Raccourci
Love Moi
La force
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Emily
Vaille que vaille
Ginette
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Georgia
L'iditenté
Saint-Vincent
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Lesson N°6
Le phare
Photos Pirlouiiiit qui n'a vu que la fin du dernier morceau de Musard