« Il neige sur le lac majeur… » , cette vielle scie signé
Mort Shuman n’a pas été entonnée par le groupe hollandais
De Kift, rassurez-vous... Pourtant, l’espace d’un instant, on a eu un peu peur en voyant débouler sur les planches un sosie hystérique de l’auteur de chansons pour
Elvis Presley. Assister au retour de Mort parmi les vivants, cela aurait été difficilement supportable… Même costard, même coupe de cheveux, même tête, on dirait bien que l’un des deux chanteurs de
De Kift cultive cette fâcheuse ressemblance. Sinon à part ce détail amusant, la prestation bien frappée de
De Kift a eu un effet rafraîchissant en cette chaude dernière journée du Printemps de Bourges 2004.
La troupe bigarrée, plutôt habitué des petites salles intimistes, n’a pas dû jouer souvent devant 5000 personnes sous un chapiteau géant. Pourtant, on ne croirait pas en voyant évoluer les membres de cette fanfare folklorique incroyablement survoltée : danses drolatiques, discours farfelus en français, chansons extraites de leur opéra traduites dans la langue de Molière pour l’occasion, multiples facéties, morceaux mêlant les dissonances du punk bruitiste et les chaudes sonorités de la musique folklorique en toute impunité... Rien n’a été « épargné » au public, absolument enthousiasmé par cette prestation tonitruante, décalée et fraîche. Totalement inconnu du grand public - et de la majorité des spectateurs présents -,
De Kift a obtenu deux rappels salués par des ovations réservées en général aux méga stars. Incroyable… mais vrai !
Après avoir occupé le terrain toute la semaine avec un concert « conventionnel » à la Hune, un détour musical par la campagne berrichonne, un avis de K.O. social, le visuel du Printemps de Bourges 2004, un journal gratuit (Le p’tit bourgeon), une radio éphémère et des manifestations, les
Têtes Raides clôturaient leur semaine à Bourges par un concert gratuit et populaire. Une excellente initiative qui permet tous les ans de réconcilier in extremis les « prolos » et le Printemps de Bourges car les prix prohibitifs pratiqués (billets pas vraiment donnés, 3 euros 50 la bière etc) dans une salle comme le Phénix en dissuadent plus d’un pendant la semaine printanière ! S’ils ont le cul entre deux chaises - difficile d’être à la fois jusqu’au cou dans le business et de le critiquer, à moins de pratiquer avec souplesse l’art du grand écart… -, les sept musiciens tout de noir vêtus ont au moins le mérite de poser des questions pertinentes lors de leurs concerts, manifs ou interviewes. Après une semaine la pancarte à la main, l’atmosphère était plutôt à la fête le dimanche ; devant un public venu pour communier avec ses héros, les
Têtes Raides n’ont eu qu’à effectuer une nouvelle représentation de leur spectacle 2004 pour triompher le plus naturellement du monde. En mêlant chansons et rock, tubes et titres plus récents, interludes rigolos et moments graves, le groupe parisien a prouvé une fois de plus sa pertinence scénique, vingt ans après ses débuts.
Rien de « chiant » dans ce spectacle resserré par rapport à celui donné à la Coopérative de Mai en mars, le public éprouve la joie simple de retrouver une troupe soudée, tour à tour drôle ou énervée mais toujours heureuse de partager
Qu’est ce qu’on s’fait chier, Civili,
Patalo ou encore
Hexagone,
Ginette ou
L’iditenté avec son public, aux anges. Ragaillardi et plein d’espoir l’espace du concert, on quitte quand même Bourges en pensant que rien n’est gagné. Après tout, le "nouveau" premier ministre s’appelle
Jean-Pierre Raffarin et il vient de nommer au poste de ministre de la culture un certain
Renaud Donnedieu de Vabres, un homme proche du peuple qui « va tout faire pour défendre l’exception culturelle française » (rires).
Sites Internet :
www.tete-raides.tm.fr,
www.avisdekosocial.org,
www.totoutard.com.
(Photo Flore-Anne Roth)